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CHAPITRE ONZIÈME

l'intention d'accomplir. Daigne le Seigneur vous éclairer et vous donner la grâce de connaître et de pleurer les scandales qui ont ea lieu, et les maux affreux qui ont frappé la pauvre Italie avec votre coopération! »

Cependant l'Angleterre, qui n'avait jamais dissimulé sa malveillance à l'égard du Saint-Siège , imagina , ou du moins prit sur elle de proposer formellement un principe nouveau auquel le cabinet des Tuileries s'empressa d'adhérer, quand même une semblable adhésion était la contradiction éclatante de sa campagne de Magenta et de Solférino. Ce principe, qu'on appela principe de non-intervention, consistait à imposer aux puissances, quelles qu'elles fussent, mais non au Piémont, l'obhgation de ne plus se mêler de ce qui se passerait en Itahe. C'était dire à l'Autriche, à l'Espagne, à Naples et aux autres gouvernements sincèrement amis du Saint-Siège : Nous sommes intervenus quand et comme bon nous a semblé, mais comme les affaires marchent aujourd'hui d'elles-mêmes dans le sens qui nous convient, et que vous pourriez leur imprimer une direction qui ne nous conviendrait point, vous vous abstiendrez. C'était dire en même temps au roi qui convoitait le bien d'autrui : Ni les duchés, ni les Romagnes ne vous appartiennent : vous l'avez reconnu vous-même à Zurich , il y a trois mois ; cependant si, en votre qualité de galant-homme (d), il vous plaît de vous les approprier, nous sommes là pour empêcher que personne ne vous dérange.

Victor-Emmanuel comprit et, sans perdre de temps, fît procéder, dans les duchés et les Légations, à de nouveaux votes annexionistes. Ils furent accompagnés des mêmes garanties de sincérité que les précédents et acceptés officiellement le 18 mars, jour où le roi de Piémont annexa par décret à ses anciens états la Toscane, les duchés de Parme et de Modène et les Légations.

(1) Roi galant-homme , rè galantuomo , c'est ainsi, en effet, qu'on appelait alors le roi tant de fois parjure. La postérité croira que ce surnom était une sanglante ironie imaginée par ses adversaires ou ses victimes politiques; nullement, c'était une flatterie de ses complices les démocrates, et la Révolution a si bien renversé le sens moral des peuples , qu'on voyait nombre de gens prononcer ce surnom sans rire.

iVt PIE IX, SA VIE, SON HISTOIRE, SON SIÈCLE.

Le consentement définitif de Napoléon III à ce changement poli- . tique fut expliqué, six jours après , d'une façon trop claire et qui ne devait pas porter bonheur à l'extension ni même à l'intégrité du territoire français. Comme compensation de son propre agrandissement dans ritahe centrale, le roi de Piémont cédait Nice et la Savoie à la France. Les patriotes applaudirent ; mais ceux qui n'admettent pas qu'on puisse violer impunément les lois éternelles de la justice auraient préféré que cette acquisition eût ea lieu à la paix de Villafranca, à titre d'échange pour la Lombardie, que Napoléon lïl avait payée de l'or et du sang de la France, et qu'il n'avait peut-être pas le droit de transmettre en pur don à Victor-Emmanuel. Ils s'affligèrent, dans tous les cas, de la voir s'accomplir comme le prix de l'adhésion de la France à une iniquité , et pour ainsi dire comme sa part des dépouilles de la veave et de l'orphelin de Parme et du vieillard du Vatican (1).

Son œuvre accomplie, l'usurpateur ne sut pas garder le silence. Le 20 mars, il écrivit de nouveau au Saint-Père, en acceptant le vote des populations, vote d'autant plus spontané que la sincérité en était garantie par la présence des baïonnettes piémontaises , et d'autant plus désintéressé qu'une dépense de quatre millions d'or piémontais avait dû le mettre à couvert de toute tentative de corruption de la part du parti contraire. Victor-Emmanuel déclara que (( prince catholique, il ne croyait pas manquer aux principes immuables de la religion qu'il se faisait gloire de professer avec un dévouement et une fidélité inaltérable. » Néanmoins, « dans l'intérêt de la paix, il offrait toujours de reconnaître le Pape pour son suzerain, de diminuer ses charges et de concourir à son indépendance et à sa sécu-

(1) L'auteur de cette histoire a le droit de parler ainsi saus qu'on suspecte sou patriotisme. Le premier en date et non le dernier par le zèle, il avait réclamé l'annexion savoisienne (dès le mois de juillet 1839, au lendemain de Solférino et de Yillafrauca, dans la Charente napoléoniejuie) ; mais lorsqu'il vit couronner ses vœux de cette manière inattendue et peu glorieuse, il osa exprimer ses regrets publiquement, et dans les termes mêmes qu'il vient de transcrire. Si on lai permet d'ajouter qu'il était alors non pas journaliste de profession, mais employé de l'Etat, et qu'il signait ses articles, on reconnaîtra qu'il lui fallait pour cela un certain courage, et l'on excusera plus volontiers la franchise et la sévérité de ses appréciations actuelle.*.

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