SCENE VI
Les Mêmes, EUGÉNIE, NANON.
EUGÉNIE, revenant avec une petite casserole. Voilà, mon cousin, voilà... Vous êtes servi tout de suite... tenez un peu , monsieur Issidore. [Elle lui fait tenir la casserole.)
NANON, rentrant. Comment! ce n'est pas encore fini?.. Jésus, mon Dieu!
CHARLES. Ah! ma cousine, de grâce...
que de peines vous vous donnez pour moi !
EUGÉNIE. Ne faites pas attention, mon cousin. [Elle reprend la casserole des mains d'Isidore. — Allant d JSanon qui est près de la table.) Ah! Nanon! que je suis contente!., il aura de hon chocolat... Je crois que j'ai réussi.
CHARLES. C'est qu'au fait, elle est jolie ma cousine... malgré cette tournure un peu provinciale... Elle a un air de candeur et de bonté qui fait plaisir à voir. Et des yeux... ma foi, comme Elisa!
ISIDORE, entre Charles et Eugénie. La rcgarde-t-il !
CHARLES. Hem!.. [Le regardant et détournant la tête.) Ah! ah! la drôle de figure !
EUGÉNIE , qui a arrangé le couvert et placé le fauteuil. Maintenant, mon cousin... si vous voulez vous mettre à table... tout est prêt. [Elle verse le chocolat dans la tasse.)
NANON, bas. C'est ça dépêchez-vous...
si votre père...
CHARLES. Avec plaisir, si M. Isidore veut permettre.
ISIDORE. Mon Dieu! je n'empêche pas...
au contraire. [Chartes va à la table.)
EUGÉNIE, lui montrant le fauteuil. Mcttezvous là... dans ce fauteuil.
CHARLES, s' asseyant. Volontiers... ils appellent ça un fauteuil.
NANON.Enfin il y est.
Charles est assis , Eugénie est debout A sa droite ,
Nanon à sa gauche, Isidore sur le devant du théâtre à droite.
CHARLES. C'est charmant, un petit déjeuner sans cérémonie.
ISIDORE, à part. Par exemple ! sans cérémonie.
Charles. Et en si bopnc compagnie...
C est un plaisir auquel je tiens beaucoup...
et les plaisirs doivent êtes rares ici... [A Isidore.) Hem!., à quoi s'amuse-t-on dans ce pays?
ISIDORE. A quoi?
CHARLES. Oui...
ISIDORE. A ses affaires.
CHARLES. Et quand on en a pas.
ISIDORE. Alors, on ne s'amuse pas... on n'est pas forcé.
EUGÉNIE. Si fait, mon cousin, si fait... et si vous aimez la pêche, M. Isidore est très adroit...
CHARLES. C'est un plaisir bien tranquille... Ah ça! je ne vois qu'un couvert. [A Eugénie.) Eh bien! et vous.
EUGÉNIE. Moi, je vous servirai.
CHARLES, voulant se lever. Par exemple.
NANON. Eh! restez... Vous lanternerez si bien , que votre oncle va rentrer.
EUGÉNIE. Chut!
CHARLES, étonné. Quoi donc?
EUGÉNIE. Ne faites pas attention... Déjeunez, mon cousin, déjeunez à votre aise. . . ne vous pressez pas trop.
CHARLES. Me presser!., je n'ai garde...
je suis trop bien ainsi... Voilà un déjeuner qui a bonne mine... Nanon, du pain...
NANONÎ lui présentant un gros pain rond. Tenez, monsieur, coupez vous-même à la miche.
CHARLES, à part et coupant le pain. Oh! ce pain mollet! Si mes amis de Tortoni nie voyaient dans cette attitude-là...
EUGÉNIE. Et que prendrez -vous avec cela, mon cousin?
CHARLES. Oh! peu de chose... quelques biscuits.
NANON; Là, encore!
EUGÉNIE. C'est bien. (A Isidore.) A l'entrée du bourg, chez Dupont... des biscuits... Oh! je vous en prie... allez vile.
ISIDORE. Oui, mamzelle, oui... [A part.) Elle fait de moi tout ce qu'elle veut... et pour l'autre, encore.
CHARLES. Ah! vous sortez... mais nous nous reverronspour celte partie de pêche. .. mon cher ami.
ISIDORE. Certainement... [A part.) Son cher ami!., je t'en souhaite. [A Eugénie.] J'y vais. (// sort.)