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CHAPITRE DIXIEME

spirituelle reconquise et à garantir leurs diocèses contre le ravage de l'indilEFérentisme et du rationalisme. Le zélé Pontife avait besoin des satisfactions qu'il recevait de ce côté-là pour se consoler des chagrins que lui donnaient les pays de langue espagnole. Le gouvernement d'Isabelle II semblait vouloir recommencer la guerre à l'Eglise; il mettait aux enchères, malgré le concordat, les biens ecclésiastiques encore invendus , défendait aux religieuses de recevoir des novices et éloignait violemment plusieurs évoques de leurs diocèses. Pie IX fut obligé de rappeler son représentant de Madrid. Mêmes persécutions dans les répubMques de l'Amérique méridionale et au Mexique. Le congrès de Mexico interdisait les vœux monastiques, exilait l'archevêque de Mexico et emprisonnait l'évêque de Michoacan. Le Pape réprouva solennellement cette conduite et proclama lanuinté de pareils actes dans ses allocutions du 26 juillet 1855 et du 15 décembre 1856.

Un savant mais téméraire théologien du diocèse de Cologne, le docteur Antoine Gûnther, s'était insensiblement séparé de la tradition, prenant pour base le rationalisme et confondant la raison et la foi. Gomme ces innovations trouvaient des partisans dans diverses régions de l'Allemagne, le regard vigilant de Pie IX y démêla des germes d'hérésie qu'il importait d'étouffer avant leur développement. Le docteur Gûnther, condamné, se soumit humblement; mais il fallut contester longtemps encore avec plusieurs de ses partisans moins pieux que lui. C'est ainsi que les joies et les tristesses s'entremêlaient pour le zélé vicaire de Jésus-Christ.

Comme réponse à ceux qui ne cessaient de parler de son impopularité. Pie IX partit de Rome le 4 mai 1857, et se dirigea ensuite sur Ancône, Ravenne, Bologne, pour revenir par Modène et Florence. Il traversa donc ces Légations que M. de Cavour disait frémissantes sous le joug, et il ne les traversa point comme font ordinairement les souverains, sur les ailes de la vapeur ; son voyage dura quatre mois, jusqu'au 5 septembre. Ce fut un triomphe continuel ; la presse européenne l'enregistrait avec surprise, et parfois avec dépit. Le Pape voyageait souvent à pied au mih eu de son peuple; tous pouvaient l'aborder et lui parler librehient. Il s'arrêtait pour visiter les éghses,

les hôpitaux, les ateliers ; pour se rendre compte des travaux des poi'ts et des routes. Quelques pétitions lui furent présentées. Croiton qu'elles demandassent la suppression du régime sacerdotal? Elles réclamaient le retour à l'ancien état de choses , où des cardinaux ou prélats étaient seuls chargés des préfectures.

Pie IX n'était pas seulement accueilli comme un souverain bien aimé, mais comme iln saint. Déjà l'on parlait de grâces extraordinaires dues à ses prières ; on racontait des guérisons obtenues par l'attouchement de sa soutane ou des calottes qu'il avait portées. Un jour, au moment de son passage, une mère de famille, malade depuis longtemps, fend la foule et le supplie de la guérir en lui imposant les mains. « Saint-Père, s'écrie-t-elle en lui montrant ses petits enfants qui l'entourent, Saint-Père, voici une pauvre mère qui se meurt, voici deux enfants qui vont tout perdre en me perdant ; sauvez-moi, rendez-moi la vie ! — Pie IX s'arrêta : Ma pauvre enfant, dit-il tout ému, je ne suis malheureusement pas ce que vous vous figurez ; je n'ai pas le pouvoir de commander à la maladie ; mais j'ai un cœur de père pour vous consoler, et je puis faire tomber dans votre âme une parole d'espérance. Mon enfant. Dieu est bon, il l'est infiniment ! Vous ne le priez peut-être pas assez. Voyons, pendant neuf jours, adressez-vous à lui, qui est la Providence des orphelins et des mères. Je m'unirai à vous durant tout ce temps, et j'espère que le ciel vous exaucera. Commençons tout de suite. » Ayant ainsi parlé à cette femme, il se recueillit pour parler à Dieu. La pauvre mère tomba à genoux auprès de lui ; les assistants s'agenouillèrent de même. L'historien qui raconte cette scène touchante ajoute que la pauvre femme s'en alla encouragée , fortifiée ; il ne dit pas si elle fut guérie. Mais on a d'autres exemples de guérisons efi'ectives survenues dans des circonstances tout à fait semblables.

L'impression du voyage de 1857 durait encore, lorsqu'un événement, oublié aujourd'hui, vint fournir aux ennemis du Saint-Siège l'occasion d'une immense levée de bouchers.

L'Eglise, envisageant le baptême comme un bien supérieur à tous les autres, estime que nulle- puissance humaine, pas même l'autorité paternelle, n'a le droit de priver du bénéfice de ce bien l'en-

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