CHAPITRE ONZIÈME
rite. » Et il sollicitait de nouveau « très-humblement la bénédiction apostolique ! »
Pie IX lui répondit de façon à lui fermer la bouche pour longtemps :
« Les événements qui se sont produits dans quelques provinces des états de l'EgUse imposaient effectivement à Votre Majesté , comme elle me l'a écrit, le devoir de me rendre compte de sa conduite, quant à ces événements. Je pourrais me borner à combattre certaines assertions contenues dans sa lettre et dire , par exemple, que l'occupation étrangère dans les Légations était depuis longtemps circonscrite à la seule ville de Bologne, laquelle n'a jamais fait partie des Romagnes. Je pourrais dire que ce prétendu suffrage universel a été imposé et non volontaire ; je m'abstiens d'ailleurs de demander à Votre Majesté son opinion sur le suflrage universel, comme aussi de dire moi-même ce que j'en pense. Je pourrais dire que les troupes pontificales ont été empêchées par d'autres troupes, vous savez lesquelles , de rétablir le gouvernement légitime dans les provinces soulevées. Je pourrais m' appesantir sur ces considérations et sur d'autres. Mais ce qui surtout m'impose le devoir de ne pas adhérer aux pensées de Votre Majesté, c'est de voir l'immoralité toujours croissante dans ces provinces et les insultes qui y sont faites à la religion et à ses ministres. Bien plus, quand même je ne serais pas tenu par des serments solennels à maintenir intact le patrimoine de l'Eglise, je me verrais obhgé de repousser tout projet en ce sens , afin de ne pas souiller ma conscience par une adhésion qui me conduirait à donner ma sanction et à participer indirectement à ces désordres, et à justifier par mon concours une spo- Uation injuste et violente. Du reste, non-seulement je ne puis faire aucun accueil bienveillant aux projets de Votre Majesté, mais je proteste au contraire contre l'usurpation qui s'opère au détriment de l'Etat de l'Eglise et qui laisse sur la conscience de Votre Majesté et de tout autre coopérateur à cette indigne spoliation les conséquences fatales qui en découlent. Je suis persuadé que Voire Majesté, en rehsant avec un esprit plus tranquille, moins prévenu et plus instruit des faits, la lettre qu'elle m'adresse, y trouvera de
nombreux motifs de repentir. Je prie Dieu de donner à Votre Majesté les grâces dont elle a surtout besoin dans les circonstances difficiles du moment.
» Du Vatican, 2 avril 1860. »
» Pie pp. IX. »
On assure que Victor-Emmanuel mouilla de ses larmes cette lettre, où le reproche se mêle à tant de douceur. Elle lui parvint sans doute dans un de ces accès de foi et de remords qui entrecoupèrent plus d'une fois sa vie scandaleuse. Elle nel'empêcba point d'accomplir la parole qu'il avait donnée à la Révolution lorsque, au début de la guerre de 1859, mettant la main sur son épée et regardant du côté de Rome, il avait dit : « Andremo al fondo ; nous irons jusqu'au fond ! »
Mais le bruit se répandit que le Saint-Père avait lancé l'excommunication majeure contre les spoliateurs. Parmi ceux-ci, les uns s'en félicitaient comme d'un titre de gloire et témoignaient dans leurs journaux, dans des télégrammes destinés à la publicité, une joie trop bruyante pour être entièrement sincère ; les autres, et Victor- Emmanuel était personnellement de ce nombre, ne pouvaient se défendre de trembler quand ils étaient seuls.
Napoléon III trahit également ses inquiétudes par le soin jaloux qu'il prit de supprimer la bulle, autant que cela dépendait de lui. Elle avait été lancée le 26 mars et affichée à Rome le 29.- Le Moniteur du 1" avril publia la note suivante : « Le gouvernement croit, dans les circonstances actuelles, devoir rappeler la disposition suivante de la loi organique du Concordat : « Aucune bulle, bref, rescrit, » décret, mandat, provision, signature servant de provision, ni » autres expéditions de la cour de Rome, même ne concernant que » des particuliers, ne pourront être reçus, publiés, imprimés ni » autrement mis à exécution, sans l'autorisation du gouverne- » ment. )>
Napoléon III craignait que la bulle ne l'atteignit indirectement. Il n'est que trop certain que sa crainte était fondée. Il fut excommunié comme son oncle, au faîte de sa grandeur; et à dater de cette excommunication , plus rien ne leur réussit, ni à l'un ni à l'autre, et