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CHAPITRE DIXIEME

Agnès, dit-il, parut d'abord une catastrophe; elle nous effraya tous vivement; au fond, elle n'eut pas d'autre résultat que de donner une impulsion plus vive aux travaux de consolidation et d^embellissement de l'antique basilique. Il en sera de même, ajouta-t-il, des ruines morales que l'enfer amoncelle de toutes parts sur nous et autour de nous. L'Eglise en sortira rajeunie, plus vigoureuse et plus belle que jamais. »

Cependant les empiétements du schisme grec dans les lieux saints, et l'ambition hautaine de Nicolas I", empereur de Russie, avaient allumé en Orient une grande guerre dans laquelle la France d'abord, puis l'Angleterre avaient pris parti pour la Turquie. Cette guerre, poursuivie à une aussi grande distance, fut longue et pénible, mais glorieuse. Elle fit oublier un instant le parjure du Deux-Décembre , rajeunit la renommée militaire de la France et parut établir à jamais plusieurs choses qui depuis ont été mises à néant : une alliance anglo-française définitive, le refoulement du despotisme moscovite, la sagesse politique de Napoléon III et la supériorité . des armes françaises dans le présent comme dans le passé. Malheureusement, l'armée qui prit Malakoff devait être la dernière et l'unique grande armée du second empire, qui l'avait reçue, pour la plus grande partie, des gouvernements antérieurs; celle qui vainquit ensuite en Italie n'était déjà plus qu'un noyau d'armée : elle comptait, après Solférino, des masses de traînards!

On fut très-étonné de voir, au beau milieu de la lutte, le Piémont s'adjoindre aux alliés et envoyer un corps d'armée sous Sébastopol, Le Piémont n'avait aucun intérêt dans la querelle, si ce n'est peut-être comme puissance catholique, dans la question des heux saints; mais le gouvernement piémontais n'était plus catholique que de nom ; il arborait hautement le drapeau du libéralisme, supprimait la liberté de conscience des catholiques, en dissolvant par la force les ordres religieux, et venait de s'attirer l'excommunication majeure prononcé contre lui par Pie IX, le 26 juillet 1855. On eut l'explication de sa poKtique après la guerre, au congrès de Paris.

Ce congrès, réuni pour un objet spécial et défini, le règlement de

i3S PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIECLE.

la question d'Orient, ne semblait pas devoir s'occuper d'autre chose. .Si néanmoins on y eut profité de la présence de l'Angleterre et de la Russie, pour recommander à leur justice les infortunées populations d'Irlande et de Pologne, l'excursion hors du domaine des délibérations n'aurait pas manqué d'à-propos. On trouva moins périlleux, et sans doute plus généreux et plus loyal, de traduire inopinément à la barre du congrès deux petits souverains qui, ni l'un ni l'autre, n'y étaient représentés et ne pouvaient se défendre : le Pape et le roi de Naples.

Ce fut le comte de Cavour, disciple de Gioberti et premier ministre du Piémont, qui, présenté à cet effet par le ministre de France, comte Walewski, et assuré à l'avance de l'appui du plénipotentiaire anglais, lord Palmerston, se chargea de cet exploit chevaleresque.

« Les Etats du Saint-Siège, dit-il entre autres choses, n'ont connu la prospérité que sous Napoléon I", lorsqu'ils faisaient partie de l'empire français ou du royaume d'Itahe... Plus tard, l'empereur Napoléon III, avec ce coup d'oeil juste et ferme qui le caractérise (on voit que Cavour n'oubliait pas à qui il parlait). Napoléon III coraj)rit et indiqua nettement, dans sa lettre au colonel Ney, la solution du problème : sécularisation. Code Napoléon; mais il est évident que la cour de Rome luttera jusqu'au dernier moment, et par tous les moyens, contre la réalisation de cette double combinaison. On comprend qu'elle puisse, en apparence, se plier à des réformes civiles et même politiques, sauf à les rendre illusoires dans la pratique; mais elle sait trop bien que la sécularisation et le Code Napoléon, introduits dans l'édifice de la puissance temporelle, le mineraient par sa base et le feraient écrouler, en lui enlevant ses principaux soutiens, les privilèges cléricaux et le droit canon... L'organisation cléricale oppose d'invincibles obstacles à toutes sortes d'innovations... » Cavour concluait à la séparation politique des Légations, et à l'institution, pour ces provinces, d'un vice-roi laïque.

Walewski et Palmerston l'appuyèrent en termes plus ou moins voilés. Les plénipotentiaires des autres puissances se turent ou se

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