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CHAPITRE ONZIÈME

qui déplaçaient les bases du traité de Zurich ; c'est ce que déclarèrent, entre autres, le comte de Rechberg, premier ministre d'Autriche, dans une note du 17 février 1860, et lord John Russel dans une dépêche à lord Gowley, ambassadeur d'Angleterre à Paris : <( Les brochures ont leur importance, disait ce dernier; celle intitulée : Le Pape et le Congrès, a eu pour résultat d'empêcher un Congrès, et de faire perdre au Pape la moitié de ses domaines. » Aussi ne put -on lire sans étonnement l'assertion de M. Thouvenel à M. de Persigny, ambassadeur de France à Londres, dans une dépêche en date du 30 janvier, « qu'il n'avait pas dépendu de la France que l'Europe assemblée ne fût appelée à consacrer un arrangement définitif. »

M. Thouvenel, en effet, était ministre des affaires étrangères depuis le 4 janvier. C'était un grave indice. Le Piémont ne s'y trompa point. Il fit franchir à ses troupes la frontière des Romagnes, tandis que M. de Cavour triomphant affirmait au Sénat piémontais que « la lettre de Napoléon Kl déclarant que le pouvoir temporel n'est pas sacré était , pour la question italienne, un fait aussi important que la bataille de Solférino. »

Pie IX avait répondu à l'Empereur, aussitôt après avoir reçu la lettre du 31 décembre :

« J'ai reçu la lettre que Votre Majesté a eu la bonté de m'écrire, et j'y réponds sans détours, et, comme on dit, à cœur ouvert. Et, avant tout, je ne me dissimule pas la position difficile de Votre Majesté, qu'elle-même ne me cache pas, et que je vois dans toute sa gravité. Votre Majesté pourrait sortir de cette position par quelque mesure décisive, qui peut-être excite sa répugnance; mais c'est justement parce qu'elle se trouve dans cette position, qu'elle me conseille de nouveau de céder les provinces insurgées , en m'assurant que les puissances me garantiront les autres.

» Un projet de cette nature présente des difficultés insurmontables; pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir à ma situation, à mon caractère sacré et aux droits du Saint-Siège, droits qui ne sont pas ceux d'une dynastie, mais de tous les cathohques... Je ne

puis céder ce qui ne m'appartient pas ; il est trop évident, du reste, que si je cédais les Légations, j'encouragerais la révolution à recommencer le même jeu dans les provinces qui me resteraient...

» Les puissances, dites-vous, me garantiront ces débris de la royauté pontificale; je le veux bien, mais dans le cas de révolte nouvelle, qu'il faut prévoir, vu les nombreux appuis que les mécontents reçoivent du dehors, espérez-vous que ces puissances emploieraient la force d'une manière efficace? S'il en est autrement, Votre Majesté n'ignore pas plus que moi que les usurpateurs n'en garderont pas moins le bien d'autrui, et qu'ils sont invincibles, alors qu'on ne se sert contre eux que des armes de la persuasion.

» Quoi qu'il en soit, du reste, je me vois obligé de déclarer ouvertement à Votre Majesté que je ne puis céder les Légations sans violer les serments solennels qui me lient, sans produire un malheur et une secousse dans les autres provinces, sans faire tort et scandale à tous les cathohques , sans aflaiblir les droits , non-seulement des souverains de l'Italie, injustement dépouillés de leurs domaines, mais encore des souverains de tout le monde chrétien, qui ne pourraient voir avec indiff'érence la destruction de certains principes.

» Votre Majesté fait dépendre le repos de l'Europe de la cession de la part du Pape des Légations qui depuis cinquante ans auraient suscité tant d'embarras au gouvernement pontifical. Mais, comme j'ai promis, en commençant cette lettre, de parler à cœur ouvert, qu'il me soit permis de revenir sur cet argument. Qui est-ce qui pourrait compter les révolutions survenues en France depuis soixante-dix ans? Mais, en même temps, qui est-ce qui oserait dire à la grande nation française que, pour le repos de l'Europe, il serait nécessaire de restreindre les limites de l'empire? L'argument prouve trop; aussi me permettez-vous de ne pas l'admettre. Et puis. Votre Majesté n'ignore pas par quelles personnes, avec quels deniers, avec quels appuis ont été commis les attentats de Bologne, de Ravenne et des autres villes (1).

(1) Le Pape fait ici allusion au marquis Pepoli, pareut de Napoléon III et dictateur révolutionnaire^ des Légations. Devenu depuis ministre de Victor- Emmanuel, cet homme déclara en pleine chambre des députés, à Turin, que

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