‹ Pie IXChapitre 75 sur 288 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

récusèrent, comme manquant d'instructions. Seul, M. de Manteuffel, le représentant de la Prusse, queNapléon III, « avec ce coup d'oeil juste et ferme, » loué par Cavour, avait fait admettre aux honneurs et aux bénéfices du congrès, quand même elle n'avait pris part ni aux sacrifices de la guerre, ni à l'intervention pour ramener la paix, M. deManteufi'el observa que de telles récriminations ressemblaient fort à un appel aux mouvements révolutionnaires en Italie. La Prusse ne devinait pas encore le profit qu'elle tirerait de cette alliance de la révolution italienne et de Napoléon III, sans doute parce qu'elle n'y croyait pas encore. Mais la France catholique et conservatrice , la France se demanda si le chef qu'elle avait accepté, et qui paraissait la servir si bien jusque-là , n'allait pas la trahir tout d'un coup pour retourner aux habitudes conspiratrices de sa jeunesse; et lorsque l'on connut, par de vagues confidences des journaux, les détails d'une certaine entrevue pleine d'intimité entre l'empereur et M. de Cavour aux eaux de Plombières, il circula , parmi les gens de bien , de timides mais terribles pressentiments.

Toutefois, l'alliance franco -piémontaise aux dépens de la papauté semblait tellement impossible, que le représentant officiel de la France à Rome n'hésita pas à réfuter publiquement les calomnies intéressées du comte de Cavour. C'était le comte de Rayneval, et il était assurément compétent, puisqu' avant de séjourner à Rome comme ambassadeur de Napoléon III, il y avait été ministre plénipotentiaire sous la RépubHque, et secrétaire d'ambassade sous Louis-Philippe. Son rapport, adressé au ministre des afî'aires étrangères, ne produisit malheureusement pas tout l'effet qu'on en devait espérer. La presse révolutionnaire n'en parla point, la presse officieuse fort peu, et le gouvernement lui refusa la publicité du Moniteur, publicité qu'on réservait dès lors pour le triste pamphlet de M. About, sur la Question romaine. Qui le croirait? Ce fut dans un journal anglais- le Daily News, que les rares journaux français à la fois conservateurs et indépendants, durent aller chercher le texte du rapport de M. de Rayneval !

Ce document est lumineux et d'une importance capitale ; il nous

liO PIE IX, 8A VIE, SON HISTOIRE, SON SIECLE.

est impossible de n'en pas donner au moins quelques courts extraits :

« Je ne saurais contester, disait-il, un certain malaise dans les populations romaines; mais on a tort de l'attribuer aux vices de l'administration pontificale ; la cause est beaucoup moins simple et se rapporte à un ordre d'idées tout différent. Elle tient surtout à ce fait, que le rôle de l'Italie dans le monde n'est plus en rapport avec les souvenirs nationaux, ni avec les visions et les aspirations des Italiens... Le sceptre même des arts, de la science et de la civilisation, qui les consola longtemps de celui de la politique et de la guerre, leur échappe à son tour pour passer aux mains des nations voisines... D'autre part, les ressources abondantes qui affluaient à Rome de toutes les parties du monde catholique ont presque cessé, et avec elle s'est tarie la principale source de la prospérité publique; l'Eglise s'est vue contrainte de tirer plus de revenu de son territoire... Les anciennes souverainetés ecclésiastiques ont disparu dans le reste de l'Europe. Nos pères, accoutumés à ces souverainetés, n'y trouvaient rien d'extraordinaire; nos yeux, au contraire, n'en voyant plus qu'une debout, sont tentés de la considérer comme une anomalie... En même temps les excitations révolutionnaires et la tolérance avouée de certains cabinets pour les plaintes des populations ne sont pas, il faut le reconnaître, de nature à les faire cesser...

»... Les Italiens ont de la pénétration, de l'intelligence, une conception vive de toutes choses ; mais ces dons précieux sont généralement rachetés par le manque d'énergie, de force d'âme et de vrai courage civil. Constamment en suspicion les uns à l'égard des autres, ils vivent isolés, n'ont ni associations commerciales ou manufacturières, ni entente politique commune, et chez eux les armées nationales solides sont impossibles. Les rangs sont au complet à la parade ; mais à l'heure du danger, les chefs sont accusés de trahison, et les soldats doutent les uns des autres. Ce défaut d'équilibre entre l'intelligence et le caractère donne la clef de toute leur histoire et de toutes leurs infirmités politiques. Livrés à eux-mêmes, ils n'ont su que se disputer sur la place pubjique, donner en définitive la victoire aux partis extrêmes, se diviser et se subdiviser à l'infini

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