CHAPITRE NEUVIÈME. i
à ce sujet ayant été développées sous forme de lettre épiscopale aux professeurs de ses petits séminaires, il voulut les maintenir au-dessus de toute contradiction, et défendit également à ses prêtres la lecture de l'Univers. M. Louis Veuillot en appela au docteur suprême.
L'épiscopat français était fort partagé dans ces discussions malencontreuses. Les évêques de Chartres, de Moulins, et d'autres encore, avaient publiquement pris la défense de l'Univers contre l'archevêque de Paris. Le cardinal Gousset, archevêque de Reims, patronnait la thèse de M. Veuillot sur la question des classiques païens.
Un mémoire a.noRjmei à l'Episcopat , sur le droit coutumîer , vint ajouter à tous ces sujets de controverses les récriminations du gallicanisme aux abois. L'auteur niant que les coiitumes de l'Eglise de France aient été abrogées par le Concordat, soutenait que les sentences disciplinaires des papes ne sont applicables qu'autant qu'elles ont été promulguées dans les diocèses. Il contestait l'autorité des décrets de V Index, blâmait le mouvement liturgique , reprochait aux journalistes religieux de chercher avant tout à complaire à la cour de Rome, et terminait en conseillant aux évêques de s'entendre entr'eux pour obtenir du Pape un tempérament à ses décisions.
Pie IX ne crut pas pouvoir garder le silence plus longtemps ; il adressa à tous les évêques français l'encyclique Inter multiplices.
Il commençait par reconnaître les sujets de joie et de consolation que lui donnaient les progrès de la religion dans ce pays , et surtout les preuves de zèle et de dévouement qu'offrait la conduite des évêques. Il louait ceux-ci de leur empressement à user de la hberté reconquise pour tenir des conciles provinciaux, et se félicitait « de voir que, dans un grand nombre de diocèses, où des circonstances particulières n'y mettaient pas obstacle, la liturgie romaine avait été rétablie. » Il ne dissimulait point cependant la tristesse que lui causaient les dissensions présentes , et blâmait indirectement l'opposition politique absolue et de parti pris : « Si jamais, disait-il, vous avez dû entretenir parmi vous la concorde des esprits et des volontés, c'est aujourd'hui surtout que, par la volonté de notre très-cher fils en Jésus-Christ, Napoléon, empereur des Français , l'Eglise ca-
tliolique jouit chez vous d'une paix, d'une liberté et d'une protection entière. » A propos de la bonne éducation de la jeunesse, qu'il recommandait par-dessus tout, il donnait la solution pratique de la querelle des classiques : « Il faut, disait-il, que les jeunes clercs puissent, sans être exposés à aucun péril d'erreur, apprendre la véritable élégance du langage et du style, la véritable éloquence, soit dans les ouvrages si pieux et si sages des saints Pères , soit dans les plus célèbres auteurs païens entièrement expurgés. » Sur la question de la presse catholique , il déclarait cette presse indispensable : (( Veuillez, nous vous le demandons avec instance, favoriser de votre bienveillance les hommes qui , animés de l'esprit catholique et versés dans les lettres et les sciences , consacrent leurs veilles à écrire des livres et des journaux pour la propagation et la défense de la vérité. » En retour, il ajoutait que les écrivains catholiques doivent reconnaître aux évêques le droit de les diriger, de les avertir et de les reprendre. Un blâme sévère et douloureux était ensuite infligé au Mémoire clandestin, et le Pape terminait par un nouvel et pressant appel à la concorde.
Tel est le résumé de cette mémorable encyclique du 21 mars d853. Dès qu'elle fut connue;, M. Louis Veuillot et ses collaborateurs adressèrent à M^"" Sibour une lettre pleine de respect et de déférence, promettant d'éviter tout ce qui pourrait les rendre indignes des encouragements de leur archevêque ; celui-ci retira la sentence portée contre eux , et la paix se trouva encore une fois rétablie par l'autorité du Pasteur des pasteurs.