‹ Pie IXChapitre 60 sur 288 · CHAPITRE HUITIÈME. lOQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. lOQ

cembre 1851, elles ont quelque chose d'ironique et de particulièrement odieux.

Il suffisait d'avoir passé quelques mois à Rome pour y juger les choses autrement qu'on ne les voyait de Paris. Le général Rostolan eut bien vite subi cet ascendant de la vérité, auquel n'échappa aucun des généraux ou des ambassadeurs qui se succédèrent auprès de Pie IX. A ses yeux, la pubhcation de la lettre à M. Edgard Ney était dangereuse, et pour l'armée française, et pour le gouvernement qu'on venait rétablir. Il refusa nettement à ce singulier négociateur l'autorisation de faire imprimer son document extra-constitutionnel, et le pria de repartir lui-même sans délai pour Paris.

Louis-Napoléon répondit au général Rostolan par une invitation formelle à publier la lettre dans les journaux de Rome. Le général donna sa démission et ne consentit point à la reprendre, malgré les instances du ministère qui, n'ayant point contresigné la lettre, pouvait en décliner la responsabilité. M. de Corcelles partagea l'honneur de cet acte de courage et se retira également.

Pie IX n'était pas non plus homme à subir une contrainte morale. Plutôt que de rentrer chez lui pour n'y être pas indépendant, il se déclara prêt à se rendre en Amérique, dont il connaissait déjà la route, ou bien à se réfugier en Autriche. En attendant, il montra qu'il saurait prendre spontanément toutes les mesures vraiment utiles et désirables. L'état des esprits ne permettait pas de désarmer complètement le pouvoir, ni de publier un oubli complet et immédiat du passé ; trois prêtres venaient encore d'être poignardés dans les rues, pour avoir indiqué leur chemin à des soldats français; mais l'amnistie fut publiée aussi large que possible, et le 14 septembre, un Motu propj'io de Pie IX fit connaître la marche qu'il se proposait de suivre, en complétant la réforme de la législation civile, en admettant les laïques au plus grand nombre des postes de l'administration romaine, et en assurant aux Etats pontificaux des libertés provinciales et communales plus considérables que celles dont jouissait la France, même en république.

Les ministres de Louis-Napoléon n'osèrent ni patronner franchement, ni désavouer la malencontreuse lettre à Edgard Ney; mais là

majorité de l'Assemblée législative n'hésita point à la répudier. La tribnne française retentit alors de débats mémorables, les plus élevés peut-être parmi tous ceux dont l'histoire parlementaire a enregistré le souvenir. M. Thiers, rapporteur de la commission, avait conclu simplement à la nécessité de rétablir le pouvoir temporel. Cette conclusion fut soutenue par M. Thuriot de la Rosière, dont l'éclat et le succès furent tels, qu'on s'étonne de ne l'avoir vu à la tribune qu'en cette circonstance. Le poète romantique et versatile, Victor Hugo, peu connu jusqu'alors en politique, si ce n'est par l'enthousiasme de sa jeunesse pour les Bourbons et par l'enthousiasme de son âge mûr pour les Bonaparte, essaya de renverser l'effet de ce discours et mêla au panégyrique de la révolution romaine les attaques les plus furibondes contre le clergé et ses influences. Mais après lui, le comte de Montalembert parut, et il se surpassa. « Sachez-le, Messieurs, dit-il à ceux qui ne voulaient pas se contenter du Motu pi^oprio, sachez-le : c'est la faiblesse même du siège pontifical qui fait sa force et la rend insurmontable pour vous. Non, il n'y a pas dans l'histoire du monde un plus grand spectacle ni plus consolant que les embarras de la force aux prises avec la faiblesse. Permettez-moi une comparaison familière : Quand un homme est condamné à lutter contre une femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver impunément. Elle dit : Frappez, et vous vous déshonorerez, et vous ne me vaincrez pas. Eh bien! l'Eglise n'est pas une femme, c'est bien plus qu'une femme : c'est une mère ! »

Au retentissement qu'eurent ces nobles paroles dans le cœur de France, Louis-Napoléon comprit qu'il y avait plus à gagner pour lui à exécuter purement et simplement les volontés du pays, qu'à poursuivre, aux dépens de la papauté, les applaudissements de la Révolution. Il ne parla plus de son programme et le mit en réserve pour des jours plus favorables. Il se contenta de refuser aux soldats français l'autorisation de porter la médaille commémorative de l'expédition romaine que le Pape leur donna ; mais il envoya le cardinal Du Pont, archevêque de Bourges, porter au grand exilé les protestations les plus rassurantes. Pie IX put rentrer sans conditions.

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