‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 343 sur 453 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

( Haut et tendrement. ) Sophie , écoutez moi^ Vous êtes jeune encore, Vous entrez dans la vie : à votre âge , on ignore Que les galans propos , le langage flatteur Que l'on nous tient sans cesse , gnt bien peu de valeur. Peut-être il vous a dit que vous étiez.... jolie ; Qu'il vous aimftit. Mais , vous, n'ayez point la folie De prendre au sérieux quelques mots obligeans , Que toute femme obtient de tous les jeunes gens.

SOPHIE

Mais il m'a bien juré....

M'*^ DO R VAL

Des sermens de tendresse !

Ce mot change de sens , sitôt qu'on nous l'adresse. Le prononcer, n'est plus qu'un simple compliment,- Et qui dit : je vous aime, est poli seulement.

SOPHIE

Ah ! ne Mccusez point de n'être pas sincère ; Sa conduite, Madame, a prouvé le contraire. Il m'aime....

M^^ DORVAL

Vous aimer! j'admire, en vérité, Et votre suffisance et votre vanité !

Vousaitner! ... dites-moi, quavez-vousdoncpourplaire.'^ Un enfant , qui ne sait que rougir et se taire !.... Vous n'avez pas quinze ans !.... ni grâce, ni maintien; Et vous vous figurez !.... mai^ détrompez-vous bien. De lui ne croyez pas que vous soyez aimée ! Il lui faut, mon enfant, une beauté formée ; Il faut , pour le toucher , pour captiver ses vœux ,

5o LA MÈRE RIVALE,

Une femme qui plaise à Tesprit comme aux yeux Ayant les qualités que nous doni^e l'usage , Sans avoir rien perdu des charmes du bel âge; En un mot , ( recevez cet avis en passant ) ^

Il lui faut une femme ^ et non pas un enfant.

SOPHIE

Pour moi votre tendresse à 'tort s'est afarmée :

Ah ! rassurez-vous bien : votre fille est aimée.

Tout me répond de lui ; son cœur ne peut changer.

Tenez ! écoutez-moi , vous allez en juger.

Ce qui l'amène ici , vous l'ignorez, ma mère :

C'est le désir qu'il a de m'y voir, de vous plaire.

Trompé dans son espoir, rien ne l'a rebuté.

Ce tendre empressement , cette assiduité ,

Ah ! ne sont-ce pas là des preuves dé sa flamme ?

Chaque soin complaisant qu'il a pour vous, Madame ,

Est un gage nouveau qu'il donne de sa foi ;

Et chaque égard pour vous , un hommage pour moi.

M^^ DORVAL , h-aut et a part.

Me tromper! ..,.

SOPHIE , avec vivacité.

Jugez mieux de sa. délicatesse !

S'il vous a témoigné des soins, de la tendresse, Je puis vous protester qu'il sentait tout cela; Avant de vous connaître , il vous aimait déjà ! Son unique désir est celuj de vous plaire , Et son amour, celui d'un fils pour une mère.

{Madame Donnai fait un mouvement d^ impatience. ^j Il ne connaît, pour vous, que ce doux sentiment ,

Page 1