‹ Pie VII et Napoléon IerChapitre 2 sur 16 · FIE TU · texte numérisé non relu

FIE TU

plus favorablement envers TÉglise. Depuis longtc^mps ils ont fermé Toreille et le cœur à toutjps nos observatiop^, et ils ne répondent qu^en accumulant injures sur injures.

Comment peut-il se faire qu'ils obéissent à rÉglise comme des enfants à leur mère, qu'ils écoutent sa voix comme des disciples celle de leur maître, eux dont toutes les actions, tous les efforts tendent à réduire FÉglise à Tétat d'un esclave vis-à-vis d'un maître impérieux, pour l'anéantir après l'avoir asservie ?

« Si nous ne voulons pas être accusé d'indifférence et de lâcheté, ou même d'avoir honteusement abandonné la cause du Seigneur, il ne nous reste plus qu'à faire taire toute considération humaine et toute prudence charnelle pour mettre en pratique ce précepte de l'Évangile : S'il refuse d'éœu" ter l'Eglise, qu'il soit à nos yeux comme un païen et un publicain. (Matth., XVIII, 17.) Que nos persécuteurs apprennent donc une fois que la loi de Jésus-Christ les a

soumis à notre autorité et à notre trône ; car nous aussi nous portons le sceptre et nous pouvons môme dire que notre puissance est bien supérieure à la leur, à moins qu'on ne prétende qu'il est juste que Fesprit le cède à la chair, que les intérêts du ciel passent après ceux de la terre.

« Jadis, tant de Souverains-Pontifes, illustres par leur science et leur sainteté, ont été forcés, parce que la cause de FÉglise Texigeait, d^en venir à de pareilles extrémités contre les princes et les rois re^ belles, seulement pour un ou deux de ces crimes que les saints canons punissent d'anathème : craindrons-nouS' donc de suivre enfin leur 'exemple après tant de forfaits, de sacrilèges si énormes, si atroces et si universellement notoires? Ne devons-nous pas craindre d^étre justement accusé d'inertie et de lenteur plutôt que de témérité et de précipitation^ dans une cause surtout où le dernier attentat porté à notre puissance temporelle, attentat qui met le comble à

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tous les autres, nous avertit que bientôt nous n'aurons plus la liberté de remplir cet important devoir de notre ministère apostolique?

c< A ces causes, par Tautorité de Dieu « tout-puissant, par celle des saints apôtres, et Pierre et Paul, et par la nôtre, nous dé- « clarons que tous ceux qui, après Tinva- « sion de Rome et du territoire ecclésias- « tique, après la violation sacrilège du et patrimoine de saint Pierre, prince des « apôtres, par les troupes françaises, qui a ont commis' à Rome et dans les États de « rÉglise et du Saint-Siège, contre les im- Qt munités ecclésiastiques, contre les droits « même temporels de TÉglise et du Saintfn Siège, les attentats ou quelques-uns des a attentats qui ont excité nos justes plaintes a dans les deux allocutions consistoriales a ci-dessus mentionnées, dans plusieurs a protestations et réclamations publiées par « nos ordres ; tous leurs commettants, fau- « teurs, conseillers adhérents; tous ceux

« enfin qui ont facilité Texécution de ces « violences et les ont exécutées par euxa mômes; ont encouru Texcommunication « majeure et autres censures et peines eca clésiastiques portées par les saints canons ce et constitutions apostoliques^parlesdécrets ce des conciles généraux et notamment du « saint concile de Trente, et au besoin nous ce les excommunions et anathématisons de « nouveau, les déclarant, par là même, « déchus de tous privilèges et induits aca cordés de quelque manière que ce soit a tant par nous que par nos prédécesseurs; « nous voulons quMls ne puissent être déliés c( ni absous de ces censures par personne <( autre que nous-méme ou notre succes- « seur (excepté néanmoins à l'article de la a mort, et en cas de convalescence ils refit tombent sous les censures); nous les défit clarons incapables et inhabiles à recevoir a l'absolution jusqu'à ce qu'ils aient pu- « bliquement rétracté, révoqué, cassé et « annulé tous leurs attentats, qu'ils aient

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a pleinement ei; ëfiTeetiveiDent rétabli toat^ cr ehoses dans lenr premier état, et que, « au préalable, ils aient satis&it, par une « pénitence proportionnée à fcurs crimes, « à rÉglise^ au Saint-Siège et à nous, tf C'est pourquoi nou& statuons et déclaroBS « parlarteneur ées présentes, queaon-seir- « lementlescoupablesdontil est£8bitiiieati(»i « spéciale, mais encore leurs suecesseais <c aux places qu'il& occupent, ne pourront a jamais, en vertu des présentes ni de « quelque prétexte que ce soit, se croire a exempts et dispensés de rétracter, révo- « quer, casser et annuler tous les attentats, « ni de satisfaire réellement et effectivecr ment au préalable et comme il convient € à rÉglise, au Saint-Siège et à nous; nous or voulons, au contraire, que, pour le préce sent et pour Faveair, cette obligation ff conserve sa force, si jamais ils veulent « obtenir le bienfait de ^absolution, b

CI Mais dans la nécessité où nous nous trouvons d'employer le glaive de la sévé-

ri té que TÉglise nous a remis, nous ne pouvons néanmoirns oublier que . aoAS tefions sur k terre, malgré notre iadigiâtéi la place de Celui qui, es ezerçantsa justke, ne cesse pas d^étre le Dieu des misài'icordeB. C^est pourquoi o^^ous défendons expresse* nEient, en vertu de la sainte obéissance, à tous les peuples chrétiens, «t surtout à nos sujets, de causer, à roccasion de ces présentes lettres ou sous quelque prétexte que ce soit, le moindre tort,' le moindre préjudice, le moindre dommage à ceux que regardent les présentes censures, soit dans leurs biens, sodt dans leurs droits ou préaro* gatives. Car en leur infligeant le genre de punition que Dieu a mis en notre pouvoir, eu vengeant amsi les nombreux etsanglants outrages faits à Bien et à son Église sainte, ni»tre unique but est de ramener o&mk qui nous affligent aujourd'hui, afin qu'ils part£^eni nos afflictions^ si Dieu leur accorde la grnse de la pénikncejx^tr conntàtJrc la mrité^

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« Ainsi donc, levant les mains vers le ciel dans Thumilité de notre cœur, nous recommandons à Dieu la juste cause pour laquelle nous combattons, puisqu'elle est plutôt la sienne que la nôtre; nous protestons de nouveau que, par le secours de sa grâce, nous sommes prêt à boire jusqu'à la lie, pour le bien de son Église, ce calice que lui-même a voulu boire le premier pour elle; nous le prions, nous le conju,rons par les entrailles de sa miséricorde de ne pas rejeter les prières ferventes que nous lui adressons jour et nuit pour la conversion et le salut de nos ennemis. Qu'il sera beau, qu'il sera doux pour nous le jour où, exaucé par la divine miséricorde, nous verrons ces mêmes enfants, qui nous causent aujourd'hui tant d'affliction et de douleur, se Jeter dans notre sein paternel et se hâter de feutrer dans le bercail du Seigneur!

c< Nous voulons que les présentes lettres apostoliques et ce qu'elles contiennent ne puissent être impugnés, sous le prétexte

que ceux qui y sont désignés et tous ceux qui ont ou prétendent avoir intérêt au contenu desdites lettres, de quelque état, rang, ordre, prééminence et dignité qu'ils soient, quelques dignes qu'on les suppose. d'une mention expresse et personnelle, n'y ont pas consenti, qu'ils n'ont pas été appelés, cités et entendus à l'effet des présentes, et que leurs raisons n'ont point été présentées, discutées et vérifiées. Ces mêmes lettres ne pourront également, et sous aucun prétexte, couleur ou motif, être considérées comme entachées du vice de subreption, d'abreption, de nullité ou du défaut d'intention de notre part ou de la part de ceux qui y ont intérêt. Le contenu de ces lettres ne pourra non plus, éous prétexte de tout autre défaut, être attaqué, enfreint, retouché, remis en discussion ou restreint dans les termes du droit. Il ne sera allégué contre elles ni le droit de réclamation verbale ni celui de restitution dans l'entier état précédent, ou tout autre moyen de droit, de

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lait ou ie gràœ. Jamais on ne poum leur opposer^ ni en jxtgement,,ni hors du jugiejnent, aucun ikote ou concession émané de notre propre mouvement, science certaine et plein pouvoir. Nous dédarons que lesdites lettres sont et demeureront fermes, valides et durables ; qu'elles auront et soriiront leur entier et plein effet, et toutes leurs dispositions doivent être inviolablement et rigoureusement observées par ceux qu^elles concernent et intéressentou qu^elles pourront concerner et intéresser dans la suite. Ainsi nous ordonnons à tous juges ordinaires ou délégués, aux auditeurs des causes de notre palais apostolique, aux cardinaux de la sainte Église romaine, aux légats a latere, aux nonces du Saint-Siège et à tous Autres de quelque prééminence et pouvoir qu'ils soient ou seront revêtus^ de s'y conformer dans leurs dédsions et leurs jugements^ àtant à toute personne le pouvoir et la faculté de juger et d'interpréter autrement, et déclarant nul et invalide tout

ice qui serai t faitau{)ré}udiûe després^iites, avec conââiâSâ&ce âe cause on par igaojsaice, et de quelque wdionié qu'on ose se ^févatoir.

«c £t autant qu^ii «n est besoin, nonobstant la règle de notfe chancellerie sur la conservation du droit acquis et toutes auires constitutions et décrets apostoliques accordés à quelques personnes que ce soit, jde quelque manière qu^elles soient qualijfiiéeset de quelque dignité ecclésiastique ou .fiéculière qu^elles soient revêtues, quand bien même elles prétendraient avoir be- ;Qom d'une désignation expresse et spéciale, qu'elles se prévaudraient de clauses dérogatoires, insolites et irritantes, et qu'elles réclameraient en leur faveur des règlements, des coutumes, des usages d'une antiquité immémoriale, autorisés par serment ou par le Saint-Siège des privilèges et des décrets émanés du propre mouvement de la science certaine et de la plénitude 'de la puis- .sance du Si^e apostolique, en consistoixe

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et ailleurs, et que ces concessions auraient été faites, publiées et plusieurs fois renouvelées, approuvées et confirmées : nous déclarons que nous dérogeons par ces -présentes, d^une façon expresse et spéciale et pour cette fois seulement, à ces constitutions, clauses, coutumes, privilèges, induits et actes quelconques, et nous entendons qu^il y soit dérogé, quoique ces actes ou quelques-uns d'eux niaient pas été insérés ou spécifiés expressément dans les présentes , quelque dignes qu'on les suppose d'une mention spéciale, expresse ou individuelle ou d'une forme particulière dans leur supposition; voulant que les présentes aient la même force que si la teneur des constitutions à supprimer et celle des clauses spéciales à observer y étaient nommément et mot à mot exprimées, et qu'elles obtiennent leur plein et entier effet, nonobstant toutes choses à ce contraires.

c( Étant de notoriété publique qu'on ne peut en sûreté répandre les présentes lettres

LUTTE CONTRE NAPOLÉON. i05

partout et .principalement dans les lieux où il serait le plus important qu'elles fussent connues, nous voulons que des exemplaires en soient, selon Tusage , publiés et affichéâ aux portes de Téglise de Latran et de celle de Saint-Pierre, ainsi qu'à la chancellerie apostolique, dans la grande cour, au mont Citorio et à rentrée du champ de Flore , et qu'ainsi publiées et affichées , tous et chacun de ceux qu'elles concernent aient à s'y conformer, comme si elles leur eussent été intimées individuellement et nommément.

« Nous voulons que les copies manuscrites ou imprimées de ces lettres , pourvu qu'elles soient signées par un notaire public et revêtues du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique, méritent dans tous les pays du mond&, tant en jugement que dehors, la même foi et la même confiance que l'inspection même de la minute des présentes.

< Donné à Rome , à Sainte-Marie-Ma-

1809, Tan X de notre Pontificat.

« PIE VII, Pape. »

INapoléon ja^était pas nommé posilivemeiit dans la bulle, mais on ne pouvait se méprendre sur le sens des parotes de Pie YM.

On remarqua d^ailleurs ayec qael soin le Pape ménageait les droits et les biens temporels de toits ceux qu^il frappait.

L'empereur s'était trop avancé pour reculer, et il avait autour de lui des hommes qui rinvitaient à pousser les choses à Textréme. Le 6 juillet, une troupe de gen- 'darmes, dirigée par le général Radet, enva- Mt le palais <lu QuirinaL Le Pape était entouré des cardinaux Pacca, De^uig et de plusieurs prélats et ecclésiastiques de sa «our.

Les assaillants, à coups de hache, jettent à bas les portes de Tapparteioènt et pàs^ trent jusqu'à la portée la «chambre où était leSaijit^Pèce. 'Cette porte &it ouverte et le

LUTTE COWTRB NAPOLÉON. iôd

général Radet entra. Il y eut quelques minutes de silence. Enfin Radet, la figure pâle^ la voij tremblante , dit au Pape : « Qu'il a une commission désagréable et pénible :

mais qu'ayant £ait serment de fidélité et d'obéissance à l'empereur, il ne peut se dispenser d'exécuter son ordre; qu'en conséquence y au Bom de Tempereur, il doit lui intimer de renoncer à la souveraineté tempoirelle de Rome et de l'État, et que, si Sa Sainteté le refuse, il a ordre de le conduire au général Miollis , qui lui indiquerait le lieu de sa destination. »

, Jamais plus brutal abus de la force n'avait été fait.

Le Pape, sans se trouUec^ d'un ton Carme et plein de dignité, répondit à Radet : a Si « vous avez cru devoir exécuter de tels « ordres de l'empereur, à cause de votre a serment de fidélité et d'obéissance, jugez a de quelle manière nous devons, nous, « soutenir les droits du Saint-Siège, auquel « nous sommes liés par tant de sermentef!

« Nous ne pouvons ni céder ni abandon- « ner ce qui n'est pas à nous. Le domaine « temporel appartient à TÉglise et nous « n'en sommes que Tadministrateur. L'em- « pereur pourra nous mettre en pièces, c( mais il n'obtiendra jamais cela de nous.

a Après tout ce que nous avons fait pour « lui, nous ne devions pas nous attendre à c( ce traitement. »

Le général Radet reprit : «Saint-Père,

je sais que Tempereur vous a beaucoup

d'obligations.

— Plus que vous ne savez, répartit le Pape avec un accent très-animé, et il ajouta : « Devons-nous partir seul ?

— Votre Sainteté, répondit Radet , peut prendre avec elle son ministre , le cardinal Pacca. »

Ainsi commença la captivité de Pie VII, qui devait durer cinq ans : jamais TÉglise n'avait vu §i longtemps son chef privé de liberté. Pour n'avoir pas été sanglante, la persécution que subit alors l'Église fut

Tune des plus terribles et des plus dangereuses; aussi célèbre-t-on la fête du retour de Pie VII à Rome .

Radet avait fait croire au Pape qu^on le conduisait chez le général Miollis ; Pie VII ne prit donc rien avec lui. Mais quand il vit la voiture se diriger vers la porte du Peuple, il reconnut qu'il partait pour Texil. Il n'avait dans sa bourse que la valeur de vingt-deux sous de France ; le cardinal Pacca n'en avait que seize. « De toute notre principauté, voilà ce que nous possédons, » dit Pie VII à Radet.

Le Souverain-Pontife retrouva sur son passage toute la piété qu'il y avait remarquée à son premier voyage ; seulement, les populations plongées dans une profonde stupeur pleuraient et n'osaient faire aucune démonstration. Cependant la grandeduchesse de Toscane, la princesse Élisa Bonaparte , craignant des troubles à Florence, où Ton avait d'abord transporté le Pape, pria le gouvernement français de donner

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des ordres pour le transférer en Piémont.

Là les démonstrations devinrent éclatantes.

Les ordres religieux venaient processionnellement au-devant du Pontife, le peuple lui offrait toiat ce qu'il pouvait ^désirer; plusieurs fois même la multitude Tinterrogea du regard pour savoir s'il lui permettait de le rendre libre en se débarrassant des gendarmes. A Gènes , la foule était si nombreuse, que les conducteurs, épouvantés, ûrent embarquer le Pape à quelque distance de la ville. Plus Pie VII approchait de la France, plus l'enthousiasme augmentait.

Au premier village français , les autorités voisines , sous prétexte de veiller au bon ordre, cherchaient à s'approcher du Saint- Père pour baiser ses mains, le consoler et le plaindre. A l'approche de Grenoble, plus de mille soldats désarmés accoururent à la rencontre du Pape : c'était l'héroïque garnison de Saragosse, prisonniere.de guerre, qui avait demandé à se porter à la rencontre du chef de l'Église. Le Pontife se

pencha pour bénir ces héros qui supportaient noblement les rigueurs de la captivité,

L'Espagne et Rome étaient là comme les deux témoins des iniquités commises païr un guerrier que la prospérité aveuglait :

TEspagne, où le redoutable conquérant trouva pour la première fois une résistance matérielle indomptable; Rome, où il rencontra cette force morale qui use à la longue les pouvoirs les mieux affermis. D'un côté, il y avait le droit d'une nation , de l'autre, le droit de l'Église , c'est-à-dire le droit de l'humanité tout entière : Napoléon, malgré son génie, ne pouvait vaincre de pareils obstacles, il devait succomber.

On riait beaucoup à cette époque , on rit encore de nos jours des excommunications, comme d'une arme rouillée qu'on se plaît à comparer au javelot lancé par le vieux Priam : telum imbeîle sine ictu, javelot sans force et qui ne porte pas coup. C'est oublier l'histoire et ne pas raisonner. Jus-

qu'à présent Thistoire a toujours donné raison aux excommunications lancées par les Souverains-Pontifes contre les persécuteurs de rÉglise et les spoliateurs de ses États; si c'est là un hasard, c'est un hasard qui doit donner à réfléchir. Mais, à ne considérer les choses qu'au point de vue purement humain , et abstraction faite de toute considération surnaturelle, une excommunication, lancée dans les circonstances que nous venons de dire, sera toujours iin coup terrible pour celui qui en est l'objet. C'est une protestation solennelle du droit , et celui qu'elle atteint sait que cette protestation est admise comme vakble par des millions d'hommes ; il sent que, avec toute sa puissance, avec toute sa police, il ne peut empêcher que cette protestation ne soit connue ; il sent que des millions de consciences humaines jugent ses actes comme le Pape le juge. Cela ^l'irrite ; il essaie de se débattre contre cette opinion publique qui trouble sa conscience, qui est

pt)ur lui un continuel remords, et il cherche à étouffer cette grande voix par des entreprises nouvelles, par des moyens de police qui manquent nécessairement leur but. L^irritation s'accroît; une première faute en amène d^utres ; Tesprit s'aveugle quand il n'est plus calme; il ne peut être calme quand il ne peut se rendre le té moi-»

gnage d'être dans le droit, et les fautes s'accumulent, et bientôt les hommes s'étonnent des épouvantables catastrophes auxquelles ils assistent. Ces catastrophes ne sont pourtant que le développement logique des fautes commises au début et signalées par ces excommunications dont on riait d'abord.

La logique, quoi qu'on fasse, la logique gouverne le monde, parce que le maître du monde est Dieu lui-même, qui est la suprême Raison. A ceux qui s'étonnent des ruines, il n'y a qu'à dire : C'est la justice de Dieu qui passe.

Napoléon se montra d'abord irrité de l'expulsion du Pape, qu'il sembla ne pas

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avoir directement demandée. Il défendit de l'amener en France, et désigna Savone, sur le golfe de Gènes, pour le lieu de sa captivité. C'est là que Pie VU passa trois ans, de 1809 à 1812, séparé de tous ses conseillers, même du cardinal Pacca, qui fut renfermé dans la forteresse de Fenestreile.

Pie VU s'était avancé jusqu'à Grenoble.

De cette ville à Savone, ce fut un nouveau triomphe, qui devait irriter profondément l'empereur. Toute la vallée du Rhône était couverte de fidèles accourus pour voir le Pape et recevoir sa bénédiction. A Valence, la foule était tellement compacte, qu^il fallut s'arrêter. A Nice, dix mille personnes à genoux attendaient le Pontife vénéré qui, retenant d'un geste son escorte, s'avança seul pour bénir la multitude. L'ex-reine d'Étrurie, Marie-Louise, fille du roi d'Espagne Charles IV, qui était accourue pour vénérer le Chef de l'Église , à genoux ellemême, tenant ses deux enbnts, ne put s'empêcher de pleurer et de s'écrier avec

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amertume : « Quel temps différent ! — Tout n^est pas amertume, lui dit le Pape. Nous ne sommes, ma fille, ni à Florence , ni à Rome ; mais voyez ce peuple , écoutez ses transports. »

A Savone , Pie VÎI fut confiné dans le plus grand isolement; il ne lui fnt pas même permis de voir Tévéque de la ville; il ne pouvait parler ni écrire qu'en présence 3e témoins.

Là le Pape fut entouré des plus perfides ert des plus fatigantes obsessions par les évéques que- lui envoyait Napoléon , qui voulait obtenir l'institution canonique des évéques qu'il avait nommés, et obtenir des concessions attentatoires à Tautorité du Saint-Siège. Épuisé de forces et de combats, sans appui , sans conseillers, effrayé de la perspective de l'avenir et de Timmense responsabilité qui allait peser sur lui, craignant de compromettre les intérétg de TÉglise par une trop longue résistance, Pie VÏI, dont le caractère était une grande

modestie et une grande défiance de luimême, finit par céder. Il promit d'accorder les bulles de confirmation aux évêques nommés, et d'ajouter au concordat de 1801 une clause que demandait l'empereur, savoir : Qu'il consentirait à ce qu'on insérât dans le concordat que le Pape ferait expédier aux évêques nommés les bulles canoniques six mois au plus tard après la nomination ; que, dans le cas où il différerait davantage pour d'autres raisons que pour l'indignité personnelle des sujets, le métropolitain de l'Église vacante, et, à son défaut, le plus ancien évêque de la province ecclésiastique, pourrait donner l'institution au nom du Souverain-Pontife. Napoléon avait réuni à Paris un prétendu concile qui secondait ses vues, quoique avec une certaine réserve , et au moyen duquel il cherchait à peser sur le Pape. Il faut remarquer ici que, 1® Pie VIÏ n'était pas libre, et que ses concessions ne pouvaient par conséquent être considérées comme accor-

dées par le Pape dans le plein exercice de son autorité ; 2* qu'il ne fit que de simples promesses et sous des conditions qui , n'ayant pas été remplies, les annulaient par le fait même. Cependant, aussitôt qu'il les eut faites, il tomba dans un profond abattement; il perdit le sommeil; sa santé s'altéra; il se reprochait un acte de faiblesse dont il aurait à rendre compte à l'Église et à Dieu.

Napoléon était au comble de la prospérité. Il avait fait casser son mariage avec l'impératrice Joséphine, et des ecclésiastiques prévaricateurs avaient béni son nouveau mariage avec Marie-Louise , fille de l'empereur d'Autriche; il avait un fils, à qui il donnait le titre de roi de Rome, et cent évêques étaient venus assister au baptême de cet enfant, dont le titre seul était une insulte à TÉglise; il voyait le prétendu concile national de Paris soumis à ses volontés ; terreur de TEurope , allié à l'une des plus antiques dynasties, maître

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au dedans , il pouvait croire son pouvoir à jamais afiermi y et sa dynastie à Tabri des revers de la fortune.

On était en 1811. En 1812^ au moment où il préparait la campagne de Russie , il fit tout à coup enlever Pi^ Vil de Savone , et, sans égard pour ses souffrances, il le fit amener à Fontainebleau à marches forcées.

Il n'était pas encore assez sûr de sa vietoirej il voulait agir plus efficacement sur son esprit , éteindre le reste de son énergie et lasser son héiX)ïque patience ; car^ malgré tout, il n'avait encore rien obtenu de positif. Le Pape fut entouré d'ecclésiastiques dévoués aux vues de l'empereur, et qui lui représentaient tous les maux qu*une plus longue résistance causerait à l'Église.

Lorsqu'on vit le Pape chancelant et près de succomber, l'empereur agit directement.

Le 19 décembre, il accourt à Fontainebleau avec Marie-Louise; il entre inopinément dans l'appartement de Pie VII, il le s^rre dans ses bras^ il lui donne un baiser et le

LUTTE CONTRE NAÎOLÉON. 1!9

comble de marques d'amitié. Des conférenées s'établissent et durent plusteurfi j<mrs. Napeléon m^ en usage tour à tour les promesses et les menaces.

L'adversité n'avait pi^ encore éclairé Tempei^ur. La désastreuse campagne de Russie venait d'avoir lieu ; le terrible hiver de la fin de 1812 avait fait tomber les armes des mains de nos stddats ; tetit le monde pressentait les cata'strophes suprêmes^ tout le monde reconnaissait qu^il n'est jamais bon de s'attaquer à l'Église et de mériter ses foudres, et Napoléon songeait encore à enchaîner la liberté du Saint- Père.

Ce fut dans la soirée du 25 janvier 1813 que tout fut consommé. Le Pape, pressé de tous cétés de conclure le concordat proposé, aiccahlé par les violences de l'empereur , se tourna tout agité vers les cardinaux qu'on avait introduits auprès de lui ; mais ils baissèrent la tête pour lui faire comprendre qu'il fallait, bon gré mal gré, se résigner.

En ce moment cruel , Pie VU , dans Tassurance qu'on ne lui présentait que des articles préliminaires qui resteraient secrets, et qui n'étaient destinés qu'à précéder des négociations. définitives, signa enfin, en donnant les marques les moins équivoques de l'oppression et de la violence dont il était victime.

A peine eut-il signé qu'il tomba dans un abattement profond. Il se considéra comme indigne de célébrer le saint sacrifice, et ne dissimula pas le motif de la privation qu'il s'imposait. Napoléon craignit que le Pape ne révoquât ses concessions, et 11 publia ce qu'on appela le concordat de Fontainebleau. Il croyait ainsi porter le dernier coup à sa victime ; mais en se hâtant ainsi, au mépris des promesses données, il effaçait lui-même la signature conditionnelle du Souverain-Pontife, et il fournissait à sa victime l'occasion d'un magnifique triomphe ; Dieu allait montrer qu'il n'abandonne jamais son Église, et

que son assistance apparaît toujours éclatante, irrécusable, lorsqu'elle devient né^ cessaire.

Les cardinaux fidèles avaient pu rejoindre le Pape. A partir de ce moment. Pie VII reprit le courage et la fermeté apostolique qui ne Tabandonnèrent plus. L'homme avait faibli un moment , le Pape se releva avec un héroïsme admirable ; d'aecord avec les cardinaux, il écrivit à l'empereur la lettre suivante, par laquelle il déclarait nuls et sans valeur les articles du concordat; la lettre était écrite de sa niain, et tous les cardinaux en prirent copie :

■ a Sire,

« Quelque pénible que soit à notre coeur Taveu que nous allons faire à Votre Majesté, quelque peine que cet aveu puisse lui causer à elle-même, la crainte des jugements de Dieu, dont notre grand âge et le dépérissement de notre santé nous rapprochent tous les jours davantage, doit nous

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rendre supérieur à toute eonsîdération humaine, et nous faire mépriser les terribles angoisses auxquelles nous sommes en proie en ce momâit.

« Commandé par nos devoirs, avec cette sérénité, cette franchise qui convient à notre dignité et à notre caractère, nous dédarons à Votre Majesté que, depuis le 25 janvier, jour où nous apposâmes notre seing aux articles qui devaient servir de base au traité définitif dont il y est fait mention, les plus grands remords et le plus vif repentir n'ont cessé de déchirer notre cœur, qui ne peut plus trouver ni paix ni repos.

« Nous reconnûmes aussitôt , et une profonde méditation nous fait sentir chaque jour davantage Terreur dans laquelle nous nous sommes laissé entraîner, soit par Fespéramce de terminer les différends survenus dans les affaires de l'Église, soit aussi par le désir de complaire à Votre Majesté,

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« Une seule pensée modérait un peu notre affliction ; c'était l'espoir de remédier, par Tacte de Raccommodement définitif, au mal que nous venions de fsiire k rÉglise en 'souscrivant ces articles. Mai« quelle ne fut pas. notre profonde douleur, lorsque, à notre grande surprise, et, malgré oe dont nous étions convenu avec Votre Majesté, nous vîmes publier, sous le titre de concordat, ces mêmes articles qui n'étaient que la base d'un armngemeot futur! Gémissant amèrement, et du fond de notre cœur, sur Toccasion de «caudale donnée à TÉglise par la publication desdits articles; pleinement convaincu de la nécessité de le réparer, si nous pûmes nous abstenir pour le moment de manifester nos sentiments et de faire entendre nos réclamations, ce ne fut uniquement que par prudence, pour éviter toute précipitation dans une affaire aussi capitale.

a Sachant que, sous peu de jours, nous aurions la consolation de voir le Saopé-

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Collège, notre conseil naturel, réuni auprès de nous, nous voulûmes Tattendre pour nous aider de ses lumières, et prendre ensuite une détermination, non sur ce que nous nous reconnaissons obligé de faire en réparation de ce que nous avons fait, car Dieu nous est témoin de la résolution que nous avions prise dès le premier moment, mais bien sur le choix du meilleur mode à adopter pour Texécution de cette même résolution. Nous n'avons pas cru pouvoir en trouver un plus conciliable avec le respect que nous portons à Votre Majesté, que celui de nous adresser à Votre Majesté elle-même et de lui écrire cette lettre.

C'est en présence de Dieu, auquel nous serons bientôt obligé de rendre compte de Tusage de la puissance à nous confiée, comme vicaire de Jésus-Christ, pour le gouvernement de rÉglise, que nous déclarons, dans toute la sincérité apostolique, que notre conscience s'oppose invinciblement à l'exécution de divers articles contenus dans

l'écrit du 25 janvier. Nous reconnaissons avec douleur et confusion que ce ne serait pas pour édifier, mais pour détruire, que nous ferions usage de notre autorité, si nous avions le malheur d'exécuter ce que nous avons imprudemment promis, non par aucune mauvaise intention, comme Dieu nous en est témoin, mais par faiblesse et comme cendre et poussière.

a Nous adressons à Votre Majesté, par rapport à cet écrit signé de notre main, les mêmes paroles que notre prédécesseur Pascal II adressa dans un bref à Henri V, en faveur duquel il avait fait aussi une concession qui excitait à juste titre les remords de sa conscience ; nous vous dirons avec lui : Notre conscience reconnaissant notre écrit mauvais^ nous le confessons mauvais, et avec Vaide du Seigneur, nous dési-' rons quHl soit cassé tout à fait, afin qu'il n^en résulte aucun dommage pour V Église, ni aucun préjudice pour notre âme,

« Nous reconnaissons que quelques-uns

des susdits articles sont susceptibles d'être amendés par une nouvelle rédaction, au moyen de quelques modifications et changements ; mais nous reconnaissons en même temps que d'autres sont essentiellement mauvais, contraires à la justice, au gouvernement de TÉglise que Jésus-Christ lui-même a établi, qu'ils sont par là-même inexécutables, et doivent être entièrement abolis.

« Comment pourrions-nous, par exemple, commettre la grande injustice de priver de leurs sièges, sans une raison canonique, tant de vénérables évêques, dont tout le crime est d'avoir suivi nos instructions?

« Comment pourrions-nous encore, sans une raison canonique, admettre la suppression de leurs sièges ? Votre Majesté se rappellera sans doute le cri qui s'éleva dans FEurope, en France même, lorsqu'on 1801 nous fhnes usage de notre autorité pour priver de leurs sièges les anciens évêques de France, après toutefois interpellation et

demande de démission. Et cependant cette mesure avait été reconnue nécessaire dans ces temps malheureux, pour mettre fin à un schisme déplorable , et ramener une grande nation à Tunité et au giron de la catholicité. Mais, dans les circonstances actuelles, quelle est la grande nécessité qui pourrait justifier devant Dieu et devant les hommes les mêmes mesures ?

u Comment pourrions-nous encore approuver un règlement subversif de la divine constitution de FÉglise de Jésu«-Christ , qui a établi la primauté de Pierre et de ses successeurs , qui soumet notre puissance à celle d'un métropolitain, en lui accordant le droit de conférer Tinstitution canonique aux évoques nommés; que, dans certains cas, le Souverain-Pontife n'aurait pas jugé, dans sa sagesse, devoir imtiiuerf Ne seraitce pas constituer juge et réformateur du Chef de la hiérarchie le métropolitain^ lui, son inférieur, et qui lui doit soumission et obéissance? Pourrions-nous introduire dans

rÉglise de Dieu cette nouveauté inouïe, que le métropolitain pût donner Tinstitution canonique contre la volonté du Chef de rÉglise? Dans quel gouvernement bien réglé est-il concédé à une autorité inférieure de pouvoir faire ce que le chef du gouvernement a cru ne pas devoir faire? A quels désordres, en outre, à quels schismes /également funestes à TÉtat et à TÉglise n^ouvririons-nous pas la porte par une telle concession ! Ne mettrions-nous pas les Pontifes romains dans la nécessité de se séparer des évéques institues par le métropolitain au mépris de l'autorité pontificale?

c( Pourrions-nous d'ailleurs dépouiller le Saint-Siège d'une de ses prérogatives, nous qui sommes obligé, par les serments les plus solennels, à les soutenir et à les défendre au prix même de notre sang? Mais Votre Majesté dira peut-être que nous avions souscrit ces mêmes concessions dans un bref de Savone, qui ne fut pas accepté

par Votre Majesté, et dont elle nous fit notifier officiellement le rems. Nous ne répondrons , Sire , qu^en faisant Fhumble aveu de la faute dans laquelle nous nous laissâmes entraîner, dans notre fâcheuse position, par l'espérance de remédier aux maux de TÉglise , sans toutefois réfléchir que cette innovation deviendrait une source de maux bien plus funestes et sans cesse renaissants. D'ailleurs, ce bref n'ayant pas été accepté par Votre Majesté, la concession qu'il contenait demeure non avenue, et nous ne pouvons qu'admirer en cela les vues de la divine Providence qui veille au gouvernement de l'Église. Mais quand bien même ce bref subsisterait encore, les mêmes raisons qui militent contre Tarticle dont il est question ci-dessus nous forceraient également de le révoquer.

c( Nous ne pouvons néanmoins dissimuler que notre conscience nous reproche encore de n'avoir pas fait mention, dans les susdits articles, de nos droits sur les

i30 PIE VII

domaines de TÉglise , droits que notre ministère et let serments prêtés à notre exaltation au Pontificat nous obligent de maintenir, de revendiquer et conserver.

Et assurément la lettre que Votre Majesté nous a adressée ne remédie pas d'une manière suffisante à cet oubli de nos devoirs.

a Par ces motifs et d'autres non moins graves concernant tant les articles précités que ceux dont nous n'avons pas parlé , et notamment l'article 5 du traité du 25 janvier, motifs qu'il serait trop long d'exposer ici, il est évident que nos inflexibles devoirs nous en défendent absolument l'exécution.

a Si nous connaissons pleinement la force des stipulations, nous savons aussi que, lorsqu'elles se trouvent en opposition avec les institutions divines et nos devoirs, jOLOus sommes obligé de céder à l'empire d'une obligation d'un ordre supérieur qui nous en défend Texécution et les rend illicites.

a Tout en cédant au cri de notre conscience , qui nous ordonne de faire cette déclaration à Votre Majesté, nous nous empressons de lui faire connaître que nous désirons ardemment d'en venir à un accommodement définitif, dont les bases fondamentales soient en harmonie avec nos devoirs.

a ^ C'est dans ces sentiments que nous pouvons assurer Votre Majesté ( aussitôt qu'il sera venu à notre connaissance qu'elle consent à ce que nous lui avons exposé dans notre lettre, avec une paternelle confiance et une liberté apostolique) de notre empressement à prendre toutes les mesures nécessaires pour procéder à la conclusion d'un arrangement définitif, si vivement désiré. Nous ne douterons pas alors que cette mesure ne remédie aux fnaux nombreux auxquels l'Église est en proie, maux qui tant de fois nous ont forcé de &ire parvenir nos remontrances au pied du trône, et qu'elle ne mette enfin un terme

132 PIB VII

aux différends qui , dans ces dernières années, ont été pour nous le sujet de tant de douleurs et de si justes réclamations; c'est là le but auquel nous devons atteindre dans un arrangement définitif, à moins de trahir les devoirs de notre ministère.

« Nous supplions Votre Majesté d'accueillir le résultat de nos réflexions avec la même efPusion de cœur que nous les lui avons exposées. Nous la prions, par les entrailles de Jésus-Christ, de consoler notre cœur, qui ne désire rien tant que d'en venir à une conciliation qui fut toujours l'objet de nos vœux. Nous la conjurons de considérer quelle sera la gloire qui en rejaillirait sur elle, les précieux avantages que procurera à ses États la conclusion d'un accommodement définitif, gage d'une véritable paix pour l'Église, et digne d'être maintenu par nos successeurs.

a Nous adressons à Dieu les vœux les plus ardents afin qu'il daigne répandre sur

Votre Majesté Tabondance de ses (Célestes bénédictions.

« Fontainebleau, 24 mars 1813. »

En même temps, Pie VII adressait par écrit à tous les cardinaux Tallocution suivante, qu'il préféra leur communiquer à chacun en particulier, plutôt que de la prononcer dans une réunion, afin d'éviter toute accusation d'intrigues secrètes ou de conVenticules.

a A nos vénérables frères et très-cher s fils les cardinaux de la sainte Eglise romaine^ qui se trouvent à Fontainebleau.

« Après vous avoir manifesté, nos vénérables frères et très-chers fils, nos remords et notre repentir pour avoir apposé notre seing aux articles du 25 janvier, qui devaient servir de base à un arrangement définitif avec Sa Majesté l'empereur des Français ; après nous être aidé de vos lumières, et vous avoir fait connaître notre

déterminatioû de nous adresser directement à Sa Majesté pour lui notifier nos sentiments avec une sincérité évangélique et une liberté apostolique : aujourd'hui nous nous faisons un devoir de vous communiquer la lettre que nous lui avons écrite en date du 24 mars, relativement à cet objet.

Vous verrez par sa teneur que nous n'avons pas dissimulé à Sa Majesté nos remords et notre repentir, et que nous lui avons signalé les puissants motifs qui nous défenr dent Texécution de ce que nous avons si imprudemment souscrit. Comme un bref donné par nous, donné dans notre malheureux exil de Savone, contient, avec quelques modifications, les concessions de l'article iv, nous avons dû aussi faire mention de ce bref, qui, au reste, ayant été officiellement refusé par Sa Majesté, a été annulé par là même. Nous avons reconnu dans ce refus un de ces traits miséricordieux de la divine Providence qui veille sans cesse au gouvernement de l'Église. Vous voyez donc,

diaprés ce qui -vient d^étre exposé, que nous regardons le bref de Savone et le traité du 25 janvier comme nuh et sans valeur ; notre intention et notre voloi^ sont qu'on les regarde comme tels, afin qu'il ne puisse en résulter aucun préjudice, soit pour la constitutioû divine de l'Église, soit pourles droits du Saint-Siège. Dans la situation où nous nous trouvons , nous croyons que la lettre écrite à Sa Majesté et la présente déclaration atteignent suffisamment le hut que nous nous sommes proposé, disposé que nous sommes, si les circonstances l'exigent et si nous le jugions expédient, à re^ nouveler d'une manière plus solennelle la déclaration que nous venons de faire.

« Béni soit le Seigneur, qui n'a pas éloigné de nous sa miséricorde ! C'est lui qui mortifie et qui vivifie. Il a bien voulu nous humilier par une salutaire confusion, mais en même temps il a daigné nous soutenir de sa main toute-puissante, et nous donner l'appui nécessaire pour remplir nos devoirs

436 PIE vu

en cette difficile circonstance. A nous donc Thumiliation, que nous acceptons volontiers pour le bien de notre âme; à lui soient aujourd'hui^t dans tous les siècles Texaltation, rhonneur et la gloire!

a Voilà la communication que nous vous faisons, nos vénérables frères et nos trèschers fils , et nous vous donnons la bénédiction apostolique.

a Fontainebleau, 24 mars 1813. »

A peine Pie VII eut-il communiqué aux membres du Sacré-GoUége qui étaient à Fontainebleau la démarche hardie qu'il venait de faire, qu'un changement subit se fit remarquer dans toute sa personne. Son visage s'épanouit, il retrouva sa douce gaieté, un gracieux sourire reparut sur ses lèvres; il recouvra l'appétit, le sommeil, la santé. Il se sentait, comme il le dit à l'un des cardinaux, soulagé du poids énonne qui l'oppressait jour et nuit.

Les épreuves touchaient à leur fin. Le

géant des batailles succomba sous les coups de TEurope coalisée; une nouvelle tentative signalée par d'héroïques efforts aboutit au rocher de Sainte-Hélène, et c'est avec la bénédiction de Pie VII, rétabli sur son trône de Pontife et de Roi, que mourut le terrible conquérant, revenu de ses erreurs, et reconnaissant tout ce qu'il y. a d'utile et d'invincible dans la Royauté pontificale. C'est de Vienne qu'était parti le décret de spoliation , c'est à Vienne que furent signés les traités qui rendirent au Pape ses États, avec les Légations que la nécessité avait contraint Pie VI de céder par le traité de Tolentino. En 1798, sous Pie VI, la population de Rome était de 165,000 habitants, elle en avait 42,000 de moins lorsque Pie VII y rentra, en 1814.

DerMières années du poniiflené de Pie YII.

(1814 — 20 août 1«Î3.)

L'empereur Napoléon retint Pie VH prisonnier aussi longtemps qu'il le put; il essaya jusqu'à la fin de le tromper et de le gagner à sa cause. Dans le courant de décembre 1813, il lui faisait encore proposer de lui remettre tout ce qui subsistait des États de TÉglise, c'est-à-dîre Rome et deux départements qui en dépendaient, è peu près ce que Ton désigne sous le nom de patrimoine de saint Pierre. Pie VII répondit:

« Il est possible que nos péchés ne nous « rendent pas digne de revoir Rome, mais a nos successeurs recouvreront les États qui « leur appartiennent. Au surplus , qu'on a assure l'empereur que je ne suis pas son

« ennemi , la religion ne me le permettrait a pas. J'aime la France, et lorsque je serai a à Rome, on verra que je ferai tout ce qui « {»era convenable, b

Le 22 janvier i8i4. Napoléon donna enfinrordre.de reconduire le Pape à Home, en le faisant passer par le centre de la France. On peut croire qu'il songeait à retenir le Pape le plus longtemps possible , qu'il voulait empêcher les alliés de lui rendre la liberté, et que, au premier retour de fortune, il aurait révoqué ses ordres. Ses desseins furent déjoués par la rapidité des événements. Pie Vil ne sembla avoir quitté Fontainebleau que pour laisser la place à son persécuteur, qui allait signer son abdication dans le palais même où il avait tenu si longtemps sa victime et où il lui avait fait signer d'une manière si perfide et si violente le concordatde 1813.

Le vice-roi d'Italie, Eugène de Beauharnaîs , beau-fils de Napoléon, traita le Pape avec un grand respect, et lui facilita les

140 1?IE ^ii«

moyens de se rendre à Parme, d'où il passa

à Gésène.

Cette dernière ville fut témoin d'une scène extraordinaire* Le roi de Naples, Joachim Murât, demanda-à présenter ses hommages au Souverain-Pontife. Il y fut admis sur-le-champ. Après les premiers compliments, Murât fit entendre qu'il ignorait le but du voyage du Pape.

a Mais nous allons à Rome, dit Pie VII; pouvez-vous rignorer?

— Comment, dit Murât, Votre Sainteté se détermine-t-elle ainsi à partir pour Rome?

— Est-ce que ce retour est chose impossible? répliqua le Pape. N'est-ce pas une diose toute naturelle ?

— Votre Sainteté veut donc y aller malgré les Romains?

— Nous ne vous comprenons pas.

— Plusieurs des principaux seigneurs de Rome, dit alors Murât, et de riches particuliers de la ville m'ont prié de faire passer

aux puissances alliées un mémoire signé d'eux, dans lequel ils demandent à n'être gouvernés désormais que par un prince séculier. Voici ce mémoire. J'en ai envoyé à Vienne une copie ; j'ai gardé l'original et je le mets sous les yeux de Votre Sainteté pour qu'elle voie les signatures. »

Le Pape prend le mémoire, et, sans le lire ni le regarder, le jette dans un brasier qui le consume à l'instant, a Actuellement, n'est-ce pas, dit-il au roi de Naples, rien ne s'oppose à ce que nous allions à Rome? »

Joachim Murât n'insista plus et se retira.

Pie VI arriva le 12 mai à Ancône. Il y fut reçu avec une indescriptible enthousiasme. Une foule de marins habillés uniformément dételèrent les chevaux de sa voiture, y attachèrent des cordes de soie aux couleurs pontificales (rouge et jaune), et la menèrent au milieu des cris d'allégresse de toute la population. Le d3, Pie VII couronna, dans la cathédrale, l'image de la Vierge sous le titre de Regina

sanctorum omnium. Le 14, il partit pour Osimo, et une garde d'honneur raccompagna jusqu'à Lorette. Dans son voyage, il ordonna d'accueillir avec bienveillance madame Létitia, mère de Napoléon, qui venait demander un asile à Rome, et le cardinal Fesch , qu'il traita avec une bonté particulière. Au moment où il apprit que le cardinal approchait : « Qu'il vienne ! qu'il vienne! t> dit-il.

Le 24 mai, le Pape fit son entrée solennelle à Rome. Quelques habitants montraient des dispositions incertaines; ceux qui s'étaient compromis avec les Français craignaient pour leur sûreté et cherchaient à indisposer la population. Mais lorsqu'on connut ce qui s'était passé à Césène, toutes les mauvaises dispositions disparurent ; tous les esprits furent unanimes pour assurer à Pie VII une réception pleine d'afiEection, de tendresse et de reconnaissance. Rome tout entière acclama son souverain et son père. Un des seigneurs qui avait apposé sa

signature sur le mémoire présenté par Murat ^int demander pardon : a Et nous^ dit vivement Pie Vïï, croye«-vous que nous n'ayons pas quelque faute à nous reprocher?

Oublions tout, tout ce qui s^est passé. x>

C'est ainsi que Pie YII achevait de conquérir tous les cœurs.

Le retour de Napoléon en France et les Cent -Jours ne furent qu^une passagère bourrasque. Murât envahit les États du Pape, qui se retira à Gênes ; Murât courait à sa perte; Pie VU avait prédit que Torage ne durerait pas plus ds trois mois ; il revint à Rome, et la paix fut enfin rendue pour quelque temps à TÉglise.

Le Souverain-Pontife s'appliqua de toutes ses forces à reparer les maux causés par vingt ans de révolutions et de guerre. Le 7 août 1814, il avait, par la bulle Sollicitudoy rétabli officiellement la Compagnie de Jésus dans tout le monde chrétien. Le 6 juillet 1816, il publia un Motu proprio (décret souverain) qui promettait un code

i44 PIE ^11.

civil , un code de commerce et un code de procédure, et qui réorganisait toute Tadministration des États de TÉglise. ïl y avait bien des ruines à réparer. Les quelques^ années de Tadministration française sous l'empire n'avaient pas été sans profit pour la prospérité matérielle de Rome ; mais cette administration ne pouvait remplacer le Pape. Les meilleures forêts des États pontificaux avaient été dévastées pour fournir les bois de construction aux chantiers impériaux de Gènes et de Toulon ; le trésor > était à sec; les impôts et les levées de troupes avaient achevé d'appauvrir le pays.

Depuis ce temps, le gouvernement pontifical se trouva continuellement entravé par des difficultés financières qui ne provenaient pas de son fait, et, chaque fois qu'il touchait au moment de les vaincre, grâce à une administration sage et économe, les sociétés secrètes, les insurrections, les révolutions venaient le replonger dans les mômes embarras.

A\on, en effet, commencèrent ces sociétés secrètes qui ont fait tant de mal à Tltalie. Importés dans la péninsule par les armées françaises, les francs>maçons prirent un caractère de mysticisme. On les connaît sous le nom de carbonari (charbonniers).

Leur but est d'établir la république une et indivisible en Italie, et par conséquent de ren- Terser le souverain Pontificat. Les derniers événements montrent que les carbonari , qu^on désigne actuellemement encore sous le nom de Jeune Italie, sont les plus déterminés ennemis du Saint-Siège et de TÉglise catholique. C'est en 1815, pendant Toccupation des États romains par Murât, qu'on les vit paraître pour, la première fois. Leurs réunions s'appellent ventes {vendite); ils prononcent des serments terribles dont la violation est punie de mort. Toutes les ventes obéissent à une suprême direction. Une première tentative d'insurrection eut lieu en 1817. Pie VII eut la douleur de voir naître ce nouvel ennemi de l'Italie et du

i46 M£ "Vil.

SaÎDi'^Biéfe; il jeta «m tri d^lafme dans une balle , en date duid ee§^tembre -4^1 , dirigée contrôles msmosuinreg âescétrionièri. La mUicitude de Pie ¥11 s'44endak en mêcoe temps 4nix intér^ généracax de i^gM&e. Le ^ juin IM7, il conckit un eencordsi ftii)^ 1b rei Maximilien de Ba^âère poi^r lé^l^ les a£i»ire8 eeelésiastiques de ce royaume. Six jours après ,' il «Q^ooBdut »n autre anec le;r(>i Louis XYffl ée France, pour rétaèlir celui de Léon X et <de François i**, et «breger les artidas er^aifaes en ce qu^ils avaient 46 'contraire à la dectrine M dus. lois de l^Ëglise; mats les cbambra&refosènent'de le ratifier, «t il n%n resia ^^.k création d^im* certain n^nftre de sièges nouveaux. Le gallicanisme se lanimait en France^ et VM)é Frayssisaus écrivait un ^uvrafe fu'on aurait pu dater de i#^. Mats«^était se tromper d'époque; le gallioanisme ne pouvait plus séduire que quelques esprits; okacpie année dkit lui enlever quelqu^huns de ses défenseum; il

▼ient d'être complètement désavoué, coadamné et anéanti dans la magnifique adresse présentée au pape Pie IX dans le mémoEable consistoice du 9 juin 1862.

£n 1^189 eoocordat conclu entre le Saint- Siège et le roi des Deux-Siciles.

En 1821, Pie VU envoya à Napoléon mourant dans rile de Sainte-Hélène une suprême bénédiction.

Le Pape semblait redoubler d'activiJté à mesure qu'il approchait de la fin de son Pontificat. Il allait atteindre la durée du Pontificat de saint Pierre , et TEurope tout •entière se glorifiait d'avoir à sa tète un Pontife si vertueux, si saint.

Mais Pie YII avait plus de quat^-vingfs ans; tant de travaux et de souffrances avaient détruit sa santé; une chute qu'il fit accéléra sa fin. Le 19 juillet 1823, de graves symptômes se déclarèrent. Le Pape prononçait vaguement, 'dans l'ardeur de ia fièvre , les noms de Savoœ et de Fontainebleau. 11 traîna quelques sematnea. Aia

448 iiB vil.

fin, sa voix s'altéra. A quelques sons de paroles latines, on reconnaissait qu'il était en prières. Quelques moments avant sa mort, un ecclésiastique lui ayant adressé la parole en l'appelant Votre Sainteté :

a Quoi, Sainteté, dit-il en soupirant, je ne suis qu'un pauvre pécheur! » Pie VÏI s'endormit paisiblement dans le Seigneur le 20 août 1823.

On a vu, dans les récits précédents, quels étaient son zèle pour la religion, sa modération et sa prudence. Sa figure seule annonçait le calme et la sérénité de son âme; il y avait dans tout son extérieur un air de dignité simple qui inspirait le respect. Mais sa bonté ne nuisait pas à son courage, ni sa douceur à sa fermeté. Soutenant avec résignation le poids de l'adversité , il lassa pour ainsi dire ses persécuteurs par sa patience, et glorifia TÉglise par sa noble résistance aux plus injustes prétentions.

Pendant que toute l'Europe s'humiliait aux pieds d'un soldat victorieux, que les

rois en subissaient les lois et les caprices, un seul homme resta debout, et cet homme était le chef de TÉglise, c'était Pie VIL Le Pape, captif, opposait une invincible résistance à celui qui commandait au monde, et cette résistance déconcertait les projets les mieux conçus , troublait les orgueilleuses satisfactions d'une étonnante prospérité. Dépouillé de ses États, privé de sa liberté, loin de tous ses conseillers. Pie YII parut encore plus grand et plus vénérable que dans son palais et au milieu de sa cour; et, dit un historien, a les vœux de l'univers catholique, comme les respects de tous les hommes modérés et impartiaux, s'adressaient de toutes parts à ce Pontife persécuté et à ce vieillard sans appui extérieur, mais environné de la triple majesté de la religion, de la vertu et du malheur. »

150 SUGGESSEtmS DE TîE VH.

Snecefisciirjs de Pio TU.

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