CHAPITRE HUITIÈME
hérentes à la politique de Louis-Napoléon, toutes les fois qu'il s'agissait de la papauté. Bien que l'Assemblée législative eût voté des félicitations au général Oudinot, le gouvernement français, loin de le récompenser comme on pouvait s'y attendre, le rappela et le remplaça, suivant le rang d'ancienneté, par le général Rostolan. Deux jours après, le 18 août, le prince président adressa à un de ses officiers d'ordonnance, le lieutenant-colonel Edgar d Ney, une lettre qui dans sa forme n'est qu'une confidence, mais dont l'insertion au Moniteur, et l'envoi de M. Edgard Ney à Rome, fit un manifeste politique.
« Mon cher Ney, disait Louis-Napoléon, la République française n'a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne, mais au contraire pour la régler, en la préservant contre ses propres excès, et pour lui donner une base solide en remettant sur le trône pontifical le prince qui, le premier, s'est placé hardiment à la tête de toutes les réformes utiles.
» J'apprends avec peine que les intentions bienveillantes du Saint- Père, comme notre propre action, restent stériles en présence de passions et d'influences hostiles. On voudrait donner comme base à la rentrée du Pape la proscription et la tyrannie. Dites de ma part au général Rostolan qu'il ne doit pas permettre qu'à l'ombre du drapeau tricolore, on commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention.
» Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir temporel du Pape : Amnistie générale, sécularisation de l' administration, Code Napoléon et gouvernement libéral.
» J'ai été personnellement blessé en lisant la proclamation des trois cardinaux, de voir qu'il n'était pas seulement fait mention de la France ni des souffrances de ses braves soldats.
» Toute insulte faite à notre drapeau ou à notre uniforme, me va droit au cœur, et je vous prie bien défaire savoir que si la France ne vend pas ses services, elle exige au moins qu'on lui sache gré de ses sacrifices et de son abnégation.
» Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la destruction des abus de
la féodalité et les germes de la liberté; il ne sera pas dit qu'en 1849, une armée française ait pu agir dans ce sens et amener d'autres résultats.
» Dites au général de remercier en mon nom l'armée de sa noble conduite. J'ai appris avec peine que, physiquement même, elle n'était pas traitée comme elle devrait l'être ; rien ne doit être négligé pour établir convenablement nos troupes.
» Recevez, mon cher Ney, l'assurance de ma sincère amitié.
» Louis-Napoléon Bonaparte. »
Cette lettre fut un baume pour les blessures du parti révolutionnaire et pour celles de l'ambition piémontaise, qui venait d'être écrasée à la bataille de Novarre, mais qui, obligée de se tenir tranquille du côté de l'Autriche , ne renonçait à aucune de ses entreprises du côté de l'Eglise. Elle montra ce que l'avenir n'a que trop confirmé, que la restauration de l'indépendance temporelle du Pape était beaucoup moins un acte spontané de Louis-Napoléon, qu'une nécessité imposée par la pression de la nation.
Laissons de côté la phraséologie banale sur le rôle libérateur des armées du premier empire, et certains calculs nullement désintéressés dans, les sympathies exprimées pour les troupes 'de l'expédition de Rome. L'ingrat oubli de la France, reproché aux trois cardinaux que Pie IX avait chargés de rétabhr les autorités pontificales dans les Etats romains, était une pure calomnie; leur proclamation parlait « des bras invincibles et glorieux des armées catholiques ; » seulement ils n'avaient nommé personne, afin de remercier tout le monde à la fois, car ils ne pouvaient oublier que si la France avait eu la part principale dans l'intervention, l'Espagne en avait eu l'initiative, et avait même débarqué un corps d'armée à Gaëte, Naples y avait coopéré par les armes, et l'Autriche avait rendu les Légations au Saint-Père, bien avant que la France, embarrassée par les habiletés de Louis-Napoléon et de son trop fidèle messager, M. de Lesseps, eût pu lui rendre sa capitale. Quant aux imputations de « proscription et de tyrannie, » venant d'un homme qui méditait le coup d'état et les commissions mixtes de dé-