CHAPITRE ONZIEME
du système; non de l'homme, mais de la situation, puisque la situation impose à l'homme cette redoutable alternative d'immoler le Prince au Pontife ou le Pontife au Prince. » On y lisait encore : « Le caractère absolument clérical du gouvernement romain est un contre-sens et une cause active de mécontentements... Le droit canon ne saurait suffire à la protection et au développement de la société moderne. » Gomme conclusion, la brochure proposait la sécularisation du gouvernement romain et l'établissement d'une confédération italienne , dont le Pape aurait eu la présidence honoraire et le Piémont la direction effective.
La brochure, à l'appui de son argumentation , faisait ressortir la « position anormale » de la papauté obligée, pour se soutenir, de s'appuyer sur des armées d'occupation étrangères. Venant de la part d'un de ceux qui fournissaient ce secours, le reproche n'était point généreux. Pie IX s'empressa de le faire disparaître. Le cardinal Antonelli notifia à la France et à l'Autriche, le 27 février, que le Saint-Père les remerciait de leurs bons offices, mais qu'il croyait pouvoir maintenir lui-même l'ordre chez lui , et que, dans les circonstances actuelles, il les suppliait de retirer leurs troupes. Cela n'eût pas fait le compte du Piémont, à qui il importait de maintenir le grief, et en même temps la possibihté d'envelopper l'Etat romain dans la guerre qui s'avançait à grands pas. Les troupes restèrent.
Pie IX , trop clairvoyant de ce qui allait suivre, était dans l'anxiété. Par une encyclique, datée du 27 avril, il demandait des prières pour la paix à tous les patriarches, primats, archevêques et évêques. Pax vobis! Pax vobis! répétait-il avec angoisses. Mais, déjà, il était trop tard. Le jeune et téméraire empereur d'Autriche, poussé à bout , se crut de force à lutter à la fois contre la France et contre la Révolution. Il somma le Piémont d'avoir à licencier ses régiments formés de Lombards et de Vénitiens, sujets autrichiens, et sur son refus, il déclara la guerre.
Il eut un second tort plus grave, celui de prendre l'offensive avec mollesse, et de ne pas pousser rapidement jusqu'au centre de concentration de l'armée française, avant que cette concentration fût achevée ; il en eut surtout un troisième, et celui-là capital : ce fut
d'abandonner la partie après ses premières défaites, lorsque son armée était battue, mais non rompue ni débandée, qu'il lui restait son quadrilatère intact, et que la Prusse et l'Allemagne se levaient derrière lui. Il renouvellera les mêmes erreurs en 1866, dans la ■guerre contre la Prusse, alors qu'une prolongation de la lutte eût obligé la France, bon gré mal gré, à intervenir, et eût sauvé probablement et l'Autriche et la France ! Mais nous ne faisons pas l'histoire de François-Joseph , ni de Napoléon III , nous écrivons celle de Pie IX.
Cependant, Napoléon avait senti le besoin de rassurer les catholiques : (( Nous n'allons pas en Italie, avait-il déclaré dans sa proclamation du 3 mai , pour fomenter le désordre, ni pour ébranler le pouvoir du Saint-Père que nous avons replacé sur son trône, mais pour le soustraire à cette pression étrangère qui s'appesantit sur toute la Péninsule, et contribuer à y fonder l'ordre sur les intérêts légitimes satisfaits. » M. Rouland, ministre des cultes, écrivait aux évêques (( pour les rassurer sur les conséquences de la lutte. L'Empereur, disait-il, y a songé devant Dieu, et sa sagesse, son énergie, sa loyauté bien connues ne feront défaut ni à la religion ni au pays . Le prince qui a donné à la religion tant de témoignages de déférence et d'attachement, qui, après les mauvais jours de 1848^ a ramené le Saint-Père au Vatican, est le plus ferme soutien de l'unité catholique, et il veut que le chef de l'Eglise soit respecté dans tous ses droits de souverain temporel. Le prince qui a sauvé la France de l'invasion de l'esprit démagogique, ne saurait accepter ni ses doctrines ni sa domination en Italie. »
Ces déclarations et ces promesses péchaient plutôt par emphase que par ambigûité. Les catholiques les enregistrèrent avec joie; mais dans le même temps la Révolution enregistrait avec une joie plus durable les faits qui, successivement, venaient combler toutes ses espérances. Le 27 avril, le grand-duc de Toscane, oncle de Victor-Emmanuel, était renversé à la suite de conspirations tramées chez M. Buoncompagni, ambassadeur de Victor-Emmanuel, comme M. Scarlett, représentant de la Grande-Bretagne, l'a depuis attesté dans une dépêche officielle. Le même coup avait été monté, et avec le même succès, contre l'excellente et populaire duchesse