‹ Pie VI à Valence, recueil de documents authentiques et inédits sur le séjour et la mort àChapitre 4 sur 20 · GUILLON · texte numérisé non relu

GUILLON

grondait en France. Il ne devait pas tarder à éclater.

Des commencements de troubles, des agitations imprévues, jetaient toute TEurope dans un désordre inexprimable, mais nulle part cet état de choses ne se faisait ressentir comme en France.

Depuis la fin des guerres civiles allumées par les prétendues réformes de Luther et de Calvin, la religion catholique semblait s'être alTermie par ses revers eux-mêmes, et avait repris un nouveau lustre par réclat des grands génies qui en étaient les interprètes et Tavaient défendue. Mais un système nouveau d'impiété, né de la corruption des mœurs et de Torgueil du bel esprit, après avoir sourdement couvé dès le commencement du xviii* siècle, se répandait de proche en proche.

Vers le milieu du siècle, ce svstème s'insinua sous le masque de la philanthropie et de la tolérance, puis se modifia et se nomma liberté de penser; enfin il éclata avec audace, fort d'un certain nombre de partisans qui prirent le titre de philosophes.

A mesure que l'irréligion ébranlait les autels, on voyait se dénouer tous les nœuds qui attachaient l'homme à ses devoirs. Tous les germes d'indépendance fermentaient dans Tesprit du peuple. On attaquait les vérités saintes et morales comme des préjugés superstitieux; on nommait les principes politiques, maximes de la tyrannie.

Le philosophisme, qu'on ajustement nommé le dissolvant universel, accomplissait son œuvre, et le gouvernement , qui ne jugeait que sur les apparences, croyant encourager les ennemis du fanatisme, protégeait des complots formés contre luimême.

Jusqu'alors la France avait été avec TEspagne la seule nation qui n'eût point inquiété le gouvernement pontifical; et cependant des questions délicates avaient été traitées entre la cour de Rome et la cour de Versailles.

Pressé par le déficit des finances, Louis XVI s'était vu plusieurs fois forcé de demander au pape la diminution des impôts que, sous le nom d'annates, la France devait payer à Rome pour l'expédition des bulles des évêques, et toujours le bienveillant pontife s'était montré disposé à accueillir ces sollicitations. C'est demander V aumône aux pauvres, se contentait- il de répondre.

Peu après survint la grande affaire du collier.

Le cardinal de Rohan pouvait revendiquer d'être jugé par ses pairs, mais il se laissa soumettre à un tribunal incompétent et accepta la juridiction du parlement de Paris , qui le déclara innocent.

Pie VI fut douloureusement affecté de cet événement, mais comme toujours il prit dans cette délicate affaire le parti le plus sage. Au lieu de se prétendre le seul juge de droit du cardinal, il tint un

consistoire, le 13 février 1786, dans lequel il le suspendit de sa dignité jusqu'à ce que, dans six mois au plus tard , il eut paru à Rome, en personne ou par procureur, pour se disculper. Le cardinal répondit au vœu du consistoire et fit présenter sa défense par M*' Alhani. La décision du parlement fut confirmée, et le cardinal absous à Rome comme à Paris.

Cependant la révolution française poursuivait son cours. L'année 1789 avait vu s'ouvrir les états généraux, convoqués par le meilleur des souverains pour contribuer au soulagement de son peuple , mais qui aussitôt s'emparèrent d'une partie de la souveraineté en se constituant assemblée nationale. La déclaration des droits de l'homme avait précédé de peu la constitution civile du clergé et la confiscation des biens ecclésiastiques. Pie VI, qui voit avec douleur jusqu'où peuvent se porter de pareils attentats, écrit à Louis XVI pour le supplier de refuser sa sanction, et le prévenir de l'état déplorable où elle jetterait l'Eglise de France ; mais le faible monarque ne peut résister , et la fatale sanction lui est arrachée.

Bientôt, une propriété dont le pape jouissait en sa qualité de prince temporel, n'est pas plus respectée que les biens du clergé, et l'assemblée décrète la réunion à la France d'Avignon et du Comtat Venaissin.

Pie VI avait d'abord renfermé son indignation au

fond de son àme ; il s'était armé de patience et de résignation, persuadé qu'une digue opposée à ce torrent ne servirait quVi le rendre plus furieux ; mais en apprenant que TAssemblée avait osé toucher à ses prérogative*s en proclamant une nouvelle constitution du clergé, il vit qu'il ne pouvait plus rester dans le silence sans trahir les intérêts de la religion. Ce fut alors qu'il fît entendre sa voix, et que parurent les brefs où le souverain pontife frappait d'anathème ces attentats contre la religion catholique et la foi constante de TEglise romaine.

On ne tarda pas à s'apercevoir que la constitution cinle du clergé n'avait été qu'un tempérament momentané et une sorte de transition pour arriver au complet anéantissement du culte catholique. Le 10 août 1790 vit s'évanouir tous les ménagements qu'on avait gardés jusque-là (^). Le culte fut aboli, et les exercices de piété devinrent des crimes; les impiétés, les profanations, les blasphèmes, furent érigés en actes de civisme; en un mot, jamais persécution plus cruelle, plus acharnée, n'avait encore désolé l'Eglise depuis son établissement.

La révolution avait mis le comble. à ses attentats en vouant à la mort le meilleur et le plus infortuné

(i ) A Paris, les jacobins promenèrent au Palais-Royal un mannequin habillé en pape, portant les nouveaux brefs, et monté sur un âne ; puis, après les outrages les plus grossiers, ils le brûlèrent sur un bûcher.

des princes. Pie YI aimait tendrement Louis XYI, dont il honorait et savait apprécier les nobles vertus. Il avait fait les plus grands efforts auprès des puissances de TEurope, et notanmient de TEspagne, pour sauver linfortuné roi de France ; mais la Convention, qui voulait trafiquer du sang innocent, repoussa comme insuffisantes les offres de quatre millions qui lui furent faites par TEspagne , et le ?i janvier 1793 le crime était consommé. La nouvelle de ce tragique événement fut accablante pour le cœur du souverain pontife. On aurait dît qu'il ne pouvait survivre au roi de France, tant il en était abattu, et de cette profonde douleur naquit le germe de la maladie qui s'aggrava progressivement à mesure que les persécutions le firent avancer vers le terme de son mart^Te. Il réunit les cardinaux en consistoire, et dans une éloquente allocution il rappela les vertus du malheureux prince, ses droits à lamour de son peuple, et releva Viniquité du jugement prononcé contre lui.

Et cependant, s écria le souverain pontife, « tout » le monde sait quelle était la douceur du carac- » tèav de Louis, sa bienveillance, son éloignement * de toute rigueur, son désir constant de satisfaire » tous les vœux ; c'est son extrême condescendance » qui la fait consentir à la convocation de ces états >» généraux qui ont déchaîné contre son trône et p contre lui tant d'affreuses tempêtes. »

Puis, jetant un regard de douleur sur la France, si longtemps la gloire de TEglise :

« France, dit-il encore, que nos prédécesseurs » ont appelée le modèle de Tunité catholique, Tiné- » branlable soutien de la foi, toi qui surpassais les » autres nations par ton zèle et ton dévouement à » la chaire apostolique, ah ! combien tu es devenue » différente de toi-même ! Qui a pu t'înspirer tout à ï> coup tant de haine et tant d'aveugle fureur? jour » de triomphe pour Louis, ajouta-t-il, à qui le ciel a » donné la patience dans les plus rudes épreuves, et » fait trouver la victoire dans les bras de la mort ! y> Oui, nous en avons la confiance, il n'a laissé cette y> couronne périssable et ces lis sitôt flétris, que » pour en recevoir une immortelle de la main de » Dieu. » (GuiLLON, Martyrs de la foi.)

Mais la révolution ne devait pas s'arrêter là. Un crime appelle un autre crime. La reine de France no pouvait pas être épargnée après avoir été séparée de son époux qui allait si majestueusement à la mort; et à peine Pie VI a-t-il donné connaissance

aux cardinaux du régicide commis sur la personne de Louis XVI, qu'il est contraint de verser de nouvelles larmes sur l'auguste princesse que ses prières et ses négociations avec la cour d'Autriche n avaient pu sauver encore.

Ici commencent pour le souverain pontife les plus terribles angoisses. De ce moment jusqu'à sa mort,

aucune affliction, aucune douleur, ne lui sont épargnées .

Depuis longtemps on présumait que Tltalie était Tobjet (le la convoitise des révolutionnaires français.

La paix conclue avec TEspagne en 1795 avait laissé sur les frontières l'armée qui ne semblait attendre que le moment d'envaliir les Etats de l'Eglise . Cependant la conduite de Pie VI n'était point dénature à motiver les hostilités de la France. Dans le courant de juillet 1795, un brigantin français poursuivi par deux catanes napolitaines était venu échouer sur le rivage des Etats ecclésiastiques, et les malheureux échappés au naufrage, livrés à la misère, s'étaient retirés dans un bois voisin. Le pape alors leur envoya des secours, ordonna qu'on réparât leur bâtiment et le fit escorter jusqu'à mie certaine hauteur.

A cette occasion il déclara ouvertement qu'il n était en gtierre avec personne, et quil voulmt vivre en j)aix avec tous.

Néanmoins, le 19 juillet 1796, une division de l'armée française entra dans la haute Italie.

Le chevalier Azara, ambassadeur d'Espagne, qui venait de remplacer le duc de Florida-Blanca, parvint à conclure un armistice avec les Français, mais par suite de cet armistice, le pape dut livrer Bologne , Ferrare , la citadelle d'Ancône , ses plus

beaux tableaux, ses plus belles statues, et payer une contribution de quinze millions, ce qu'il ne put faire qu'en employant le trésor de Sixte-Quint, conservé au château Saint- Ange, et Vargenterie des églises.

Avant la conclusion de l'armistice, le peuple de Rome, indigné de la conduite des Français qui séjournaient à Rome, et des manifestations de plusieurs agents patriotes, menaçait de se soulever contre eux.

La France n'avait alors à Rome aucun agent diplomatique avoué ; Mackau, son ministre à Naples, y envoya Hugon Basseville, secrétaire de légation, et la Flotte, auquel il donnait le titre de major de la marine. Ces deuxhommes, qui n'étaient revêtus d'aucun caractère légal auprès du gouvernement romain, prétendirent, d'après les instructions de Mackau, substituer aux armoiries de France qui décoraient le palais de l'Académie, les emblèmes et les couleurs de la république, qu'eux-mêmes portaient avec ostentation. Ils eurent même l'imprudence de publier des instructions dans lesquelles il était écrit : « qu'on devait réunir tous les Français qui se. trou- » valent à Rome, pour empêcher qu'aucune main » sacerdotale ne profanât par son opposition l'exer- » cice de la liberté qui devait s'effectuer par l'ins- » tallation des emblèmes républicains f*). » Ces

(1) Abbé Baldassari.

réunions eurent lieu en effet plusieurs fois au palais de TAcadémie. Le 13 janvier dans la soirée, au sortir de Tune d'elles, le peuple romain s'était ameuté et entourait les portes du palais. Basseville et Flotte veulent braver le mécontentement public ; ils sortent dans une voiture dont le cocher et les laquais étalaient comme eux une large cocarde tricolore, et même un de ceux-ci agitait au dehors de la voiture une banderolle aux trois couleurs. Le peuple, qui se croit insulté, ne peut rester indifférent à ce qu'il regarde comme une provocation. Des cris d'indignation lui échappent, et du carrosse on lui répond par un coup de feu. On se jette alors sur la voiture, qui parvient à se retirer dans la cour de la maison d'un banquier nommé Monte, chez lequel se réfugient Flotte et Basseville ; mais le peuple y pénètre, et, malgré les efforts de Flotte, Basseville tombe percé d'un coup de baïonnette. Le pape désapprouva hautement ce meurtre. Il fit tout ce qui dépendit de lui pour adoucir les derniers moments du malheureux Basseville. Ce dernier n'avait dû qu'à lui-même et à son imprudence le coup mortel qu'il avait reçu, et néanmoins sa mort, dont on fit grand bruit, devint un des griefs les plus sérieux de la Convention vis-à-vis de Rome.

Une des conditions imposées au pape par l'armistice était l'envoi à Paris d'un ambassadeur , qui reconnaîtrait, au nom de son maître, le gouverne-

ment établi en France, et le jurisconsulte Pierrachi avait été choisi pour cette négociation.

A peine fut-il arrivé à Paris, que le Directoire voulut exiger de lui, au nom du saint-père, la révocation de tous les brefs et décrets apostoliques émanés de Rome au sujet des affaires de France depuis 1789.

Cette demande, à laquelle Pierrachi répondit, selon les instructions qu'il avait reçues, qu'il ne pouvait entrer en discussion sur les affaires spirituelles, décida la guerre.

Les négociations de Florence essayèrent en vain d'amener une solution pacifique. On présenta les mêmes exigences relativement aux brefs, et elles furent une seconde fois repbussées.

On se prépara donc à la guerre ; le pape et tous les Italiens embrassèrent ce parti avec zèle; mais rhabileté du général de l'armée d'Italie rendit la défense impossible .

La cour de Rome avait compté sur l'appui du roi de Naples, lorsqu'elle apprit tout à coup que le marquis del Vasto, son ambassadeur, venait de signer la paix avec la république française. En même temps, Bonaparte faisait de nouvelles tentatives de conciliation, n fit dire au pape qu'il pourrait obtenir des conditions plus avantageuses que celles qui lui avaient été envoyées de Florence, et il pressait Gacault^ agent des relations extérieures, d'agir à Rome dans

— sole même sens. En même temps il chargeait le cardinal Mattei, archevêque de Ferrare, de porter au pape ses propositions d'arrangement.

La cour de Rome répondit, d'après Tavis des cardinaux, qu'elle avait des engagements avec l'empereur d'Autriche, et qu'avant tout elle devait le consulter.

En effet, des négociations étaient entamées entre l'empereur et le pape. Elles eurent pour résultat que l'empereur promit d'envoyer le général Cotti avec dix mille hommes , pour chasser les Français des deux légations.

Mais Bonaparte avait découvert la négociation du pape avec l'empereur, en interceptant une lettre écrite par le cardinal Busca à U^ Alboni, ambassadeur à Vienne. Cette lettre portait notamment : « Tant qu'il me sera permis d'espérer du secours D de l'empereur, je temporiserai résolument aux » propositions de paix que les Français ont faîtes. » Et plus bas : « Toujours ferme dans mon opinion, » je croirais compromettre mon honneur en traitant » avec les Français, lorsqu'une négociation est enta- » mée avec la cour de Vienne. »

Le 13 février 1797, on déclara donc l'armistice rompu, et aussitôt l'armée française, entrant dans les Etats de l'Eglise, s'empara de Forli et de Cesenna.

Les troupes pontificales avaient perdu quatre à

cinq cents hommes, mille prisonniers et plusieurs pièces de canon. Les Français conquirent ensuite la Romagne et la Marche d'Ancône, et le 18 février, Bonaparte avait son quartier général à Tolentino,

Le pape n'était plus en sûreté à Rome, et la capitale du monde chrétien était menacée. Les cardinaux sollicitaient vivement Pie VI de se retirera Naples, mais l'intrépide vieillard s'obstinait à rester près du tombeau des Apôtres. Sur ces entrefaites, Bonaparte lui fit dire qu'il serait disposé à accueillir des propositions de paix. Le cardinal Mattei , d'autres prélats et le duc Braschi, furent choisis pour négociateurs, et la paix de Tolentino fut signée le 18 février 1797.

Ces mallieurs causèrent à Pie VI une maladie qui le mit aux portes du tombeau, et dont il ne se releva jamais.

Le traité de Tolentino coûta au saint-père de nouveaux sacrifices- Les galeries, les musées, furent dépouillés, et il dut se soumettre à payer à la France un tribut de trente millions. Ses ressources étant épuisées, il fallut augmenter les impôts, ce qui excita en Italie de violents mécontentements, tandis que les ferments de révolution propagés à Rome et dans tous les Etats de TEglise volcanisaient le pays.

Le pape, sa famille, les cardinaux eux-mêmes, étaient souvent outragés dans les rues ; tous les jours

on trouvait des placards excitant le peuple à la révolte.

Pie VI crut apaiser ces troubles en faisant un dernier effort, et il se décida, dans l'intérêt général, à reconnaître la république cisalpine .

Mais à peine eut-il acheté la paix au prix de ses trésors, de ses galeries et des plus grands sacrifices, que sa perte définitive fut tramée au milieu de Rome même par ses nouveaux alliés. Le Directoire, rectifiant ses premières instructions, avait interdit au général Bonaparte d'user de violence, préférant la ruse et la sédition pour précipiter le souverain pontife de la chaire de saint Pierre.

L'occasion attendue ne tarda pas à* se présenter : de jeunes artistes exaltés par la révolution, des fanatiques de philosophie et de liberté, des gens oisifs et sans aveu, se rassemblaient tous les jours dans le palais de Joseph Bonaparte , frère du général et ambassadeur de la république française à Rome.

Le secrétaire d'Etat, M^^' le cardinal Doria Pamphili, qui pressentait le danger d'un tel brasier au milieu de tant d'éléments prêts à prendre feu, s'en plaignit souvent au jeune ambassadeur , lequel se contentait d'inviter chaque fois les turbulents à suspendre leurs assemblées. Ceux-ci continuaient néanmoins à se réimir tous les jours, et à exhaler leur mauvaise humeur contre le gouvernement pontifical.

Le 28 décembre 1797, on se décida à prendre des mesures rigoureuses, et les clubistes furent sommés de se retirer. Ils refusèrent obstinément d'obéir, et Von dut faire intervenir la force publique.

Ils se fussent retirés que tout eût été fini, mais ils résistèrent et le combat s'engagea.

Le citoyen Duphot, général de la suite de Tambassadeur, jeune homme plein de bravoure et d'ardeur, se jeta le sabre à la main sur les soldats du pape, et tomba victime de son dévouement téméraire.

Ce fut la seule victime; les soldats romains, effrayés d'avoir tué un Français, se retirèrent.

L'ambassadeur fit enterrer avec beaucoup d'appareil le cadavre de Duphot, porta des plaintes amères au secrétaire d'Etat, et dès le lendemain il partit brusquement pour Florence avec toute sa suite, ses préparatifs de départ étant faits depuis longtemps {*).

De Florence il écrivit au Directoire les détails de l'événement; mais le courrier n'était pas arrivé

(1) Si Ton doutait du projet qui existait depuis longtemps de r6- Tolutionner Rome et d'en chasser le saint-père, n'en trouverait-on pas la preuve dans cet article, consigné six mois avant la mort de Duphot dans les feuilles de TEurope : « Le 15 juillet 1797, on a découvert à Rome une conspiration qui tendait à renverser la puissance temporelle du pape et à révolutionner ses Etats. Les principaux chefs ont été arrêtés, et le château Saint-Ange mis en état dé défense respectable. »

à Paris , que Berthier , qui était à Milan , recevait Tordre de se porter sur Rome.

C'était une facile, mais triste expédition, que celle d'aller attaquer im vieillard octogénaire, qui n'opposait aux canons de ses ennemis que des larmes et des mains suppliantes.

Rome est bientôt envahie par Tarmée française , et le pape n'est même plus maître chez lui. Une sentinelle est placée jusque dans ses appartements ; les commissaires français cherchent et enlèvent du Vatican tous les objets précieux qui s'y trouvent (^). La bibliothèque même du saint- père n'est pas respectée, et Berthier ose faire proposer à Pie VI, par le général Cervoni , de se parer de la cocarde tricolore, en lui promettant une pension. A cette offre,

(1) Le cabinet du pontife ne fut point à Tabri des recherches des commissaires ; ils ouvrirent ses bureaux et ses garde-robes, brisèrent les serrures de ses tiroirs; mais, après avoir fouillé partout, dans Tespérance peut-être de découvrir de l'or ou des bijoux, ils furent bien trompés dans leur attente , car ils ne trouvèrent que des bardes et du linge. Cependant on rapporte qu'ils reprirent courage à la vue d'une grande boite, en forme d'urne, que leur imagination leur représenta pleine de sequins ; ils s'en saisissent avec avidité et demandent au papa : Qu'est-ce qu'il y a là- dedans? — Du tabac, répondit tranquillement le pontife. Les commissaires ne pouvaient le croire; mais r ouverture de la boite les désabusa; c'était effectivement du tabac, et le commissaire, en ayant pris une prise , jugea qu'il était excellent. Le commbsaire s'en saisit et fit porter chez lui la boite , au grand étonnement du pape, qui se plaignit doucement qu'on lui enlevait jusqu'à son tabac.

Haller, chargé par la république de fouiller le Vatican et de se

on vit se reproduire tout entière , par la réponse qu'il fît, Tâme grande et imperturbable du pontife:

a Je ne connais , Monsieur , lui dit-il , d'autre » uniforme que celui dont TEglise m'a orné. Vous » avez en votre puissance la propriété de mon corps » et non celle de mon âme ; je reconnais la main » qui châtie les brebis et accable le pasteur pour les » fautes de son troupeau, je Tadore et je me ré- » signe. Je n'ai pas besoin de pension : un sac et une » pierre suffiront au vieillard qui veut finir ses jours «dans la pénitence. Pillez, dévastez, incendiez à » votre volonté ; détruisez les monuments de la rey> ligion : la religion existera après vous comme elle » existait avant. Elle subsistera jusqu'à la fin des » siècles. »

Le pape était prisonnier au Vatican, tout rempli de soldats français. Les commissaires, craignant que

saisir de tous les objets précieux , se fait introduire auprès du pape à rheure de son repas. « La république romaine, lui dit-il, vous ordonne de me remettre vos trésors ; livrez-les-moi tout à Theure. — Hélas, répondit le pape, le traité de Tolentino ne m'a rien laissé; je n*ai point de trésors à vous remettre. — Vous avez cependant au doigt deux bien belles bagues. » Le pape en tira une, et la lui présenta : « Je puis vous donner celle-ci, lui dit-il; quanta l'autre, elle doit passer à mon successeur, n Cette raison ne satisfit point Haller; il insista pour avoir l'autre bague, de manière à n'être point refusé. C'était l'anneau du pêcheur, qui sert de sceau à tous les papes.

(Abbé Blanchard.)

sa présence à Rome ne réveillât Tintérêt du peuple, crurent que leur sûreté exigeait son éloignement, et sans le prévenir, sans aucune formalité, ils lui envoyèrent dire de se tenir prêt à partir pour la Toscane. Ce fut le Genevois Haller qui se chargea de cette pénible commission, et il la fit sans chercher à apporter aucun adoucissement à un ordre si dur.

En vain le malheureux pontife lui fait-il observer qu'à son âge, avec ses infirmités, il n'est pas en état de supporter les fatigues du voyage, et lui demande- W t-il conmie une faveur de mourir à Rome :

« On meurt partout, lui répond le fanatique ; si » vous ne partez pas de bon gré, on saura bien vous » faire partir de force. »

Le courage héroïque que le pape avait opposé jusqu'alors à ses malheurs parut céder ufi instant à la rigueur de ce nouveau coup ; quelque temps seul avec ses domestiques, il sembla succomber à l'excès de sa douleur ; mais , se jetant aux pieds du crucifix, il puisa dans la prière la force dont il avait besoin, et quelques instants après, il avait repris son calme et sa sérénité habituels.

« Dieu le veut,*dit-il tranquillement, soumettons- » nous avec résignation à ses décrets. » Puis, uniquement occupé des affaires de l'Eglise, il employa les quarante-huit heures qu'il resta encore à Rome, à régler ce qui pouvait intéresser la religion.

La nuit qui précéda son départ fut consacrée à la prière. Il fit célébrer en sa présence le saint sacrifice; il n'était pas encore achevé, et le soleil n'avait pas paru, que les soldats arrivaient pour l'arracher de son palais. On redoutait une émeute populaire si le jour trouvait encore le pape au Vatican. Le vénérable vieillard, soutenu par quelques domestiques et les yeux baignés de larmes, se traînant avec peine, accablé sous le poids des années et des infirmités, ne descendait pas assez vite, au gré de ses bourreaux, l'escalier du palais qu'il ne devait jamais revoir.

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