‹ Pie IXChapitre 77 sur 288 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

habitué aux délégats laïques ; il leur refuse obéissance ; il les accuse de borner l'intérêt public à celui de leurs familles; il n'est rien même, en ce qui touche leurs femmes, qui ne donne lieu à des questions de préséance et d'étiquette. En un mot, le gouvernement qui, pour satisfaire le prétendu désir des populations d'avoir des fonctionnaires laïques, réserverait un certain nombre de places pour ces derniers, trouverait dans les populations elles-mêmes une vive opposition à ces mesures.

» ... Pie IX a fait réviser les Godes de procédure et de commerce; je les ai longuement étudiés : ils sont au-dessus de la critique. Le Gode hypothécaire a été examiné par des jurisconsultes français; il a été cité par eux comme un modèle... L'organisation municipale est si large..., qu'aujourd'hui il semble devenu nécessaire d'étendre, non le pouvoir municipal, mais la surveillance exercée par le gouvernement...

» ... Le nombre des auteurs de la. révolution de 1849, auxquels le territoire pontifical demeure interdit, ne s'élève pas à cent. Gette extrême douceur n'a pas empêché le Parlement anglais d'accuser le gouvernement pontifical de cruauté.

» ... Nous savons ce que coûtent les révolutions. La République romaine a fait face à ses dépenses en créant un papier-monnaie, qui n'a pas tardé à éprouver une dépréciation considérable. Le gouvernement pontifical n'a pas hésité à reconnaître ces assignats, et les a retirés de la circulation en les achetant. La somme était cependant considérable : sept millions de scudi, c'est-à-dire un peu plus d'une année du revenu de l'Etat... Les assignats ont disparu, et les billets de la banque de l'Etat pontifical sont aujourd'hui au pair de la monnaie métallique. Ge remarquable résultat est considéré comme nul par les détracteurs de l'administration... En dépit des charges léguées par la révolution, en dépit des dépenses extraordinaires causées par la réorganisation de l'armée, en dépit des nombreux encouragements donnés aux travaux publics, le budget qui , après la restauration de Pie IX , accusait un déficit très-considérable, a graduellement tendu vers l'équilibre. J'ai eu récemment l'occasion de faire remarquer à Votre Excellence que le déficit a été

réduit, pour la présente année 1856, à une somme insignifiante portant, pour la plus grande partie, sur des dépenses imprévues et des capitaux appliqués à l'extinction de la dette.

» Les impôts sont toujours beaucoup au-dessous du taux moyen des divers Etats européens. Un Romain paie annuellement 22 francs à l'Etat; un Français paie 45 francs (1). La liste civile, les dépenses des cardinaux , du corps diplomatique à l'étranger , les frais d'entretien des palais pontificaux et des musées^ tout cela ne demande pas à l'Etat plus de 3,200,000 francs...

» ... Les troupes indigènes ont été portées à 12,000 hommes, sans compter 4,000 Suisses... L'apparence de cette armée est très-satisfaisante. Si le gouvernement pouvait leur donner la fidélité et l'énergie avec l'uniforme et le, fusil ; il n'y aurait pas à faire appel à des étrangers..., mais la faute en est à l'esprit national...

»... Nombre de routes ont été ouvertes sur divers points du pays, le port de Terracine a été élargi ; des travaux de drainage exécutés dans les marais Pontins et le marais d'Ostie ; des viaducs remarquables construits en divers lieux. La navigation à vapeur a été introduite sur le Tibre et Rome visitée par un plus grand nombre de navires qu'auparavant. La ville est éclairée au gaz, la télégraphie électrique fonctionne ; on travaille activement aux chemins de fer... L'agriculture n'est pas oubliée. Des prix ont été institués pour encourager le jardinage et l'élève du bétail. Enfin, une commission composée des principaux propriétaires étudie le problème , insoluble jusqu'à ce jour, du drainage de la campagne romaine et de son repeuplement.

» ... Si le peuple romain était capable de s'aider lui-même, si seulement il était actif au travail , si son ambition ne se bornait pas à l'acquisition d'un revenu restreint, juste suffisant pour satisfaire aux premiers besoins de la vie , le pays s'élèverait à une prospérité rapide. Mais il abandonne aux étrangers toutes les entreprises utiles,

(1) Hélas! grâce aux conséquences de l'alliance franco-piémontaise, c'est 100 francs et non 45 que paie aujourd'hui le Français ! De plus, M. de Rayneval aurait pu ajouter que le Romain n'était soumis à l'impôt du sang qu'autant qu'il lui plaisait d'être soldat.

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