CHAPITRE ONZIEME
» La presque totalité des populations est restée épouvantée de ce mouvement auquel elle ne s'attendait pas et qu'elle n'a pas suivi.
» Votre Majesté dit que si j'avais accepté le projet exprimé dans la lettre qu'elle m'expédia par l'intermédiaire de M. de Menneval, les provinces insurgées seraient rentrées sous mon autorité. A vrai dire, cette lettre était en opposition avec celle dont vous m'aviez honoré avant de commencer la guerre d'Italie, et dans laquelle vous me donniez des assurances consolantes sans me causer d'afflictions.
» La lettre à laquelle vous faites allusian me proposait, dans sa première partie, un projet inadmissible comme la présente; et quant à la seconde partie , je crois l'avoir adoptée , ainsi que peuvent le démontrer les documents consignés à Rome entre les mains de votre ambassadeur.
» Je réfléchis aussi à cette phrase de Votre Majesté , que si j'avais accepté ce projet, j'aurais conservé mon autorité sur les provinces; ce qui semble vouloir dire qu'au point où nous en sommes, elles sont perdues pour toujours. Sire, je vous prie, au nom de l'Eglise, et aussi au nom de votre propre intérêt, de faire en sorte que mon appréhension ne soit point justifiée. Certains mémoires, que l'on dit secrets , m'apprennent que l'empereur Napoléon I" a laissé aux siens d'utiles avertissements, dignes d'un philosophe chrétien qui, dans l'adversité , ne trouva que dans la religion des consolations et des apaisements.
» Il est certain que tous nous devons comparaître devant le Tribunal suprême pour rendre un compte sévère de tous nos actes, de toutes nos paroles et pensées. Tâchons donc de comparaître devant ce grand Tribunal de Dieu, de manière à éprouver les efiets de sa miséricorde, et non ceux de sa justice.
)> Je vous parle ainsi en ma qualité de Père , laquelle me donne le droit de dire la vérité toute nue à mes fils , quelque élevée que soit leur position dans le monde. Du reste, je vous remercie de vos expressions bienveillantes à mon égard et de l'assurance que vous
Bologne n'aurait pn être soulevée et arrachée au Saint-Siège si Victor-Emmanuel n'eût fourni de l'argent de sa cassette particulière, et il fit connaître les chiffres.
170 PIE IX, SA VIE, SON HISTOIIiE, SON SIÈCLE.
me donnez de vouloir continuer la sollicitude que vous dites avoir toujours eue pour moi. Il ne me reste plus qu'à prier Dieu de répandre sur vous, sur l'Impératrice et sur le Prince impérial l'abondance de ses bénédictions. »
» Du Vatican, le 8 janvier 1860.
» Pie pp. IX. »
La lettre impériale avait été communiquée auxjournaux. Celle du Pape ne le fut pas ; on ne la connut en France dans son intégrité que plus tard, par une traduction allemande de la Gazette autrichienne. Ce que voyant. Pie IX ne jugea pas devoir souffrir plus longtemps que le public, témoin et en quelque sorte juge du débat, n'entendît qu'une des deux parties. Il porta donc à la connaissance du monde catholique les principaux passages de sa réponse à Napoléon III, par l'encyclique Nidlis certè verbis, datée du 19 janvier, où il déclarait en outre qu'il était prêt à souffrir les dernières extrémités plutôt que de trahir la cause de l'Eglise et de la justice, et où il invitait tous les evêques à prier en union avec lui;, « pour que Dieu se lève et juge sa cause. »
C'était justement ce que l'Empereur ne voulait pas. Ayant appris qu'une copie de l'encyclique était dans les mains de M. Louis Veuillot, le ministre de l'intérieur, M. Billault, fît appeler ce publiciste courageux et lui signifia que, s'il la publiait, ce serait l'arrêt de mort de son journal; mais il ne l'intimida point. Avec un héroïsme capable de racheter, et bien au delà, toutes les vivacités de polémique qu'on lui a reprochées, l'Univers du lendemain matin, 29 janvier, reproduisit à la fois le texte latin du document pontifical et la traduction française. Le même jour, sans ombre de jugement, était signé un décret de suppression de ce journal. C'était, bien entendu, <( au nom des vrais intérêts de l'Eglise » que le ministre le faisait disparaître ; il l'accusait de troubler la paix publique, d'aigrir les discussions et de rendre plus vive l'hostilité de la presse incrédule contre la religion et le gouvernement pontifical. Mais personne ne se méprit sur la véritable cause de la suppression, et quant à la presse incrédule , inutile d'ajouter que la disparition de l'Univers ne