‹ Pie IXChapitre 67 sur 288 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

seur de la foi, M^'' de Vicari, archevêque de Friboiirg, dans le grandduché de Bade. Pour avoir osé revendiquer, entre autres choses, la "collation des cures et bénéfices et l'examen des aspirants au sacer- ' doce, droits que l'Etat contestait aux évêques, ce vénérable vieillard, âgé de plus de quatre-vingts ans, se vit traîné en justice et gardé à vue dans son palais. Ses curés fidèles furent emprisonnés, chassés et punis d'amendes pécuniaires. Mais ce coup de fouet ne fut pas inutile à l'Allemagne catholique ; elle en avait besoin. Le clergé se serra davantage autour de son chef : les catholiques tièdes ou secrètement gagnés à l'indifFérentisme religieux firent défection ; mais les vrais :fidèles se comptèrent, et se trouvèrent encore les plus nombreux. Les cloches et les orgues se turent dans toutes les églises ; ce deuil du culte public , joint à l'émotion populaire, fit reculer le gouvernement de Bade et ceux de "Wurtemberg, de Hesse-Cassel et de Nassau, tous engagés dans la même voie. Ils acceptèrent les ofii'es de conciliation présentées, par les évêques, et toutes les tracasseries policières furent rapportées , les amendes restituées , et l'archevêque laissé libre dans l'exercice de ses fonctions ecclésiastiques, jusqu'au jour où la prépotence prussienne vint troubler de nouveau la paix religieuse dans les contrées allemandes.

Pie IX recueillit moins vite les fruits de sa fermeté contre d'autres persécutions exercées non par des gouvernements protestants , mais par des catholiques. Bien loin de rappeler l'archevêque de Turin exilé , le Piémont avait fait enlever de son siège l'archevêque de Gaghari , et menacé du même sort celui de Gênes, l'évêque de Sassari et plusieurs autres. Un professeur de l'Université royale de Turin, le docteur Nuytz , enseignait publiquement l'hérésie dans ses cours et dans ses ouvrages; il soutenait, par exemple, que le mariage n'est pas un sacrement. Le Pape condamna hautement deux de ses écrits par un bref du 22 août 1851 ; mais ni le professeur ne se rétracta, ni le gouvernement qui, sous main, l'excitait, ne lui retira l'enseignement officiel de la jeunesse. L'extrait suivant d'une lettre de Pie IX à Victor -Emmanuel, datée de Castel-Gandolfo, 15 septembre 1852, jettera sur la situation une vive lumière :

« Nous terminerons en répondant à la dernière observation que

nous fait Votre Majesté. On accuse une partie du clergé piémontais de faire la guerre au gouvernement de Votre Majesté et de pousser ses sujets à la révolte contre Elle et contre ses lois. Une telle accusation nous paraîtrait invraisemblable, si elle n'était formulée par Votre Majesté, qui assure avoir en main les documents par lesquels elle est justifiée. De ces documents nous regrettons de n'avoir aucune connaissance , et de nous trouver ainsi dans l'impossibilité de savoir quels sont les membres du clergé qui donnent les mains à la détestable entreprise d'une révolution en Piémont. Cette ignorance ne nous permet pas de les punir. Toutefois , si par les mots excitation à la révolte, on voulait parler des écrits que le clergé piémontais a fait paraître pour s'opposer au projet de loi sur le mariage, nous dirons, tout en faisant abstraction de la manière dont quelques-uns auront pu s'y prendre, qu'en cela le clergé a fait son devoir. Nous écrivons à Votre Majesté que la loi n'est pas catholique. Or, si la loi n'est pas catholique, le clergé est obligé d'en prévenir les fidèles, dût-il, en le faisant, s'exposer aux plus grands dangers. Majesté, c'est au nom de Jésus-Christ, dont, malgré notre indignité, nous sommes le vicaire, que nous parlons, et nous vous disons en son nom sacré de ne pas donner votre sanction à cette loi , qui sera la source de mille désordres.

» Nous prions aussi Votre Majesté de vouloir bien ordonner qu'un frein soit mis à la presse qui vomit continuellement le blasphème et l'immoralité. Ah ! de grâce , mon Dieu, que ces péchés ne retombent point sur celui qui , en ayant la puissance , ne voudrait pas mettre obstacle à la cause qui les produit! Votre Majesté se plaint du clergé; mais ce clergé a été, dans ces dernières années, persévéramment outragé , moqué , calomnié , hvré à l'opprobre et à la dérision par presque tous les journaux qui s'impriment dans le Piémont ; on ne saurait redire toutes les infamies, toutes les invectives haineuses répandues contre lui. Et maintenant parce qu'il défend la pureté de la foi et les principes de la vertu, il doit encourir la disgrâce de Votre Majesté ! Nous ne pouvons le croire, et nous nous abandonnons à l'espoir de voir Votre Majesté soutenir les droits et protéger les ministres de l'Eglise , et délivrer son peuple du joug de

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