MOLEN, LA BARONNE, LE BARON, VOLBERG
LA BARONNE, très-agitée.
Ah ! Monsieur le baron ; ali ! mes frères , quelque fâcheux événement va peut-être troubler la joie de cette heureuse journée ! Un homme vêtu de noir s'est présenté à la porte du château : il se dit porteur d'ordres supérieurs, et demande le professeur Meinau , qui est décidément l'auteur de la brochure intitulée : Remontrances au Prince.
MOLEN
Je le savais.
J'ai pris sur moi de renvoyer cet homme d'un aspect sinistre j il s'est retiré fort mécontent en disant qu'il reviendrait.
LE BARON
Voilà une fâcheuse affaire... Il ne serait pas prudent de lui résister une seconde fois.
VOLBERG.
Mais il serait odieux de livrer un homme à qui on a donné l'hospitalité.
LE BARON
A tout moment le Prince peut venir : il ne serait pas décent, il serait même scandaleux qu'il se trouvât face à face avec un écrivain qui s'est permis de le censurer.
MOLEN
Adieu notre fortune , adieu toutes nos grandeurs , si son altesse apprend jamais que nous avons donné asile à ses ennemis.
VOLBERG.
Eh bien ! ne livrons pas l'imprudent professeur • mais signifions-lui qu'il ne peut plus rester dans le château.
5o LE PRÉSENT DU PRINCE,
LA BARONNE
Qui se chargera de la commission ?
MOLEN
Ce n'est pas moi.
Ni moi.
LE BARON
La chose est délicate.
MOLEN
Pourquoi diable aussi va-t-il s'aviser d'écrire contre le Prince ?
LE BARON
Que décidons-nous?
MOLEN, après un moment de silence.
Eh ! parbleu ! vous voilà bien embarrassés pour peu de chose... Allons prier Edgard , son ami ,... son parent, de lui apprendre , avec les ménagemens convenables , que pour sa sûreté et la nôtre , il faut qu'il nous fasse le plaisir de choisir un autre asile.
VOLBERG.
Parfaitement bien trouvé !
LE BARON
Mais à propos de commission embarrassante , il nous en reste encore une dont il serait urgent que l'un de nous voulût bien se charger.
LA BARONNE
Laquelle ?
LE BARON
D'après nos vastes espérances , qui sont presque des certitudes , il est de toute nécessité d'apprendre à Edgard que son mariage est décidément rompu.
Sans doute.