CHAPITRE DIXIEME
Dans son testament politique lu devant le jury (sinon inspiré) par Jules Favre, avocat de l'assassin, celui-ci avait déclaré froidement que son attentat avait eu pour but de rappeler à l'Empereur ses anciens engagements secrets en faveur de l'indépendance italienne ; qu'il n'était , lui Orsini, que l'un des conjurés chargés de l'en faire ressouvenir, et que, s'il avait manqué son coup , d'autres viendraient après lui qui ne le manqueraient pas.
Il est pénible pour l'historien de rechercher quelle part d'influence ces menaces purent avoir sur les résolutions subséquentes de l'homme auquel elles s'adressaient; il en coûte plus encore à un Français d'entrevoir un sentiment vil , la peur, au premier anneau de cette chaîne fatale qui , logiquement, aboutit à Sedan, — où ce même homme ne sut pas mourir. Dieu seul connaît le fond des cœurs. Mais il est impossible de ne pas remarquer des coïncidences déplorables. C'est presque aussitôt après le testament d'Orsini que la politique impériale fit volte-face. Le testament d'Orsini est comme le point de partage des deux moitiés du règne : la première franchement conservatrice et si brillante, la seconde tantôt franchement révolutionuaire, tantôt hésitante, contradictoire ou conservatrice à contre cœur, et finalement terminée par une catastrophe sans exemple dans nos annales.