ACTE 1, SCENE
Et moi j'étais souvent témoin de leur bonheur, Et j'allais à l'écart dévorer ma douleur !...
LISETTE
Mais ici, vous devez être plus satisfaite. Du moins v^us habitez auprès d'elle.
SOPHIE
Ah! Lisette, Mon sort est plus affreux encore qu'autrefois j Jamais je ne lui parle, à peine je la vois! Si quelquefois je veux lui faire une caresse, Sa froide dignité vient glacer ma tendresse. Que je suis malheureuse!
LISETTE
Ah ! calmez vos chagrins.
Croyez qu'ils finiront dans peu.
SOPHIE
Tous les matins, Quand il fait petit jour, ma duègne sévère Dans son appartement me mène avec mystère. Tremblante, je m'approche ; elle me tend la main; Je la baise; en voilà pour jusqu'au lendemain ! Ah ! Lisette , prends part à ma douleur amère : J'ai le cœur d'une /lUe, et je n'ai point de mère!
Pauvre jeune personne! elle méritait bien
D'avoir un sort plus doux, plus heureux que le sien.
SOPHIE
Je te dévoile ici tout mon cœur, et peut-être J'ai tort de me livrer ainsi sans te connaître. Mais je n'ai point d'amis , je suis dans le malheur.
8 LA MÈÏIE RÏVALE,
Et je sens le besoin d épancher ma douleur.
LISETTE
Ah ! vous pouvez compter sur moi , Mademoiselle. Croyez...
SOPHIE
Je te sais gré, Lisette, de ton zèle.
Mais je vois qu'à mes maux il faut me résigner; Tu peux les adoucir, et non les terminer. Cependant je conserve un rayon d'espérance. Ma mère ne peut pas me haïr, et je pense Que quelqu'un l'indispose en secret contre moi.
LISETTE
Et ce quelqu'un là, c'est....
SOPHIE , après avoir regardé autour d^ elle.
Ma gouvernante.
LISETTE
Quoi !
Vous pouvez soupçonner qu*elle ose...
SOPHIE
Une étrangère A pu seule m'ôter l'amitié de ma mère j Et pour l'en accuser j'ai plus d'une raison. Je ne connais d'ailleurs qu'elle dans la maison. Mais peut-être le mal n'est-il pas sans remède! Si j'appelais aussi l'artifice à mon aide ! Si, trompant les regards de mon argus jaloux, J'allais trouver ma mère, embrasser ses genoux, Penses-tu qu'à mes pleurs elle fût insensible ?
Lisette, a part.
Pauvre petite î