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CHAPITRE ONZIEME. i

de Parme ; mais le peuple, revenu de sa surprise, la rappela aussitôt, jusqu'au moment où le Piémont fit occuper militairement les duchés, qu'il ne lâcha plus. Le prince Napoléon, commandant du 5™^ corps de l'armée française, cherchant l'ennemi par un chemin détourné, du côté des Romagnes, arriva sur le champ de victoire de Solférino trop tard pour prendre part à la bataille, mais assez tôt pour en faire profiter la Révolution. Le corps autrichien qui occupait Bologne, menacé par son mouvement , se hâta de repasser le Pô, sans attendre d'être remplacé par une garnison pontificale, et sans même prévenir le Saint-Siège. Les émissaires de M. de Cavour saisirent le moment, s'emparèrent de la ville complètement dégarnie de troupes, et ofirirent la dictature â Victor-Emmanuel.

Ces pénibles nouvelles arrivèrent à Rome au moment où l'on allait célébrer le treizième anniversaire du couronnement de Pie IX. Les vœux exprimés à cette occasion furent donc émus et tristes : « De quelque côté que je porte mes regards, répondit le Pape aux cardinaux, je ne rencontre que sujets de douleur, mais vse homini un per quem scandalum evenit! Malheur à celui par qui le scandale arrive! Pour moi, personnellement, je ne suis pas ébranlé; ma confiance est en Dieu. » Trois jours après, le 18 juin, dans une allocution consistoriale, il annonça que le cardinal Antonelli avait été chargé de protester auprès des diverses puissances contre les événements des Romagnes. Mais son titre de souverain lui commandait autre chose que des paroles, et il ne reculait devant aucun de ses devoirs. Pérouse ayant imité Bologne, il y fit marcher des troupes qui la reprirent assez aisément. Il y eut dans la lutte une douzaine de victimes, tant morts que blessés; c'est là ce que la presse révolutionnaire dénonça à l'indignation de l'Europe civilisée sous le nom de massacres et de a sac de Pérouse. »

Tout d'un coup la paix de Yillafranca fut signée; paix aussi brusque, aussi inattendue que l'avait été la guerre elle-même, et dont l'explication a été connue seulement plus tard.

La campagne d'Italie avait été concertée à l'avance entre Napoléon in et la Prusse, qui s'était chargée, pour sa part, d'isoler l'Autriche, sa rivale héréditaire en Allemagne. Au premier bruit de

l'agression Iranco-piémontaise, la Diète de Francfort s'émut; elle insista pour que les confédérés vinssent au secours de l'Empereur, président de la Confédération germanique. La Prusse , mise en demeure de prendre la tête du mouvement, joua merveilleusement son rôle. Elle discuta, équivoqua, traina ses préparatifs en longueur; mais la nouvelle des défaites successives de l'Autriche exaltait de plus en plus le patriotisme des Allemands; le roi de Prusse, se voyant sur le point d'être débordé, adressa à son complice , au lendemain de Solférino, un télégramme pressant pour l'informer qu'il fallait faire la paix à tout prix. Napoléon comprit et s'arrêta.

La paix de Villafranca, qui établissait une confédération italienne sous la présidence honoraire du Pape, donnait la Lombardie au Piémont, laissait la Vénétie à l'Autriche, et réservait expressément les droits du grand-duc de Toscane et autres souverains momentanément dépossédés, parut mettre fin aux intrigues révolutionnaires. Pie IX s'empressa d'inviter les fidèles de Rome à s'unir à lui pour offï'ir au ciel des actions de grâces. Sa lettre se terminait par ces paroles : « Que demandons-nous? que tous les ennemis du Christ, de son Eglise et du Saint-Siège, se convertissent et qu'ils vivent. »

Tous les nuages semblaient disparus comme par enchantement ; les conservateurs se demandaient s'ils n'avaient pas été injustes et ingrats envers ce vainqueur tout puissant qui, d'un mot, rassérénait ainsi l'horizon aussi facilement qu'il l'avait troublé ; mais ce ne fut qu'une éclaircie fugitive. Le Piémont retira ses commissaires de l'Italie centrale; c'était la conséquence obligée des stipulations de Villafranca; mais on apprit, avec incrédulité d'abord, ensuite avec stupeur, qu'il laissait à leur place des gouvernements provisoires, que le baron Ricasoli à Florence, M. Farini à Modène et à Parme, M. Cipriani à Bologne, tous agents de Cavour et de la Révolution, destituaient partout les fonctionnaires suspects de prendre au sérieux le prochain retour des souverains légitimes, et faisaient procéder à une votation populaire qui, dirigée, expurgée par eux, et limitée aux villes seules, à l'exclusion des campagnes, devait nécessairement aboutir au résultat qu'ils désiraient, c'est-à-dire à un plébis-

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