CHAPITRE ONZIÈME
modifia aucimement ses allures. Les attaques contre la religion ne furent ni moins vives, ni moins grossières. Il y eut seulement un journal de moins pour y répondre.
Mais le gouvernement [lui-même prit soin de trahir sa véritable pensée lorsque, peu de semaines après, la Bretagne , de Saint- Brieuc, et la Gazette de Lyon, frappées comme l'Univers, tombèrent avec la même vaillance sur la brèche, et que tous les journaux catholiques sans exception, atteints chacun de deux avertissements, n'eurent plus qu'une existence précaire qui, aux termes de la législation alors en vigueur, pouvait cesser de plein droit par la chute du troisième avertissement sans cesse suspendu sur leurs têtes.
Les rédacteurs de l'Univers , dans une adresse pleine d'éloquence et d'humilité chrétienne, exprimèrent à Pie IX leur joie d'avoir été frappés pour sa cause : (( L'encyclique Inter multipliées avait rendu la vie à notre œuvre, lui disaient-ils; c'est pour une autre encyclique que la vie lui est ôtée. Dieu et Pie IX soient bénis tous les deux! » Ils lui demandaient en même temps « indulgence pour leurs fautes passées, » ajoutant « qu'ils ne les avaient pas commises par mauvais cœur et à mauvaise intention, » et sollicitaient a une bénédiction pour l'avenir, afin que, s'ils pouvaient se relever, toujours animés des mêmes bons desseins, ils fissent des œuvres meilleures. » Pie IX les remercia par une bulle du 25 février et loua hautement leur conduite (i). Grâce à leur dévouement, l'encychque était connue et fut reproduite par tous les journaux. On remarqua seulement que les officieux, en la reproduisant, supprimèrent la phrase dans laquelle Pie IX faisait observer que l'Empereur n'ignorait point avec quel argent et quels secours la rébellion des Ro-
(1) Louis Veuillot se rendit à Rome. « Eu Pie IX, écrivait-il à son retour, j'ai retrouvé plus douce encore, mais non moins ferme, la majesté de Grégoire XVI. J'ai senti de nouveau ce cœur de père, j'ai reçu de nouveau ce nom de fils. Un jour j'ai dû demander justice , et le juge , aussi attentif que le père s'était montré clément, a relevé mon humble droit qu'une main puissante avait brisé. 0 ciel! prosterné sous sa bénédiction, je l'entendis glorifier ma blessure ! La voix sacrée disait : Beati qui joersecutionem patiunlur propter jusliliam. Oui, mes oreilles ont recueilli ces mots; j'ai eu cette joie et cette gloire. »
magnes avait été accomplie. Cette omission calculée ne révélait que trop une complicité secrète qui n'avait rien à apprendre, mais qui tenait à paraître ne rien savoir.
Pie IX, dès le 3 décembre 1859, alors qu'on croyait encore à la réunion d'un Congrès, avait écrit de sa main à Victor-Emmanuel pour lui rappeler ses devoirs et l'engager à défendre, au sein de cette réunion, les droits du Saint-Siège. Le roi de Piémont lui avait répondu, le 6 février 1860, (( qu'il n'aurait certainement pas manqué de le faire si le Congrès avait eu lieu, » car, « fils dévoué de l'Eglise, descendant d'une race très-pieuse , jamais il ne fut dans son intention de manquer à ses devoirs de prince catholique. » Il protestait donc « n'avoir rien fait pour provoquer l'insurrection , et, la guerre terminée, avoir renoncé à toute ingérence dans les Légations. » Seulement, ajoutait-il, « c'est une chose avérée et que j'ai eu soin de vérifier par moi-même, que dans ces provinces naguère si intraitables et si mécontentes de la cour de Rome , les ministres du culte sont actuellement respectés et protégés, les temples de Dieu plus fréquentés qu'auparavant. » Victor-Emmanuel pensait donc que le Pape n'aurait garde de venir troubler ce bonheur, (( l'intérêt de la rehgion ne demandait pas cela. )> Il espérait même que, non content de ne plus réclamer les Romagnes, le Pape voudrait bien lui remettre encore, à lui, Victor-Emmaijuel, les Marches et l'Ombrie, afin de leur ménager la même prospérité. Là-dessus il parlait de nouveau de « son franc et loyal, concours , de son cœur sincère et tout dévoué » à Pie IX, dont il finissait par a demander la sainte bénédiction. »
A ces dérisions outrageantes, Pie IX répondit, le 14 février, avec une indignation contenue :
u L'idée que Votre Majesté a songé à m'exposer est une idée imprudente , indigne assurément d'un roi catholique et d'un roi de la maison de Savoie. Vous pourrez lire ma réponse dans une encyclique, où elle va paraître. Du reste, je suis affligé, non pour moi, mais pour le malheureux état de l'âme de Votre Majesté, car elle est déjà sous le coup de censures, qui hélas! s'aggraveront encore, lorsque sera consommé l'acte sacrilège que vous et les vôtres avez