‹ Pie IXChapitre 86 sur 288 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

cite en faveur de l'annexion au Piémont. Dans les Romagnes, pour nous borner à notre sujet, on n'admit sur les listes que dix-huit mille électeurs, sur deux cent mille, ou peu s'en faut, qu'eut exigés un scrutin universel, et sur ces dix-huit mille, moins d'un tiers se présentèrent aux urnes. Mais cette parodie suffisait pour constituer une prétendue Assemblée nationale. Réunie à Rologne le 6 septembre, cette Assemblée vota, dès sa première séance, l'abolition du gouvernement pontifical , et appela Victor-Emmanuel. Celui-ci n'osa accepter tout de suite, mais il fit nommer M. Buoncompagni , gouverneur général de la ligue de l'Italie centrale.

Tous les regards se tournaient vers le vainqueur de Solférino. Arbitre absolu de la situation , qu'allait-il faire ? Laisserait-il protester sa parole et violer d'avance le traité définitif que ses plénipotentiaires élaboraient en ce moment même à Zurich? Napoléon III ne fît absolument rien. Il réitéra dans le traité les stipulations en faveur des souverains dépossédés, absolument comme si les soidisant plébiscites étaient nuls et non avenus pour lui , et il laissa se consommer paisiblement lesdits plébiscites , avec toutes leurs conséquences, absolument comme si le traité n'eût pas existé. L'Autriche voyait ainsi le traité s'exécuter dans tout ce qui était sacrifice consenti par elle, et rester lettre morte dans tout ce qui marquait les limites à ces sacrifices ; mais l'Autriche n'était pas la plus forte. Quant au Piémont, il apposa, sans sourciller, sa signature au bas de celle de la France et de l'Autriche.

Ainsi « tous les étais humains de l'Eglise s'écroulaient, » selon l'expression de M^"' Pie, évêque de Poitiers. Mais on vit alors, non sans étonnement, quelle place les préoccupations religieuses tenaient dans notre société légère et d'apparences sceptiques, et quel progrès le sentiment catholique avait réalisé dans les classes lettrées, depuis la Révolution française. Tandis que la dépossession de Pie VI avait passé presque inaperçue, comme celle d'un souverain ordinaire, et que celle de Pie VII n'avait excité que des réclamations isolées, celle de Pie IX souleva des tempêtes. Tempêtes de protestations d'un côté, tempêtes d'applaudissements de l'autre. Ceux-ci se montraient haineux de la papauté, jusqu'à en devenir traîtres à la patrie

française, et à s'atteler avec rage au char de Tunité italienne, puis de l'unité allemande ; ceux-là poussaient l'amour de l'institution en péril jusqu'à en oublie-r tous leurs calculs, toutes leurs alliances politiques, à encourir de gaieté de cœur les disgrâces du pouvoir, et à renoncer aux faveurs de la foule, faveurs non moins précieuses que celles du pouvoir, en temps de suflPrage universel. La question romaine devint le thème inépuisable des discussions publiques et privées ; elle fut même parfois l'occasion de ruptures dans les familles et l'épreuve de vieilles amitiés.

Cette émotion extraordinaire pour une idée, pour une abstraction, comme l'appelaient les rares indifférents qui s'obstinaient à ne prendre parti ni pour ni contre, prouve que nous ne sommes pas encore aussi gangrenés qu'on le croit par l'égoïsme des intérêts purement matériels, et que si la société est malade, elle n'est pas morte.

Une chose aurait bien dû éclairer, dès le principe, le gouvernement français : ce fut l'unanimité avec laquelle tous les ennemis de l'ordre, qui étaient aussi les siens, se rangèrent du côté de sa politique nouvelle, et l'unanimité non moins grande que les hommes religieux , généralement ralliés à lui auparavant, mirent à la combattre. Catholiques libéraux et catholiques ultramontains , protestants mêmes, du moins ceux qui gardent encore une foi chrétienne déterminée et qui la pratiquent , oublièrent leurs divisions. Mais les premiers sur la brèche furent les évêques. M='' Pari sis, le vétéran des grandes luttes de l'Eglise et de la liberté sous Louis - Philippe, donna le signal, et tous se levèrent avec lui, et leurs vénérables collègues d'Italie et d'Allemagne, d'Irlande et d'Espagne, d'Angleterre et d'Amérique, en un mot de la chrétienté entière, prolongèrent l'écho de leurs justes alarmes.

M^'' Dupanloup protesta, avec son intrépidité ordinaire, « contre l'humiliation et l'abaissement qu'on voudrait faire subir au premier évêque du monde, à celui qui représente l'épiscopat dans toute sa plénitude; il protesta au nom de la justice contre la spoliation armée; au nom de la vérité contre le mensonge; au nom de l'ordre contre l'anarchie. » L'archevêque de Sens, M^"" Mellon-Jolly, ne

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