CHAPITRE HUITIEME. H
était loisible aux hommes de ne pas tenir compte du Gode de Jésus- Christ!
Pie IX, par une note en date de Portici, 9 mars 1850, exposa au gouvernement sarde le déplorable état où cette loi réduisait la religion et ses ministres; il proposa une révision amiable du concordat, mais à la condition qu'il engagerait les deux parties contractantes, protesta en attendant contre toute infraction de ce traité, et fit appel aux traditions catholiques de la maison de Savoie, et à la piété, à la loyauté de son nouveau chef. La piété et la loyauté de Victor- Emmanuel ! car c'était lui qui régnait, depuis la déroute de Novarre et l'abdication de Charles-Albert.
Le roi piémontais, pour toute réponse, fit voter la loi Siccardi, la sanctionna et la promulgua, puis il étendit la main sur les fondations pieuses de ses ancêtres et sur les autres biens d'Eglise, et les incaméra, expression qu'il a remplacée depuis par celle à! annexer, et qui a encore d'autres équivalents dans la langue des honnêtes gens.
Quand on parle d'un souverain , on aimerait à pouvoir le faire avec respect et sans employer de gros mots. Cela n'est point aisé à l'égard du plus grand nombre des princes de notre temps ; mais quand il s'agit de celui qu'une suite de brigandages ont fait roi d'Italie, c'est complètement impossible.
Catholique dans son cœur^ Victor-Emmanuel est de ceux qui s'imaginent que la religion est bonne seulement pour mourir. Il fut détourné de la pratiquer pendant sa vie, et par les habitudes scandaleuses de sa conduite privée, et surtout par ses ambitions. Totalement dépourvu de principes et de bonne foi politique (c'est pour cela que Mazzini l'a surnommé le Roi galant -homme), il cacha sous une apparente aversion pour les affaires une grande ténacité et une dose assez forte de finesse italienne. Il connut les hommes et sut choisir ceux qu'il lui convenait d'employer. En se dissimulant derrière eux, il eut l'art de paraître constamment entraîné par la Révolution , tandis qu'il ne cessait de la stimuler et de la pousser en avant ; mais lorsque les événements l'obligèrent à se découvrir, il n'hésita jamais, soit qu'il eut à renier sa
signature, comme après le traité de Zmïch et la Convention de septembre, ou à détrôner un cousin , comme lorsqu'il assiégea luimême François II dans Gaëte, ou à trahir un ami et même un bienfaiteur, comme le Grand-Duc de Toscane et tant d'autres (1). Le seul côté honorable de son caractère est sa bravoure personnelle , et encore est-ce une bravoure de soldat plutôt que de général ou de chef d'Etat; mais cela suffisait à la Révolution qui n'avait besoin que d'une épée et d'un drapeau , et qui trouva l'un et l'autre en Victor-Emmanuel , en même temps qu'elle trouvait une égide toute puissante dans Napoléon III.
L'archevêque de Turin , M^"" Franzoni , s'étant permis d'adresser aux curés de son diocèse quelques observations sur les droits respectifs de l'Eglise et de l'Etat, fut jeté dans une prison de la citadelle, en attendant d'être envoyé en exil. Pie IX le félicita d'avoir été jugé digne de soufîrir persécution pour la justice. Les catholiques de France ne l'abandonnèrent pas non plus. Ils achetèrent par souscription la croix pastorale de M^'' Affre , et offrirent à l'archevêque, confesseur de la foi, cette relique de l'archevêque martyr.
Mais l'acte le plus mémorable de l'exil de Gaëte, c'est l'encyclique du jour de la Purification, 2 février 1849, adressée aux patriarches, primats , archevêques et évêques de l'univers , pour recueillir la tradition universelle, touchant la croyance à l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu.
Pie IX, dans cette encyclique, constate qu'un mouvement universel s'est produit dans la piété chrétienne en faveur de cette croyance, de sorte que la manifestation complète en paraît suffisamment préparée , et par la liturgie , et par les demandes formelles de nombreux évêques, et par les travaux des plus savants théologiens. Il ajoute que cette disposition générale répond parfaitement à sa propre pensée, et qu'au miheu des horribles calamités de l'Eglise, il serait grandement consolé d'ajouter un fleuron à la couronne de la Vierge toute-puissante, et d'acquérir un titre spécial à sa protection.
(1) Victor-Emmanuel, encore enfant, fut sauvé dans un incendie par le Grand-Duc de Toscane, qu'il détrôna ensuite.