CHAPITRE ONZIÈME
craignit pas de déclarer avec tristesse : (( Les faits , hélas ! ont dépassé nos craintes ! » M^^ de Prilly, évêque de Ghâlons , doyen de l'épiscopat français, écrivait quelques jours avant de mourir : « Ah ! qui méritait moins que Pie IX de se voir assiégé par tant d'ennemis ! Si les larmes qu'il répand sont amères pour son cœur, elles sont terribles pour ceux qui les font couler ! C'est un pauvre évêque mourant qui lui en donne l'assurance en lui demandant sa bénédiction. »
Une telle liberté de langage fut aussitôt qualifiée de violence. Napoléon III chercha d'abord à rétabhr le silence en calmant les inquiétudes, en réitérant des protestations que les faits ne cessaient de démentir; ensuite, il abandonna les évêques aux railleries des journaux impies, (on se souvient que la liberté de la presse n'existait pas alors); enfin, pour couper court, il fît défense aux journaux, quels qu'ils fussent , de reproduire les actes épiscopaux relatifs à la question romaine. Ainsi, il s'imaginait faire disparaître le danger en couvrant les voix qui le lui signalaient.
Le cardinal Donnet, en complimentant Napoléon III à son passage à Bordeaux, le 11 octobre 1859, n'en continua pas moins à insister avec une fermeté respectueuse : « Nous prions, dit-il, nous prions avec une confiance qui s'obstine, avec une espérance que n'ont pu décourager des événements déplorables et de sacrilèges violences. Le motif de cet espoir dont la réalisation semble aujourd'hui si difficile, après Dieu, c'est vous. Sire, vous qui avez été et qui voulez être encore le fils aîné de l'Eglise, vous qui avez dit ces paroles mémorables : « La souveraineté temporelle du chef vénérable de l'Eglise » est intimement liée à l'éclat du catholisme^ comme à la liberté et » à l'indépendance de l'Italie. » Belle pensée, conforme aux sentiments que professait le chef auguste de votre dynastie, lorsqu'il disait de la puissance temporelle des papes : « Ce sont les siècles » qui ont fait cela , et ils ont bien fait. »
Le tout puissant Empereur ne répondit que par un refus de répondre : « Je ne puis entrer ici, dit-il, dans les développements qu'exigerait la grave question que vous avez touchée, et je me borne à rappeler que le gouvernement qui a rappelé le Saint-Père
sur le trône, ne saurait kii faire entendre que des conseils inspirés par un sincère et respectueux dévouement à ses intérêts; mais il s'inquiète avec raison du jour, qui ne saurait être éloigné, où Rome sera évacuée par nos troupes ; car l'Europe ne peut permettre que l'occupation, qui dure depuis dix années, se prolonge indéfiniment. Mais quand notre armée se retirera, que laissera-t-elle derrière elle? Voilà des questions dont l'importance n'échappe à personne. Mais, croyez-le bien, à l'époque où nous vivons, pour les résoudre il faut , au lieu d'en appeler aux passions ardentes, rechercher avec calme la vérité, et prier la Providence d'éclairer les peuples et les rois sur le sage exercice de leurs droits comme sur l'étendue de leurs devoirs. »
L'Empereur, dans ses dernières paroles, semblait oublier que la méditation et la prière ne dispensent point de l'action, quand on a des devoirs à remplir. Son discours d'ouverture de la session législative suivante (7 mars 1860), montra encore mieux quelle puissance d'illusion, ou quel parti pris de complicité, dirigeait sa politique italienne. Il y accusa publiquement les catholiques de s'échauffer sans motif et de se montrer ingrats envers lui, comme si la logique des événements n'eût pas existé pour cet esprit faussé par l'habitude des manœuvres ténébreuses.
« Je ne puis passer sous silence, dit-il, l'émotion d'une partie du monde catholique; elle a cédé subitement à des impressions si irréfléchies, elle s'est jetée dans des alarmes si passionnées; le passé, qui devait être une garantie de l'avenir, a été tellement méconnu, les services rendus tellement oubliés, qu'il m'a fallu une conviction bien profonde, une confiance bien absolue dans la raison publique pour conserver au milieu des agitations qu'on cherchait à exciter, ce calme qui seul nous maintient dans le vrai. »
Mais un Congrès était annoncé pour régler les difficultés italiennes. Ce Congrès devait être composé de toutes les grandes puissances européennes, c'est-à-dire de la France, qui n'avait pas la volonté, et de l'Autriche qui n'avait pas le pouvoir de faire exécuter le traité de Zurich, de' la Russie schismatique, de la Prusse protestante, et de l'Angleterre à la fois protestante et révolutionnaire hors