ACTE II, SCENE III. fïi
Pensent , dès qu'on est vieux , qu'on n'est plus bon à rien ; Qu'on a le sens obtus; qu'on leur ressemble...
VOLRADE.
Eh bien ?
PÉRIANTHE, continuant toujours.
Il faut voir de quel air ils traitent la vieillesse; Quel sujet de risée elle leur est sans cesse ! Un vieillard , fi ! partout importun , déplacé , Il a comme le corps l'entendement glacé; La mort et les pensers qu'elle émeut avec elle Doivent seuls occuper sa pesante cervelle. Ce sont là leurs propos. Toutefois, à l'écart, Au sein de l'abandon où languit le vieillard, Il observe, médite, examine en silence; Et l'on ne trompe point sa longue expérience.
VOLRADE, impatienté.
Enfin...?
PÉRIANTHE
Enfin , monsieur se ravise aujourd'hui ; Et les d'Orbèle et nous, à tort comptons sur lui.
VO L RADE
Est-il vrai ?
JULES, h part.
D'où sait-il?...
PÉRI ANT HE
Qu'il dise le contraire.
VOLRADE.
{a Jules.) Cela ne se peut pas. — Quoi ! vous pouvez vous taire ?
Songez-vous à quel point les vôtres compromis... Que les choses en sont?...
JULES
Mais ai-je rien promis ?
V o L R A D E , a^^ec invacité.
Mais comptez- vous pour rien nos soins et nos instances ? Oubliez-vous le but où tendaient ces avances ; Quels fruits nous tirions tous de cet heureux succès ? Moi ; d'utiles amis...
PÉRIANTHE
Moi, la fin d'un procès.
VOLRADE.
Revenir sur nos pas est un parti funeste , Dont le danger pour nous n'est que trop manifeste. Ces gens tiennent à tout; ils crieront justement : Vous ne les comptez pas braver impunément. Et pouvez-vous d'ailleurs soutenir la pensée Qu'une femme à ce point soit par vous offensée ? Faut-il que le transport d'une indiscrète ardeur Vous fasse oublier tout : l'intérêt et l'honneur !
JULES
L'honneur!
VOLRADE.
Oui , monsieur.
PÉRIANTHE, triomphant.
Hé ! qu'en dis-tu , je te prie ?
( a Volrade, ) Ses vœux ont pour objet cette jeune Julie...