‹ Pie IXChapitre 6 sur 288 · CHAPITRE PREMIER. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. S

quitter Rome pour le même motif. Pie VII, lui-même, enlevé du siège apostolique comme son prédécesseur, était séquestré à Savone, puis à Fontainebleau. C'en était fait, humainement parlant, de la souveraineté temporelle des Papes, et quant à leur souveraineté spirituelle, il ne fallait guère moins qu'un miracle de tous les jours et de tous les instants pour la maintenir contre l'omnipotence de Napoléon I". Jean-Marie Mastaï fut de ceux que rien ne découragea, qui jamais ne désespèrent du triomphe final de la justice. La chute du conquérant et le retour glorieux du Pontife achevèrent de raffermir sa confiance en Dieu, et de lui rendre méprisables la sagesse et la puissance humaines. Il semble que la Providence lui présentait dès lors comme un abrégé prophétique de sa propre carrière ei façonnait sa jeunesse pour le grand rôle que devait remplir son âge mûr.

Volterra, grâce aux événements, se trouvait en pays français. Un jour, c'était en 1810, un inspecteur de l'université impériale visita le collège. Frappé de la physionomie du jeune Mastaï, il se plut à l'interroger, et les réponses qu'il en obtint le satisfirent si pleinement, qu'il dit au principal :

— Ce jeune homme ira loin, pour peu que les circonstances le favorisent.

Cet inspecteur, mort au commencement de 1830, put savoir que l'ancien élève de Volterra était devenu archevêque de Spolète, et se féliciter lui-même de la sagacité de son pronostic. Qu'eùt-il pensé s'il l'avait vu Pape, et l'un des plus grands personnages de l'histoire ?

Jean-Marie Mastaï Ferretti passa six années au collège de Volterra, où son souvenir est encore vivant. Il en sortit à dix-huit ans pour rentrer dans sa famille.

On a raconté qu'en 1811 ou 1812, à l'âge de dix-neuf ans, il se laissa incorporer dans la garde d'honneur de Napoléon, et qu'il y servit dans le 1'='' escadron du 1" régiment. Pour se rendre compte du peu de vraisemblance de ce fait, il suffit de se rappeler les sentiments du jeune homme et de sa famille à l'égard de la pohtique religieuse de Napoléon, et l'emprisonnement de l'évêque de Pesaro,

André Mastaï. D'autres biographes le font enrôler au service de l'Autriche, ou dans la garde noble de Pie VII, quand la petite armée pontificale fut reconstituée. Ce serait plus vraisemblable, mais ce n'est pas plus vrai. Jamais Pie IX n'a porté les armes.

Il resta dans sa ville natale jusqu'au retour de Pie VIL II vit le doux vieillard reprendre triomphalement possession des Etats de l'Eglise, et lui fut présenté à son passage à Sinigaglia. Il songeait dès-lors à s'enrôler non dans quelqu'une de ces milices terrestres qui venaient de culbuter les uns sur les autres, avec plus ou moins de gloire fugitive, tant de souverains et tant d'empires, mais dans la milice pacifique dont les victoires ne font couler ni larmes ni sang et durent éternellement.

Une maladie longue et particulièrement cruelle, l'épilepsie, parut devoir renverser ce dessein, mais ne fit que le confirmer. Les médecins déclarèrent qu'il ne guérirait jamais, et que très-probablement son mal aurait une issue fatale. Le dévouement de sa mère fit mentir les prévisions de la science. Il se rétabht, quoique péniblement; mais sa guérison inespérée lui sembla avoir quelque chose de miraculeux. Il l'attribua à l'invisible protection d'une autre mère, la Vierge Marie, à qui la comtesse Mastaï l'avait consacré dès sa naissance.

Dès-lors sa résolution fut prise de se donner à Dieu tout entier et pour toujours.

Il vint à Rome étudier la théologie et reçut les ordres mineurs. Trouvant une occasion d'exercer sa jeune ardeur pour le salut des âmes et d'éprouver ses forces et ses aptitudes, il la saisit avec empressement. Le prince Odescalchi, préfet de la cour pontificale, le même qui plus tard déposa la pourpre romaine pour mourir jésuite, donnait une mission à Sinigaglia. Jean-Marie Mastaï s'adjoignit à lui comme catéchiste. Ses premiers labeurs évangéhques eurent donc pour théâtre sa patrie. Ils furent heureux et comblèrent de joie sa pieuse mère.

Au retour, il obtint une dispense pour le sous-diaconat, qu'il reçut le 18 décembre 1818.

Sa santé donnait toujours des inquiétudes. Une nouvelle dispense

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