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CHAPITRE HUITIÈME

M. Ferdinand de Lesseps, interprète de la pensée intime du gouvernement. Ce diplomate ambigu se conduisit, dès son arrivée, de façon à faire douter s'il était plus ami des assiégeants ou des assiégés.

Il commença par conclure un armistice qui donna à Garihaldi la liberté d'aller surprendre et battre à Velletri les Napolitains, qui ne s'attendaient à rien de semblable. Il refusa de laisser débarquer le commissaire nommé par le Pape pour reprendre possession de Givita-Vecchia. Enfin ses faiblesses calculées aboutirent à une convention reconnaissant formellement le triumvirat romain, et renonçant à s'immiscer dans les affaires de la république mazzinienne.

M. de Lesseps osa présenter à la signature d'Oudinot cette pièce déjà ornée de la signature des triumvirs; mais le loyal soldat la repoussa avec indignation. Heureusement, l'Assemblée législative, plus homogène que la Constituante, donna raison à l'homme d'épée contre le diplomate. La décision succéda à ces tergiversations indignes d'un grand peuple.

Le 1" juin, les villas Pamphili et Orsini, sur le mont Janicule, furent emportées de vive force, malgré une admirable défense des volontaires lombards. Ensuite on enleva l'église Saint-Pancrace, que Garibaldi défendait en personne avec ses meilleures troupes.

Le cœur de Pie IX saignait de ces violences inévitables. Il conjura les Français d'épargner autant que possible les habitants et les monuments de la ville éternelle. Le désir de satisfaire ce vœu paternel fut pour le général Vaillant, qui commandait le génie, une source de lenteurs et de difficultés; pas un coup de canon ne fut tiré, sinon contre les bastions. Enfin le 29, jour de la fête de saint Pierre et de saint Paul, la brèche fut jugée praticable; les Français pénétrèrent dans l'enceinte des remparts et s'y maintinrent, malgré les retours désespérés de l'ennemi.

Les triumvirs auraient pu se défendre encore quelques jours derrière le Tibre; mais l'issue de la lutte n'était plus douteuse. Ils demandèrent une suspension d'armes; puis, le 3 juillet, Mazzini se déroba par la fuite à la terrible responsabilité qu'il avait encourue,

et Garibaldi emmena vers l'Adriatique, dans le dessein, disait-il, de se porter au secours de Venise, ses bandes désordonnées qui se fondirent peu à peu et le laissèrent s'esquiver seul.

L'entrée des vainqueurs dans Rome fut un véritable triomphe; les Transté vérins, entre autres, les reçurent comme des libérateurs. Dès qu'il se vit possesseur incontesté de la ville, Oudinot en envoya les clefs à Pie IX ; il chargea de cette honorable mission le colonel Niel, chef d'état-major du général Vaillant.

Pie IX écouta avec émotion le récit des fatigues du siège et le détail des ruines accumulées, contre l'usage, par les seuls assiégés. « Colonel, s'écria-t-il, je l'ai déjà dit en d'autres occasions, c'est sur la France que j'ai toujours compté. La France ne m'avait rien promis, mais je sentais qu'au moment opportun elle donnerait à l'Eglise ses trésors, son sang, et ce qui est plus difficile, peut-être, pour ses valeureux fils, ce courage contenu, cette patience persévérante auxquels je dois qu'on ait conservé intacte ma ville de Rome, ce trésor du monde, cette cité si aimée et si éprouvée, vers laquelle, de mon exil, mes regards ne cessent d'être tournés. Dites au général en chef et à tous les généraux sous ses ordres, à tous les officiers, à tous les soldats, que ma reconnaissance est sans bornes. Mes prières pour la prospérité de votre patrie en seront plus ferventes. Quant à mon amour pour les Français, je ne saurais promettre qu'il devienne plus vif : la chose est impossible. Mais vous, colonel, comment pourrais-je vous marquer mon estime toute particulière? — Le colonel lui répondit que ses désirs seraient comblés si le Saint-Père daignait lui accorder un souvenir pour lui et pour sa femme. « Voilà, reprit aussitôt le Pape, en présentant au colonel, avec une grâce exquise, un magnifique chapelet, voilà pour l'épouse chrétienne. Et voici, ajouta-t-il en décorant le colonel de la croix de commandeur de l'ordre de Saint- Grégoire, voici pour le vaillant soldat, » Niel emporta aussi pour le général Oudinot une lettre autographe de Pie IX.

Tout semblait terminé par la chute du gouvernement rebelle. Les Romains délivrés s'attendaient à revoir d'un jour à l'autre leur paternel et bien aimé souverain ; mais ils comptaient sans les contradictions in-

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