CHAPITRE HUITIÈME
Reggio, débarquait à Givita-VeccMa sans difficulté et s'acheminait sur Rome.
Que se passait-il cependant dans cette ville? Elle obéissait depuis le 23 mars, à un triumvirat composé d'un ancien conseiller pontifical, nommé Armellini, de l'avocat Saffî, et du grand agitateur Mazzini. Mais ce triumvirat nominal était une véritable dictature aux mains de Mazzini. A l'approche du danger, il multiplia les décrets et les comités : comités de défense, comités d'administration, comités d'orateurs chargés de souffler le feu du patriotisme du haut des bornes de chaque rue ; mais il ne pouvait multiplier les courages, ni le nombre des adhérents sincères et dévoués de la révolution. Les sympathies pour le Pape et la France se faisaient jour jusque dans la garde civique, dont Mazzini fît désarmer plusieurs bataillons. C'en était fait, et l'armée française pénétrait à Rome sans coup férir, si, le 27 au matin, l'aventurier niçois Garibaldi n'y fût arrivé à la tête de quinze cents hommes, tous, comme lui, étrangers à la ville : italiens du nord, français, hongrois, polonais, héros de toutes les barricades dont avaient été couvertes, depuis un an, toutes les capitales de l'Europe.
Avec eux entrèrent dans Rome une détermination sérieuse de défense, mais aussi un redoublement de terreur et de brigandages. Les éghses furent pillées, les confessionnaux brûlés sur la place du Peuple, les maisons des cardinaux et des meilleurs citoyens saccagées. Un nommé Zambianchi, chef d'un poste de douaniers, s'établit à l'église de Saint-Calixte, et s'y fit l'exécuteur des hautes œuvres de la Répubhque. Au nombre de ses victimes fut le pieux curé de la Minerve. Dix-sept prêtres furent massacrés par Zambianchi, dont quatorze en un seul jour; on retrouva leurs cadavres dans une* fosse creusée à l'angle du jardin des Bénédictins, vers le Janicule. Jamais ni Mazzini ni Garibaldi n'eurent la pensée de mettre un terme aux exploits des assassins.
Mal informé, sinon tout à fait ignorant des dispositions nouvelles apportées dans la ville par les Garibaldiens, le général français crut devoir se présenter, dès le 30 avril, devant la porte Gavallegieri, avec moins de 4,000 hommes et sans attendre son artillerie ; mais
au lieu de l'accueil promis, il ne rencontra que des balles et dut se retirer. Dans le même temps, des troupes de Romains , sortis par la porte Saint-Pancrace, agitaient des mouchoirs blancs et criaient : (( Cessez le feu, la paix est faite ; ennemis ce matin, frères ce soir! » Deux cent cinquante Français se laissèrent prendre à ces démonstrations d'amitié; ils suivirent les Romains dans la ville; mais à peine y étaient-ils, qu'on les désarma. Deux d'entre eux furent ensuite blessés et un troisième tué d'un coup de feu dans les rues.
Ce petit avantage, doublé d'une trahison, fanatisa les assiégés ; ils se crurent invincibles derrière leurs murailles, d'autant plus qu'ils étaient 28,000 contre 25,000 assiégeants, et qu'Oudinot resta quatre semaines sans rien tenter de nouveau. Mais son inaction avait des causes toutes politiques et non militaires. L'Asssemblée nationale, prête à se dissoudre, n'avait pas craint de marquer son dernier jour par un vote blâmant la marche de l'armée française sur Rome. Mieux inspiré, le prince président déclarait l'honneur de la France engagé et refusait de reculer après un échec. Les montagnards de l'Assemblée le mirent alors en accusation; et le prince Jérôme Napoléon, futur héritier éventuel de l'empire, vota ostensiblement avec eux contre son cousin. Mais le général de La Moricière, président de la commission nommée pour recevoir les explications du ministère, fit rejeter la motion des montagnards, bien que lui-même eût désapprouvé, dans un scrutin précédent, la maladresse avec laquelle l'affaire avait été engagée. Du reste, La Moricière, sur les questions où la religion se trouvait mêlée, ne faisait encore qu'entrevoir les clartés que la solitude et la méditation devaient lui apporter plus tard.
Le prince président, effrayé du danger qu'avait couru son pouvoir au sein de l'Assemblée, revint à la pohtique d'équilibriste qui était si bien dans son tempérament. Engagé depuis peu avec les catholiques de France, mais engagé aussi, et depuis plus longtemps avec les conspirateurs italiens, il se flattait de plaire à tous les partis et de ne rebuter personne. En même temps que les renforts annoncés, il envoyait au général en chef un négociateur civil,