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CHAPITRE NEUVIEME

tables, les fidèles étaient d'une admirable ferveur, le clergé gagnait chaque jour du terrain sur l'hérésie. Pie IX jugea donc le moment venu; il rétablit un archevêché à Utrecht, et quatre sièges suffragants : Harlem, Bois-le-Duc, Bréda etRuremonde.

Mais les hérésies protestantes ont beau être fondées sur le libre examen : elles sont toutes aussi peu libérales que possible, dès qu'il s'agit de la seule véritable Eglise. Elles ameutèrent si bien les passions populaires, que les ministres qui avaient cru devoir autoriser catholiques et protestants à s'administrer au spirituel chacun comme ils l'entendent, furent obligés de donner leur démission, et que le roi eut la main forcée, et se vit contraint à présenter une loi contre les catholiques. On put croire à ce moment que le Pape s'était trop pressé; mais l'événement se chargea de justifier la sagesse de sa conduite. Quand les préteudus griefs des protestants arrivèrent à la discussion devant les Chambres , le ministre chargé des intérêts catholiques démontra, avec une triomphante clarté^ que le protestantisme n'était nullement en cause dans une organisation où il ne s'agissait pas de lui , mais des seuls citoyens qui acceptaient volontairement et librement l'autorité doctrinale de Rome. Réduits au silence sur la question principale, les ennemis de la papauté se rabattirent sur la forme des lettres apostohques. Le bon sens public fit justice de ce subterfuge; la loi répressive fut retirée, et le grand acte pontifical reçut pleine et libre exécution.

En France, la conduite à tenir à la suite des événements du 2 décembre 1851, avait accentué, entre les catholiques, la divergence née à l'occasion de la loi d'instruction publique de 1850. Les légitimistes, comme on devait s'y attendre, s'étaient rangés dans l'opposition. M. de Montalembert, qui n'avait jamais été légitimiste, les y rejoignit après la confiscation des biens de la famille d'Orléans; mais non sans avoir, dans l'intervalle, et au lendemain même du 2 décembre, publié une adhésion éclatante et formelle au coup d'Etat, né d'un parjure, qu'aucun homme politique de quelque importance n'osait encore absoudre. M. Louis Veuillot, au contraire, après avoir accueilU sans enthousiasme le nouvel ordre de choses, s'y rallia chaque jour de plus en plus, en présence des actes ostensi-

blement conservateurs des débuts de l'Empire, et des belles paroles, des splendides promesses que le nouvel empereur prodiguait aux évêques. M. de Montalembert , M. de Falloux et leurs amis du Correspondant et de VAmi de la Religion, proclamaient qu'on ne devait pas abandonner, pour la protection d'un César, les garanties générales dont la liberté de l'Eglise profitait. Ils avaient raison; la suite ne l'a que trop prouvé. Mais ils poursuivaient M. Louis Veuillot et les écrivains de V Univers du reproche de servilisme, et^ la suite l'a prouvé également, sur ce point ils avaient tort.

La Congrégation de l'Index avait condamné plusieurs ouvrages en langue française, les uns absolument, les autres jusqu'après correction. Parmi ces derniers s'en trouvaient de généralement adoptés dans l'enseignement, malgré leurs défauts, comme le Manuel du droit canonique, de M. Lequeux , vicaire général de l'archevêque de Paris, et la Théologie, déjà ancienne, de Bailly. Les auteurs se soumirent avec empressement ; mais une de ces condamnations, portée contre le Dictionnaire de M. Bouillet, froissa vivement l'archevêque de Paris , M^"" Sibour, qui avait approuvé ce dictionnaire. Il s'en prit au journal Y Univers, à la presse religieuse laïque en général, et dirigea contre elle un Mandement du 15 janvier 1851, et ensuite un autre plus vif encore, publié en 1853, à la sollicitation d'un chanoine d'Orléans, M. l'abbé Gaduel, qui avait accusé Donoso Certes, dans Y Ami de la Religion, de plusieurs hérésies, et qui se plaignait d'avoir été réfuté dans Y Univers avec une verve peu respectueuse. M^"" Sibour interdisait aux prêtres de son diocèse la lecture de l'Univers, et menaçait d'excommunication les rédacteurs de cette feuille, s'ils se permettaient de discuter l'acte porté contre eux.

La controverse des classiques aboutit à une sentence analogue de M^' Dupanloup, évêque d'Orléans, contre les mêmes écrivains. M. Louis Veuillot, après M. l'abbé Gaume, soutenait qu'une des principales causes de l'affaiblissement de la foi , depuis l'époque de la Renaissance, était l'obligation imposée à la jeunesse d'étudier à peu près exclusivement les auteurs païens. M^' Dupanloup combattit moins cette thèse elle-même que son exagération ; mais ses idées

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