ACTE IV SCÈNE IV
De devoirs puérils, de soins minutieux ;
Et qui très-fière aussi de tant de bienfaisance ,
Me faisait un tourment de la reconnaissance :
Ah ! si le ciel encor m'offrait dans l'avenir
Les chagrins du passé , j'aimerais mieux mourir.
EDMOND
Chère enfant ! . . . il cessa le temps de la souffrance , Lorsque du chevalier Tagréable présence Découvrit en un jour aux parents aveuglés Des clH'mes à leurs yeux par le malheur voilés. Combien ce changement dut vous sembler étrange î
EMMA
Dès cet instant , monsieur , je leur parus un ange.
Je devais en effet ce prodige étonnant
A notre chevalier; mon oncle était absent.
A peine je parlais , qu'un bienveillant sourire
D'avance applaudissait ce que je n'osais dire.
On louait mon esprit ; et ma naïveté
Ajoutait , disait-on , du prix à ma beauté.
La baronne voulut qu'on changeât ma parure,
Ses mains prirent le soin d'embellir ma figure;
Et quand je fus parée , ah ! leur ravissement
Devint égal au moins à mon étonnement.
Le lendemain du jour qu'on me trouva si belle ,
Ma tante quelque temps se retira chez elle :
Elle était bien malade ; au moins on le disait.
De se rendre à Tœplitz on forma le projet.
Mon oncle y devait être; et malgré mon jeune âge ,
A ma grande surprise on me mit du voyage.
gS LA FILLE D'HONNEUR.
EDMOND
Dites-moi, la malade avait-elle en partant La figure abattue et l'air un peu souffrant ?
EMMA
Jamais je ne la vis plus gaie et plus aimable. La route nous parut à tous fort agréable. Chaque objet inspirait les mots les plus heureux ; Formant mille projets, j'en riais avec eux. Des châteaux qu'on voyait noble propriétaire Chez moi je recevais une cour toute entière: # Nous arrivons enfin. Quel plaisir en ce lieu! Tœplitz réunissait, bal, comédie et jeu; Moi, qui ne connaissais que le château gothique De monsieur le baron , séjour mélancolique ; Moi , qui fus élevée au miUeu d'un désert Oii ce mouvant tableau ne fut jamais offert ; Et qui savais à peine, en mon erreur profonde, Que hors du vieux manoir il existait un monde ; Jugez si je devais éprouver du plaisir Dans ce lieu ravissant , où vient se réunir Tout ce que l'Allemagne a de haute noblesse ; Où j'entendais toujours monseigneur, votre altesse: Lorsqu'un jour notre prince. . . .
EDMOND
Ah ! le prince était là ?
( à part. )
Tous bas je me disais, bientôt il paraîtra.
EM M A
J ignorais. . . .
EDMOND
La baronne était bien mieux instruite ?