ACTE II, SCÈNE X
( Haut et tendrement. ) Sophie , écoutez moi^ Vous êtes jeune encore, Vous entrez dans la vie : à votre âge , on ignore Que les galans propos , le langage flatteur Que l'on nous tient sans cesse , gnt bien peu de valeur. Peut-être il vous a dit que vous étiez.... jolie ; Qu'il vous aimftit. Mais , vous, n'ayez point la folie De prendre au sérieux quelques mots obligeans , Que toute femme obtient de tous les jeunes gens.
SOPHIE
Mais il m'a bien juré....
M'*^ DO R VAL
Des sermens de tendresse !
Ce mot change de sens , sitôt qu'on nous l'adresse. Le prononcer, n'est plus qu'un simple compliment,- Et qui dit : je vous aime, est poli seulement.
SOPHIE
Ah ! ne Mccusez point de n'être pas sincère ; Sa conduite, Madame, a prouvé le contraire. Il m'aime....
M^^ DORVAL
Vous aimer! j'admire, en vérité, Et votre suffisance et votre vanité !
Vousaitner! ... dites-moi, quavez-vousdoncpourplaire.'^ Un enfant , qui ne sait que rougir et se taire !.... Vous n'avez pas quinze ans !.... ni grâce, ni maintien; Et vous vous figurez !.... mai^ détrompez-vous bien. De lui ne croyez pas que vous soyez aimée ! Il lui faut, mon enfant, une beauté formée ; Il faut , pour le toucher , pour captiver ses vœux ,
5o LA MÈRE RIVALE,
Une femme qui plaise à Tesprit comme aux yeux Ayant les qualités que nous doni^e l'usage , Sans avoir rien perdu des charmes du bel âge; En un mot , ( recevez cet avis en passant ) ^
Il lui faut une femme ^ et non pas un enfant.
SOPHIE
Pour moi votre tendresse à 'tort s'est afarmée :
Ah ! rassurez-vous bien : votre fille est aimée.
Tout me répond de lui ; son cœur ne peut changer.
Tenez ! écoutez-moi , vous allez en juger.
Ce qui l'amène ici , vous l'ignorez, ma mère :
C'est le désir qu'il a de m'y voir, de vous plaire.
Trompé dans son espoir, rien ne l'a rebuté.
Ce tendre empressement , cette assiduité ,
Ah ! ne sont-ce pas là des preuves dé sa flamme ?
Chaque soin complaisant qu'il a pour vous, Madame ,
Est un gage nouveau qu'il donne de sa foi ;
Et chaque égard pour vous , un hommage pour moi.
M^^ DORVAL , h-aut et a part.
Me tromper! ..,.
SOPHIE , avec vivacité.
Jugez mieux de sa. délicatesse !
S'il vous a témoigné des soins, de la tendresse, Je puis vous protester qu'il sentait tout cela; Avant de vous connaître , il vous aimait déjà ! Son unique désir est celuj de vous plaire , Et son amour, celui d'un fils pour une mère.
{Madame Donnai fait un mouvement d^ impatience. ^j Il ne connaît, pour vous, que ce doux sentiment ,