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CHAPITRE DIXIEME

et livrer leur pays au premier occupant, aux Frauçais, aux Espagnols, aux Allemands. Chaque nation porte la peine de ses défauts; mais comment lui faire comprendre que son infériorité doit être attribuée à elle-même et non à son gouvernement?

)) L'exemple du Piémont leur tourne la tête ; mais c'est une grande erreur de citer le Piémont comme exemple de ce qu'on peut attendre des populations italiennes. Les Piémontais sont une nation intermédiaire, contenant plus d'éléments français et suisses que d'éléments italiens. Un fait suffit pour me convaincre de cela; c'est qu'ils possèdent ce véritable esprit guerrier et monarchique inconnu au reste de l'Italie...

» ... Pie IX s'est montré plein d'ardeur pour les réformes; on connaît la catastrophe qui a suivi. Ce qui est arrivé alors se renouvellerait certainement.

» ... J'ai souvent demandé aux ardents adversaires à combien ils évaluaient le nombre des prêtres employés dans l'administration. Il m'était répondu trois mille , ou environ. On ne voulait pas me croire lorsque je prouvais, pièces en mains, qu'en portant le chiffre au maximum , il n'atteignait pas deux cents, et que la moitié de ces prétendus prêtres n'avaient pas reçu les ordres. C'est cependant sur des données d'une telle fausseté que sont basées les charges graves acceptées par le public comme irréfutables.

» Dans un temps, alors que le gouvernement pontifical ne soulevait aucune objection, l'Eglise comprit que les fonctions du prêtre relatives à l'autel et celles qui se rapportent à l'administration pouvaient se trouver en contradiction dans mainte occasion; l'Eglise ouvrit alors la porte à l'élément laïque par l'institution de la prélature, et réserva pour elle un certain nombre de places même dans le sacré Collège. La prélature s'accroît et reçoit des augmentations continuelles de la part d'une classe de citoyens spécialement destinés à l'administration. Certaines conditions d'éducation et de fortune sont exigées de ces personnes. Dernièrement ils ont rempli leurs fonctions à leurs propres frais et ont ainsi allégé les charges du trésor.

)) Une position aussi importante procurait aux titulaires, il y a

quelques années^ un traitement de 600 écus romains. Dès lors, afin de rendre ces places accessibles au plus grand nombre, les émoluments qui y sont aflPectés ont été sensiblement augmentés. Les prélats romains ne sont pas du tout obligés d'entrer dans les ordres sacrés, La plupart s'en dispensent. M^'' Matteucci, ministre de la police, M^'' Mertel, ministre de l'intérieur, M^"" Berardi, sous-secrétaire d'Etat, et tant d'autres qui sont libres de se marier demain, s'ils le veulent;, constituent une caste religieuse faisant le sacrifice de ses propres intérêts aux intérêts du pays. Seraient-ils plus irréprochables s'ils étaient habillés difi'éremment?

» Si nous examinons la part faite aux prélats, à ceux qui sont prêtres et à ceux qui ne le sont pas, dans l'administration romaine, nous arriverons à des résultats qu'il est important d'enregistrer. Hors de Rome, c'est-à dire dans toute l'étendue des Etats pontificaux à l'exception de la capitale, dans les Légations, dans les Marches, dans l'Ombrie, dans toutes les provinces, au nombre de dix-huit, combien croyez-vous qu'il soit employé d'ecclésiastiques? Leur nombre n'excède pas quinze — un par province — excepté trois où il n'y en a plus du tout. Ce sont des délégats , ou comme nous le dirions, des préfets. Les conseils, les tribunaux et les fonctions administratives de toutes sortes sont remplies par des laïques.

» Le nombre de ces derniers s'élève à 2,313 dans le service civil, et à 620 remplissant des fonctions judiciaires, en tout 2,933; de sorte que, pour un ecclésiastique en fonction, nous avons 15 laïques. Il est impossible à l'esprit le plus prévenu de ne pas reconnaître qu'un pouvoir ecclésiastique qui a réduit à une telle infimité le nombre des membres de son ordre, qui senties dépositaires du pouvoir dans toute l'étendue du territoire, est arrivé aux dernières limites. Qui voudra croire que cela soit un abus intolérable, et que le danger cessera lorsque le petit nombre d'ecclésiastiques restant en fonctions aura disparu de la scène ?

» Mais ici un fait curieux se présente à notre considération. Les provinces administrées par des laïques, entre autres celles de Ferrare et de Camerino, envoient députation sur députation pour obtenir du gouvernement un délégat ecclésiastique. Le peuple n'est pas

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