‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 71 sur 453 · ACTE IV SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV SCÈNE IV

De devoirs puérils, de soins minutieux ;

Et qui très-fière aussi de tant de bienfaisance ,

Me faisait un tourment de la reconnaissance :

Ah ! si le ciel encor m'offrait dans l'avenir

Les chagrins du passé , j'aimerais mieux mourir.

EDMOND

Chère enfant ! . . . il cessa le temps de la souffrance , Lorsque du chevalier Tagréable présence Découvrit en un jour aux parents aveuglés Des clH'mes à leurs yeux par le malheur voilés. Combien ce changement dut vous sembler étrange î

EMMA

Dès cet instant , monsieur , je leur parus un ange.

Je devais en effet ce prodige étonnant

A notre chevalier; mon oncle était absent.

A peine je parlais , qu'un bienveillant sourire

D'avance applaudissait ce que je n'osais dire.

On louait mon esprit ; et ma naïveté

Ajoutait , disait-on , du prix à ma beauté.

La baronne voulut qu'on changeât ma parure,

Ses mains prirent le soin d'embellir ma figure;

Et quand je fus parée , ah ! leur ravissement

Devint égal au moins à mon étonnement.

Le lendemain du jour qu'on me trouva si belle ,

Ma tante quelque temps se retira chez elle :

Elle était bien malade ; au moins on le disait.

De se rendre à Tœplitz on forma le projet.

Mon oncle y devait être; et malgré mon jeune âge ,

A ma grande surprise on me mit du voyage.

gS LA FILLE D'HONNEUR.

EDMOND

Dites-moi, la malade avait-elle en partant La figure abattue et l'air un peu souffrant ?

EMMA

Jamais je ne la vis plus gaie et plus aimable. La route nous parut à tous fort agréable. Chaque objet inspirait les mots les plus heureux ; Formant mille projets, j'en riais avec eux. Des châteaux qu'on voyait noble propriétaire Chez moi je recevais une cour toute entière: # Nous arrivons enfin. Quel plaisir en ce lieu! Tœplitz réunissait, bal, comédie et jeu; Moi, qui ne connaissais que le château gothique De monsieur le baron , séjour mélancolique ; Moi , qui fus élevée au miUeu d'un désert Oii ce mouvant tableau ne fut jamais offert ; Et qui savais à peine, en mon erreur profonde, Que hors du vieux manoir il existait un monde ; Jugez si je devais éprouver du plaisir Dans ce lieu ravissant , où vient se réunir Tout ce que l'Allemagne a de haute noblesse ; Où j'entendais toujours monseigneur, votre altesse: Lorsqu'un jour notre prince. . . .

EDMOND

Ah ! le prince était là ?

( à part. )

Tous bas je me disais, bientôt il paraîtra.

EM M A

J ignorais. . . .

EDMOND

La baronne était bien mieux instruite ?

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