CHAPITRE NEUVIEME. i
partagés par un souverain étranger. A la Chambre des Lords, comme à celle des Communes, on se perdit en discussions violentes et confuses pour trouver un moyen d'empêcher l'exécution de la lettre pontificale sans violer la loi ni la liberté de conscience. La chose étant difficile, impossible même, les ministres donnèrent leur démission; ils ne trouvaient pas de remplaçants. Le peuple, de son côté, discutait moins, mais se livrait à des excès sauvages. Il habillait des mannequins figurant le Pape, le cardinal Wiseman, nouvel archevêque de Westminster, et les prêtres catholiques ; il les traînait dans les rues, puis les brûlait en place publique ou les jetait à la mer. Le plus souvent, des effigies de la Sainte Vierge, de saint Pierre et de saint Paul suivaient celle du Pape et avaient le même sort, et la foule hideuse et déguenillée des faubourgs anglais, hurlait, dansant autour des bûchers, et brandissant des torches incendiaires qu'on eut parfois de la peine à retenir à distance des fermes et des châteaux.
Le cardinal Wiseman expliqua, dans un Appel au peuple anglais, les intentions de Pie IX dénaturées par la passion. On y lisait ces belles paroles à l'adresse du chapitre anglican de Westminster, qui semblait croire que Rome songeait à le déposséder des revenus de la célèbre abbaye : « Ce splendide bâtiment, ses trésors antiques et ses riches revenus ne sont pas la partie de Westminster que doit occuper l'archevêque catholique. La partie qui m'intéresse forme un complet contraste avec toute cette magnificence, qu'elle touche cependant de fort près. Anciennement, l'existence d'une abbaye avec un nombreux clergé et des rentes considérables suffisait , dans une localité, pour créer à l'entour un petit paradis de bien-être, de contentement et de bonheur. Aujourd'hui , il n'en est plus ainsi. Autour de l'abbaye de Westminster s'étendent des labyrinthes de ruelles, de cours, d'allées, de bouges, hideux repaires de l'ignorance, du vice, de la dépravation et du crime, en même temps que de la misère, de la maigreur, de la faim et de la maladie. L'atmosphère de ces lieux est le typhus, sa ventilation est le choléra. Une population innombrable, en grande partie catholique, de nom du moins , y fourmille ; ce sont des cloaques d'immondices, qu'aucun
travail ne peut purifier; ce sont des cavernes où ne pénètre jamais un rayon de lumière. Voilà la partie de Westminster que je convoite, et que je serai heureux de réclamer et de visiter comme un pâturage béni où je garderai les brebis de la sainte Eglise. »
Ni ce magnifique langage, ni l'attitude pleine de calme des catholiques ne purent désarmer l'hérésie. Les Chambres votèrent péniblement une loi , sanctionnée par la reine le 2 août 1851, qui interdisait aux évêques catholiques d'Angleterre et d'Itlande la faculté de prendre les titres de leurs églises. On fit plus : on vota un article additionnel punissant de l'amende et de la prison quiconque apprenant qu'un évêque violait cette loi, ne le déférerait pas immédiatement aux tribunaux. Et les auteurs mêmes de cette législation reconnaissaient qu'elle ne pouvait être appliquée , qu'elle ne le serait jamais ; ils en convinrent dans le cours de la discussion, et cependant ils la votèrent, et c'étaient les représentants d'un grand peuple qui gouverne par ses colonies un sixième de la race humaine ! Voilà à quelles ridicules extrémités le fanatisme peut acculer l.es hommes les plus sérieux.
Le bill du 2 août 1851 resta lettre morte, et le mouvement de retour vers l'église romaine, commencé sous les vicaires apostoliques, s'accéléra sous l'administration épiscopale. Lord et lady Fielding. s'étant convertis sur ces entrefaites , l'évèque anglican de Saint- Asaph réclama une riche église, que ces deux nobles personnages avaient commencée à Pantasaph; il alléguait que, primitivement, elle était destinée à l'anglicanisme. « J'accepte votre raisonnement, lui répondit lord Fielding; je vous abandonnerai donc ma construction, mais vous rendrez au culte catholique tous les édifices religieux que leurs fondateurs ont eu l'intention de consacrer à ce culte, à commencer par l'abbaye de Westminster et la cathédrale de Cantorbéry. » L'évèque anglican n'avait pas prévu cette conséquence du principe allégué par lui. Tl n'insista point.
La même œuvre de restauration cathohque s'accomplit le 4 mars 1853, dans le royaume de Hollande. Quoique ravagé tour à tour par le Calvinisme et par le Jansénisme, ce petit pays avait plus du tiers de sa population catholique. Le roi était animé de dispositions équi-