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CHAPITRE DIXIEME

M. de Rayneval aurait pu mentionuer, en outre, les nombreuses fondations scientifiques et artistiques de Pie IX , celle du collège de Sinigaglia et du Seminario Pio à Rome ; les établissements de charité ou d'éducation dotés sur sa cassette à Pérouse, à Civita-Vecchia, à Ancône, à Pesaro ; la renommée universelle de l'université romaine et de ses études, la restauration de la voie Appienne et tant de travaux archéologiques qui ont valu à leur auguste promoteur le surnom de Vindex antiquitatis. Mais M. de Rayneval répondait à M. de Gavour et à lord Palmerston, et ni l'un ni l'autre n'auraient osé se faire les échos du reproche di' obscurantisme à l'adresse de la papauté, reproche bon tout au plus à traîner sur les tables des cabarets ou des cafés, dans des journaux dont les neuf dixièmes des lecteurs n'ont jamais entendu et jamais n'entendront parler ni du P. de Vico, ni du P. Secchi, ni du chevalier de Rossi, ni de M. Visconti.

Mais l'incident du congrès de Paris ne constituait pas un danger prochain, et si l'étouffement de la pubhcité du mémoire de M. de Rayneval était un symptôme grave , il fut effacé par des symptômes contraires. On disait que Napoléon III, désireux de se faire sacrer, comme son oncle , par un Pape , multipliait les avances auprès de Pie IX et allait jusqu'à offrir, confidentieUement , l'abolition des Articles organiques et une modification du Gode Napoléon , en ce sens que les époux qui se marient devant l'Eglise fussent dispensés du mariage civil. Un gage moins problématique de la persistance des bons rapports entre Rome et Paris , ce fut le baptême du prince impérial. L'empereur avait demandé au Pape (( la grâce de tenir sur les fonts l'enfant que la Providence venait de lui donner, » et Pie IX y avait consenti sans-peine. Ne pouvant assister lui-même à la cérémonie, il s'y fit représenter par son légat à latere, le cardinal Patrizzi. En même temps le cardinal Patrizzi remit à l'impératrice la rose d'or qui est bénie chaque année , le quatrième dimanche de Garême, pour être envoyée aux princes , aux cités ou aux églises que le Pape désire particuhèrement honorer. La rose bénie n'était autre chose qu'une tige de rosier d'or, couvert de roses en fleur. Le vase qui contenait le rosier était d'or massif; il reposait sur un socle de lapis-lazuli portant en mosaïque les armes du Pape et de l'Empereur.

Sur le vase étaient sculptées en relief la naissance de la Vierge et la présentation au Temple.

Enfin la création de l'évêché de Laval, en 1855, l'érection du siège de Rennes en archevêclié en 1859, la réorganisation de la grande aumônerie et le rétablissement du Chapitre de Saint-Denis , sur la demande de Napoléon III, par un bref du 31 mars 1857, achevèrent de dissiper les défiances des catholiques et de leur faire considérer comme chimériques leurs craintes momentanées.

Vers le même temps , la reine Isabelle II d'Espagne ayant eu un fils, qui fut plus tard Alphonse XII, voulut aussi qu'il fût tenu sur les fonts baptismaux par un représentant du Pape. Ainsi Pie IX était le parrain des héritiers des trônes de France et d'Espagne , et de plusieurs autres princes, y compris une fille de Victor-Emmanuel, la princesse Pia, aujourd'hui reine de Portugal. Se serait-on attendu à voir les princes l'abandonner si tôt ?

Les négociations poursuivies depuis plusieurs années avec l'Autriche aboutirent, le 18 août 1855, à la signature d'un concordat vraiment libéral, dans le sens légitime de ce mot, bien qu'il soulevât autant de colère que de mépris parmi les prétendus libéraux auxquels une seule liberté est chère : la liberté d'opprimer l'Eglise. Ce concordat se résume assez bien dans ses deux premiers articles :

« Article I". La religion cathohque, apostolique et romaine, sera toujours conservée en parfait état dans toute l'étendue de la monarchie autrichienne, avec tous les droits et toutes les prérogatives dont elle doit jouir en vertu de l'ordre établi de Dieu et des lois canoniques.

» Article II. Le Pontife romain ayant, de droit divin, dans toute l'étendue de l'Eglise, la primauté d'honneur et de juridiction, la communication mutuelle, en ce qui touche les choses spirituelles et les affaires ecclésiastiques des évêques , du clergé et da peuple avec le Saint-Siège, ne sera soumise à aacune nécessité à' ohteniT le placet royal ; mais elle sera entièrement libre. )>

Pie IX exprima , dans son allocution consistoriale du 5 no- . vembre 1855, la joie que lui causait cette heureuse conclusion, et le 17 mars de l'année suivante, il adressa un bref aux évêques de l'empire autrichien pour les exhorter à profiter de leur indépendance

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