CHAPITRE HUITIÈME
inême ici, de me prosterner devant Dieu dont je suis le Vicaire, quoique indigne, le suppliant de faire descendre ses grâces et ses bénédictions sur vous et sur la France entière. » Donné à Gaëte, le 10 décembre 1848.
» Pie pp. IX. »
La lettre du général Gavaignac ne manquait pas d'habileté; mais de peur de trop froisser les jacobins et de donner trop de chances à M. Raspail, le candidat socialiste, elle évitait de se prononcer nettement en faveur de la souveraineté temporelle de Pie IX, et cette lacune calculée ne rassurait qu'à moitié les catholiques. Le prince Louis-Napoléon, autre sphynx, que la conduite de son oncle envers Pie Vil, et ses propres antécédents de 1832 ne semblaient guère indiquer comme un futur champion de la papauté, comprit que son rival faisait trop ou trop peu. Lui-même aurait été charmé de rester dans l'équivoque, afin de se ménager des chances auprès de tous les partis ; ce qui le donne à penser, c'est son abstention au vote qui avait clos le débat sur la mission de M. de Corcelles ; c'est surtout une lettre fort peu catégorique adressée par lui aux journaux, le 2 décembre, pour expliquer cette abstention. Il y désapprouvait l'expédition romaine. Mais dans le même temps il avait eu soin d'expliquer ce blâme , en disant au nonce du Pape que cette intervention lui paraissait insuffisante, et qu'il voulait le rétablissement intégral de la souveraineté pontificale. Toutefois, en présence de la perplexité du sentiment catholique, et de la puissance de ce sentiment; il n'hésita plus. Il fit publier, le 9 décembre, la veille même de l'élection , une lettre au nonce , lettre dont la date ne fut point indiquée :
« Monseigneur,
)) Je ne veux pas laisser accréditer auprès de vous les bruits qui tendent à me rendre complice de la conduite que tient à Rome le prince de Ganino. Depuis longtemps je n'ai aucune espèce de relation avec le fils aîné de Lucien Bonaparte, et je déplore de toute mon âme qu'il n'ait point senti que le maintien de la souverai-
neté temporelle du chef vénérable de l'Eglise était intimement lié à l'éclat du catholicisme, comme à la liberté et à l'indépendance de ritahe.
» Recevez, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments de haute estime.
» Louis-Napoléon Bonaparte. »
Le plus explicite des deux concurrents fut le plus habile. Sans doute le prestige de la légende napoléonienne, les chansons de Béranger, les enthousiasmes historiques de M. Thiers, les déclamations poétiques de Victor Hugo, furent pour beaucoup dans le résultat; nous nous rappelons avoir vu de vieux soldats, et même des ouvriers et des paysans , voter d'enthousiasme au cris de « Vive Napoléon ! » sans se rendre exactement compte si c'était du captif de Sainte-Hélène qu'il s'agissait, ou bien de son neveu. Mais ce que nous nous rappelons aussi, c'est que la masse des électeurs hésitait encore à la veille du scrutin. Les sages réfléchissaient aux aventures des Romagnes, de Strasbourg et de Boulogne; ils semblaient pressentir les aventures d'Italie, du Mexique et de Prusse, et se demandaient si le dissipateur qui avait dévoré deux ou trois patrimoines serait homme à gérer avec prudence la fortune publique; et cependant sages et conservateurs furent à peu près unanimes au dernier moment , et rien ne saurait donner une idée de la surprise de tous, quand on sut que Louis-Napoléon avait obtenu tant de voix , et Gavaignac si peu.
L'historien doit s'arrêter un instant sur cette figure complexe et longtemps mal connue, qui fut si fatale à la France et à la papauté !
Nature à la, fois flegmatique et chimérique, le fils de la reine Hortense n'avait rien ni des allures vives et expansives de la race française, ni du sens pratique et positif des races du Nord, auxquelles il semblait se rattacher davantage. Sous un mutisme qu'on prit pour de la profondeur, et sous une apparence de décision et de fermeté qui fit illusion tant qu'elle fut accompagnée du succès, il cachait le caractère le plus irrésolu et le plus contradictoire. Porté