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CHAPITRE HUITIÈME. i\l

La prolongation volontaire de son séjour à Gaëte, puis à Portici, ne fut point stérile pour les affaires générales du monde chrétien. Les encycliques, brefs ou décisions pontificales qu'il data de l'exil rempliraient un volume. Le 9 février 1849, il écrivit aux évêques de Toscane pour les remercier du zèle courageux avec lequel ils avaient protesté, à la Chambre des députés, contre les excès de la presse. Le 7 juin de la même année, il condamna les erreurs à la fois théologiques et sociales de trois prêtres italiens illustres : le P. Ventura, l'abbé Rosmini et l'abbé Gioberti. Ventura et Rosmini se soumirent, mais Gioberti s'obstina. Après avoir inauguré en Piémont la déplorable politique dont l'Italie subit encore les conséquences, il se retira en France, à la suite du désastre de Novarre , et y mourut de mort subite en 1852. Le P. Ventura, et d'autres ecclésiastiques coupables d'avoir, comme lui, pactisé avec la révolte , s'étant établis à Paris, l'archevêque de cette ville, M^"" Sibour, demanda au Pape quelle conduite tenir à leur égard; Pie IX lui en traça les règles le 1" septembre 18-49, avec autant de bonté que de fermeté.

Par un bref du mois suivant, il condamna l'abbé Chantôme, qui dans sa Revue des réformes et du Progrès, avait repris et outré jusqu'aux dernières conséquences les doctrines périlleuses de YEre nouvelle, organe beaucoup plus important, fondé par le P. Lacordaire qui l'abandonna bientôt, et tombé ensuite, malgré le talent de l'abbé Maret, sous la réprobation des évêques.

A côté de rares sujets de tristesse. Pie IX ne trouvait en France qu'à bénir et à encourager. Consulté par les évêques sur l'opportunité de tenir des conciles provinciaux et de se soustraire ainsi à une des servitudes des fameux Articles organiques, il appuya de toutes ses forces ces assemblées, qui produisirent les meilleurs résultats. Mais une liberté plus précieuse encore, dont l'Eglise fut redevable à la Répubhque de février, ce fut la liberté d'enseignement secondaire, votée le 15 mars 1850, sous l'influence de MM. de Falloux et de Montalembert, de M. Thiers et de M^"" Dupanloup, évêque d'Orléans. Cette loi fut un objet de contradiction momentanée dans le sanctuaire. Plusieurs évêques, et avec eux le journal Y Univers, qui avait été jusque-là l'organe incontesté de tout le parti ca-

tholiqiie, la repoussaient comme consacrant la prédominance de l'Etat ; quelques autres, comme M^'' Parisis, évêque de Langres, qui avait fait plus que personne pour la préparer, ne l'acceptaient que sous bénéfice d'inventaire. Pie IX déclara que l'esprit qui avait présidé à sa confection étant un esprit de transaction , il fallait savoir faire quelques sacrifices , et aussitôt l'épiscopat fut unanime à ne plus rechercher qu'une chose : le meilleur parti à tirer de la loi.

Pie IX avait obtenu du roi de Naples, au mois de mai 1848, que la direction des petits séminaires serait entièrement laissée aux évêques. Un concordat sur des bases semblables fut conclu avec le grand duc de Toscane , Léopold II , et préparé avec l'empereur d'Autriche, François-Joseph. Ce prince, bon et loyal, mais faible et trop prompt au découragement, passait alors pour ferme et résolu, parce qu'il était vainqueur de tous ses ennemis. Il couronna ses victoires par l'abohtion des odieuses prescriptions de Joseph II contre la liberté de l'Eglise. Une ordonnance impériale du 18 avril 1850, déclara les fidèles et le clergé libre de correspondre avec le Pape, et permit aux évêques de publier leurs écrits sans autorisation préalable, d'infliger des peines purement spirituelles, de suspendre les ecclésiastiques de leurs fonctions et de régler le culte dans leurs diocèses. Pie IX, dans son allocution du 20 mai, loua hautement cette ordonnance ; mais François-Joseph, proposé à l'imitation des autres princes, se trouva par là même désigné à toutes les haines de la Révolution.

Le Pape exprima aussi la peine qu'il ressentait en voyant les libéraux belges ravir peu à peu aux catholiques, par des intrigues parlementaires, la plupart des libertés conquises en commun en 1830. Mais un spectacle plus douloureux encore à ses regards, c'était celui qu'ofirait le royaume de Piémont ou Sardaigne. Une loi qui immortalisera tristement le nom de son auteur, la loi Siccardi, abolissait brutalement le concordat dans ce pays, confisquait les propriétés et revenus ecclésiastiques, entravait la prédication et sécularisait le mariage à l'exemple de ce que nous sommes réduits à subir en France, comme si Jésus-Christ n'avait pas institué un sacrement pour sanctifier l'union de l'homme et de la femme, ou comme s'il

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