‹ Pie IXChapitre 78 sur 288 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

et le gouvernement ne saurait substituer partout sa propre initiative à celle de l'industrie privée.

»... Malgré cela, la condition de la population est comparativement aisée. On la voit se réunir en foule au premier signal des plaisirs publics.. ; la gaieté la plus expansive se lit sur tous les visages. On peut se demander alors si c'est bien là le peuple dont les misères excitent la commisération de toute l'Europe. Il y a toutefois des misères, comme partout ; mais elles sont moins lourdes que sous des climats moins favorisés; les premières nécessités de la vie sont à bon marché ; la charité privée est abondante, les établissements de bienfaisance publique nombreux et efficaces... Quelques-unes des prisons devraient être visitées, afin que le visiteur pût admirer — l'expression n'est pas trop forte — la persévérante charité du Saint- Père...

» En vérité, lorsque certaines personnes disent que le gouvernement pontifical (c forme une administration qui ne peut avoir pour but le bien du peuple, » le gouvernement pourrait répondre : « Etudiez nos actes et condamnez-nous si vous l'osez. » Le gouvernement peut demander non- seulement quel est celui de ses actes qui justifie un blâme légitime , mais auquel de ses devoirs il a manqué. Doit-on supposer d'après cela que le gouvernement pontifical soit un modèle sans faiblesses ni imperfections ? Non, certainement ! Mais ces imperfections et ces faiblesses sont de la nature de celles qu'on rencontre dans tous les gouvernements et même dans tous les hommes, avec très-peu d'exceptions.

» Le gouvernement pontifical est composé de Romains agissant à la manière romaine. Il est défiant, méticuleux, hésitant. Il recule devant la responsabilité ; il a plus l'esprit d'examen que l'esprit de décision. Il aime les tergiversations et les accommodements. Il manque d'énergie, d'activité , d'initiative , de fermeté , semblable en cela à la nation elle-même. Mais, bien qu'il soit permis de critiquer quiconque néglige ses devoirs ,.il serait injuste de faire un crime à qui que ce soit de n'être pas un Sixte-Quint, un Golbert ou un Napoléon.

» Je ne cesse d'interroger les personnes qui viennent me dénoncer les abus du gouvernement papal. Ce mot, il ne faut pas l'oublier, est

consacré et en dehors de toute contestation ; c'est parole d'Evangile. Mais en quoi consistent ces abus ?... On se plaint qu'à la douane on demande des pourboires aux voyageurs. C'est sans doute une coutume très-blâmable, mais la sécularisation du gouvernement suffirait-elle pour guérir le pays d'un vice profondément enraciné dans sa nature, et pour empêcher le peuple d'être toujours prêt à tendre la main?... En tous cas, quand nous voyons ici quelqu'un s'enrichir, c'est toujours un laïque...

)) On parle beaucoup des brigands qui , à ce que l'on raconte , désolent la contrée. J'ai eu occasion de parcourir le pays dans tous les sens, et je n'ai pas vu l'ombre d'un voleur. Il est bien vrai que de temps en temps on apprend qu'une diligence a été arrêtée, un voyageur dévalisé. Un seul accident de ce genre est de trop. Mais il ne faut pas oublier que l'administration a mis en jeu tous les moyens en son pouvoir pour réprimer ces désordres. Grâce à des mesures énergiques, les brigands ont été arrêtés et punis sur tous les points. Quand, en France, une dihgence est arrêtée, quand, sur la route de Londres à Windsor, une dame de la reine est dépouillée de ses effets et de ses bijoux, le fait passe inaperçu ; mais dès que le moindre accident de ce genre arrive sur une route isolée des Etats romains, la presse , ardente à saisir les prétextes, imprime la nouvelle en gros caractères et crie vengeance contre le gouvernement.

» Du côté de Rome, les attaques qui ont eu lieu à de rares intervalles n'ont jamais eu un caractère propre à exciter l'inquiétude. Dans la Romagne , il s'est formé des bandes organisées qui , profitant du voisinage de la frontière toscane , se sont aisément dérobées aux poursuites et ont répandu l'alarme pendant quelque temps. Le gouvernement leur a fait une guerre incessante, et à la suite de plusieurs engagements dans lesquels un certain nombre de gendarmes ont été tués ou blessés, ces bandes ont été en grande partie dispersées.

» Pour conclure, nous sommes forcés d'avouer, après examen, que le gouvernement pontifical n'a pas failli à sa tâche , qu'il a marché réguhèrement dans la voie des réformes et des améliorations, et qu'il a réahsé des progrès considérables... »

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