‹ Pie IXChapitre 88 sur 288 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

de chez elle. Pie IX y pressentait donc plus d'un sujet d'inquiétude; cependant il accepta le projet.

L'opinion publique, impatiente, discutait à l'avance les noms et les opinions des négociateurs présumés, quand parut, le 22 décembre 1859, une nouvelle brochure anonyme, comme la précédente, et qui fut attribuée comme elle à un écrivain , ou du moins à un inspirateur trop haut placé pour signer son œuvre. Elle avait pour titre : Le Pape et le Congrès et, sous une phraséologie abondante et sonore, n'était guère qu'une perpétuelle contradiction. Elle démontrait, en effet, que le pouvoir temporel du Pape était une garantie essentielle de son indépendance spirituelle, mais que ce pouvoir ne peut s'exercer que dans des limites territoriales de trèspeu d'étendue, qui ne sauraient lui permettre de se soutenir par luimême, et que cependant sa dignité et l'intérêt général lui interdisent de s'appuyer sur l'intervention étrangère. Ses conclusions étaient que le Pape devait commencer par renoncer aux Romagnes, sauf à renoncer aussi au reste de ses Etats, un peu plus tard, et à se contenter du Vatican avec un jardin autour, et un magnifique traitement fourni par toutes les puissances catholiques.

Des centaines d'autres brochures, ou d'articles des journaux catholiques, répondirent à l'écrivain anonyme. Ils prouvèrent que cette combinaison soumettait l'indépendance du chef de l'Eglise aux caprices ' des puissances , et demandèrent qui la garantirait contre ses garants, surtout à une époque comme la nôtre, où l'ancien droit des gens, fondé sur le respect des faibles et de la foi jurée, a été supprimé par la Révolution, où la raison du plus fort est la seule écoutée, et où les traités les plus solennels sont violés impunément par leurs signataires, au moment même de la signature. Les évêques élevèrent de nouveau la voix; ils constatèrent avec douleur que la brochure donnait gain de cause à la Révolution. Mais la réprobation la plus hardie vint de Rome même. Les papes, on le sait, ne reculent pas devant le mot propre, quand il s'agit de stigmatiser l'iniquité. Ils ont beau être à la merci de ceux qu'ils flétrissent, ils définissent chaque erreur, chaque injustice comme dans une thèse de théologie, et le doux Pie IX lui-même effarouchera encore plus d'une fois.

par la liberté des qualificatifs qu'il emploie, nos faibles oreilles habituées aux sous- entendus du style parlementaire. Le 30 décembre, le Journal officiel de Rome, publiait la note suivante :

(( Il a paru récemment une brochure anonyme, imprimée à Paris, chez Didot , et intitulée : Le Pape et le Congrès. Cette brochure est un véritable hommage rendu à la Révolution , une thèse insidieuse pour ces esprits faibles qui manquent d'un juste critérium pour bien reconnaître le poison qu'elles cachent, et un sujet de douleur pour tous les bons catholiques. Les arguments que renferme cet écrit sont une reproduction des erreurs et des outrages vomis tant de fois contre le Saint-Siège , et tant de fois victorieusement réfutés. Si le but que s'est proposé l'auteur de la brochure était par hasard d'intimider celui que l'on menace de si grands désastres, cet auteur peut être assuré que celui qui a en sa faveur le droit , qui s'appuie entièrement sur les bases solides et inébranlables de la justice, et surtout qui est soutenu par la protection du Roi des rois , n'a certainement rien à craindre des embûches des hommes. »

Le surlendemain, 1" janvier 1860, au général de Goyon qui lui présentait les hommages de la division française d'occupation, Pie IX répondit :

« Nous prosternant aux pieds de ce Dieu qui fut , qui est et qui sera éternellement, nous le prions, dans l'humihté de notre cœur, de vouloir bien faire descendre ses grâces et ses lumières sur le chef auguste de cette armée et de cette nation , afin que par le secours de ces lumières, il puisse marcher sûrement dans sa voie difficile, et reconnaître encore la fausseté de certains principes qui ont été exprimés en ces derniers jours dans une brochure qu'on peut définir un monument insigne d'hypocrisie et un ignoble tissu de contradictions. Nous espérons qu'avec le secours de ces lumières^ il condamnera les principes contenus dans cette brochure , et nous en sommes d'autant plus persuadés que nous possédons quelques pièces que, il y a quelque temps. Sa Majesté a eu la bonté de nous faire tenir, et qui sont une véritable condamnation de ces principes. C'est avec cette conviction que nous prions Dieu de ré-

Page 1