CHAPITRE IX
RENTRÉE TRIOMPHALE DE PIE IX A ROME. - LA HIÉRARCHIE CATHO- LIQUE RÉTABLIE EN ANGLETERRE ET EN HOLLANDE. — ENCYCLIQUE INTER MULTIPLICES.
Pie IX quitta Portici le 4 avril 1850, pour rentrer à Rome. Ferdinand, suivi de toute sa cour, l'accompagna jusqu'à la limite des deux états. Au moment de se séparer, le roi de Naples s'agenouilla avec son fils, le duc de Calabre (plus tard François II), et lui demanda une dernière bénédiction. « Oh! oui, de toute mon âme, s'écria le Pape attendri, oui, je vous bénis, vous, votre famille et votre royaume. Et que ne puis-je vous exprimer toute ma reconnaissance, et celle de l'Eglise universelle, pour la généreuse hospitalité que j'ai reçue de vous! — Très-Saint-Père, dit le roi, je n'ai fait que mon devoir de chrétien, et toute ma vie je remercierai Dieu de m'avoir fourni l'occasion de le remplir. — Oui, reprit Pie IX, mais votre piété fihale a été grande et profonde. Encore une fois, que Dieu vous récompense et vous bénisse ! » Et pressant le pieux monarque sur son cœur, il l'embrassa avec effusion.
On avait voulu détourner Pie IX de s'exposer personnellement au milieu des soldats français, qu'on supposait capables de manquer au respect dii à sa dignité. Ce sont des soldats sans foi et enchns à la raillerie^ lui disait-on; la plupart d'entre eux ne se montrent jamais dans les églises ; vous verrez qu'ils mépriseront vos bénédictions et ne voudront pas s'agenouiller pour les recevoir, « Eh bien ! répondit le Pape, je les bénirai debout ! » Et il mit fin à ces conseils pusillanimes.
Dès qu'il fut entré sur le territoire pontifical, une escorte de soldats français l'entoura pour l'accompagner. Terracine et Velletri, les premières villes qu'il rencontra sur son passage, firent éclater un enthousiasme indescriptible. Pour empêcher l'explosion des mêmes transports à Rome, les sociétés secrètes firent placarder au Corso des affiches menaçantes, qui désignèrent au poignard tous ceux qui se porteraient au-devant de Vabbé Mastaï, et, pour montrer que ce n'étaient pas de vaines menaces, dans la nuit qui précéda l'arrivée du Pape, des mains incendiaires tentèrent deux fois de détruire le Quirinal. Mais l'émotion populaire était trop forte pour pouvoir être dominée par la terreur.
Le 12 avril 1830, la ville entière se précipita au-devant de son Pontife et de son roi. Les rues marquées pour le passage du cortège regorgeaient; toutes les autres étaient absolument désertes. Les cris de « Evviva! vive le Pape! vive la religion! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » et d'autres acclamations semblables perçaient le bruit confus et majestueux formé par le canon, les cloches et la rumeur lointaine d'une foule immense. Pie IX s'avançait rayonnant et pleurant de joie; sa main, qu'il tenait levée depuis des heures, ne pouvait se lasser de bénir ce peuple, et la foule, pour essayer de toucher ses habits, se précipitait jusque sous les roues de sa voiture. Ceux qui avaient déjà reçu sa bénédiction couraient un peu plus loin pour la demander encore.
Un touchant épisode marqua son entrée dans la basilique de Saint-Jean. Il aperçut sous le péristyle quatre ecclésiastiques appartenant au clergé de l'égMse française de Saint-Louis, et, avant d'avoir reçu les hommages de personne, il se dirigea vers eux ; il leur présenta sa main à baiser , en leur disant avec cette bonté affectueuse qui le caractérise : « Ah ! voilà mes bons Français , il est bien juste que je commence par eux ; c'est à eux qu'appartient l'honneur de la journée. » Tous les assistants, y compris les soldats français qui formaient la haie, étaient attendris jusqu'aux larmes. Les chasseurs d'Afrique surtout, malgré leur renommée peu édifiante sous le rapport de la piété , ne pouvaient se retenir de crier comme la foule : Benedizione, padre! et ces cris avaient l'air de dire : Père, pardon-