ACTE IV, SCÈNE IV
EMMA
Je le crois 5 car avant sa première visite y
Je vis qu'on s'attendait à sa réception
Par les brillants apprêts qu'on fit dans la maison.
A son auguste aspect mon cœur battit de crainte,
Et d'un trouble nouveau je me sentis atteinte.
Sortant du long ennui qui remplissait mes jours ,
J'entends autour de moi le tumulte des cours:
Je me crus transportée au temps de la féerie;
Je me vis destinée à la brillante vie
Qu'assurent la richesse ainsi que la grandeur ;
Tout s'offrait à mes yeux sous les traits du bonheur ;
Chaque jour amenait une fête nouvelle.
A les entendre tous , j'en étais la plus belle ;
Je ne le croyais pas; et j'éprouvais pourtant
Un grand charme à savoir que je plaisais autant.
EDMOND
Le prince à vous fêter se distingua sans doute ? Où vous rencontrait-il ?
EMMA
D'abord à la redoute; Et toujours,. dans les bals, il venait près de moi; Du plus simple écuyer il avait pris l'emploi ; Il ordonnait les jeux , et dans nos promenades Nous faisait entourer de belles cavalcades ; Sur les monts de Tœplitz nous allions quelquefois. Un jour, un enchanteur se trouva dans les bois Qui résonnaient au loin d'une douce harmonie : Bientôt d'un pavillon sort un brillant génie. Il venait par son art m'annoncer l'avenir. La Fille d^honiieur^ 3^ édit. 7
g8 LA FILLE D'HONNEUR.
Cet avenir n'était que bonheur et plaisir. Arrivent des marchands, puis une loterie; La carte qui gagnait , par moi toujours choisie , Grâce à mon talisman donné par l'enchanteur, Du Destin soumettait la chance en ma faveur.
EDMOND
Je le crois bien , le sort vous était favorable ; Car l'enchanteur était un prince très-aimable. Quoi! vous ne vîtes pas, dans ces plaisirs charmants, Le langage muet des illustres amants ?
EMMA
Des amants ? Non , monsieur. Ah ! j'aurais fait outrage
Au plus aimable prince , estimé comme un sage.
Il me dit qu'il prenait intérêt à mon sort;
Qu'il honorait en moi la fille d'un major
Mort en le défendant dans la dernière guerre.
Ah! je vis bien sur-tout, qu'il m'aimait comme un père ,
Dès qu'il m'eut proposé l'honorable faveur
D'être de la princesse une fille d'honneur.
» [^Edmond J'ai t un mouvement d'horreur.')
J'ai du le croire.... Encor je le croirais peut-être, Sans le vague soupçon que vous m'avez fait naître.
EDMOND
Ah Dieux ! comme ils allaient à leur but pas à pas!
EMMA
Quel était donc leur but "^
EDMON D.
Quoi ! vous ne voyez pas...
Mais non, je dois parler; votre inexpérience Vous ôte des humains la triste connaissance,