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CHAPITRE HUITIEME. iOi

par la fortune et par l'habileté de quelques amis complètement dépourvus de scrupules, mais non d'audace, à une hauteur de gloire et de puissance dont il descendit par lui-même, il eut des vertus, mais des vertus privées. Il fut généreux envers ceux qui l'approchaient, prodigue de ses deniers autant que des deniers publics, protecteur de l'industrie, respectueux, au moins extérieurement, pour la religion;, soucieux du bien-être matériel du peuple; mais le sens de la justice et de la bonne foi lui était aussi étranger en poh tique que familier dans sa conduite envers son entourage, et l'habitude de conspirer, contractée dès l'enfance, resta incurable chez lui. Lorsqu'il n'eut plus à conspirer comme prétendant, il conspira contre la politique officielle de ses ministres, il conspira contre lui-même, et il finit par être victime de cette duplicité, le jour où il rencontra conspirateur plus rusé — ou plus heureux — que lui. Il semble que si l'histoire , comme elle l'a fait pour la plupart de ses prédécesseurs, doit accoler un jour une épithète à son nom, celle qui lui conviendrait le mieux serait « Napoléon le dissimulé » ou « Napoléon le conspirateur. »

Si l'on trouve ce portrait un peu sévère, c'est qu'on ne connaît de ce règne démoralisateur que les documents qu'il fut permis de publier tant qu'il dura. La suite des événements , dans la question romaine, ne nous justifiera que trop. Le ciel nous préserve de calomnier personne; mais il y a contre certains hommes quelque chose de plus terrible que la calomnie, c'est la vérité, et nous la dirons tout entière.

La France possédait donc, au commencement de 1849, un gouvernement qui devait sa naissance à la promesse de rétablir le pouvoir temporel du Pape. A la vérité, cette promesse n'était vraiment à cœur, dans les conseils de ce gouvernement, qu'à un seul ministre, M. de Falloux ; les autres ne demandaient qu'à l'esquiver, s'ils ne lui étaient pas secrètement hostiles, et ils s'appuyaient au dehors sur la presque unanimité des journaux et sur les orateurs démocratiques les plus retentissants : Victor Hugo et Ledru-RoUin, Jules Favre et Michel de Bourges. Mais M. de Falloux avait pour lui, outre son énergie et sa souplesse personnelle, l'entraînante éloquence de

M. de Montalembert, et l'étroite union du parti catholique; il avait surtout le cœur de la France, et, en définitive, en dépit des colères des clubs et de la prudence des politiques, la République étonnée reprit la grande tradition de Gharlemagne et de saint Louis.

Toutefois, sa part fut assez belle pour ne lui pas attribuer tout l'honneur de l'entreprise. Ce fut l'Espagne qui, par une note diplomatique du 21 décembre 1848, prononça la première le mot d'intervention armée : (c II ne s'agit plus, disait-elle, de protéger la liberté du Pape, mais de rétabhr son autorité d'une manière ferme et stable, et de l'assurer contre toute violence. La souveraineté pontificale est d'une telle importance pour les états chrétiens, qu'elle ne peut en aucune façon être laissée à l'arbitraire d'une petite partie du monde catholique, telle que les Etats romains. » Le 18 avril 1849, le cardinal Antonelli, au nom de Pie IX, sollicita formellement le secours de la France, de l'Autriche, de l'Espagne et des autres nations catholiques. Toutes répondirent à son appel, à l'exception du Piémont, qui s'était engagé dans une autre voie, et, le 30 mars, les plénipotentiaires se réunirent à Gaëte.

Pie IX, qui avait toujours eu un faible pour la France et une sorte de répulsion tout italienne pour l'Autriche, était fort désireux de ne pas devoir son rétabhssement à l'Autriche seule. Dès le 14 août, avant la fuite à Gaëte , il avait écrit dans ce sens , et de sa propre main, au général Gavaignac. Son entourage, qui ne pensait pas toujours comme lui sur l'opportunité de se soustraire à la pression du cabinet de Vienne, se serait au contraire très- volontiers passé des secours attendus de ï*aris. Mais Pie IX, dans ses entretiens avec l'ambassadeur de France, M. de Rayneval, ne cessait d'insister pour que le gouvernement français prit l'initiative de l'action.

Il fut convenu, dans la conférence de Gaëte, que l'Autriche se chargerait des Romagnes, et le roi de Naples du midi de l'état pontifical. L'Espagne offrit d'investir Rome; mais c'était la tâche la plus difficile et la seule périlleuse ; la France se réclama de son titre de fille aînée de l'Eglise.

L'exécution fut aussi prompte que la décision. Le 25 avril, une armée française, commandée par le général Oudinot, duc de

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