‹ Pièces de théâtreChapitre 310 sur 1241 · GRANDET, EUGÉNIE · texte numérisé non relu

GRANDET, EUGÉNIE

EUGÉNIE, entrant. Arrêté!.. Qui donc veut-on arrêter, mon père?

GRANDET , se levant précipitamment.

Qui?.. Eh bien! lui... lui... tu ne sais

pas... il m'a tout pris... ce Charles... ce scélérat.

EUGÉNIE. Votre neveu ?

GRANDET. Ce n'est pas le mien... il ne m'est rien... rien du tout...

EUGÉNIE. Grand Dieu!

GRANDET. Et son père qui me l'envoie, sous prétexte qu'il est malheureux !.. pour me piller... pour me... Mais ils l'arrêteront... je le verrai... je reverrai mon or... n'est-ce pas?

EUGÉNIE. Ils l'arrêteront... et pourquoi ?

GRANDET. Pour m'avoir volé !

EUGÉNIE. Oh! non, non... ne dites pas cela, mon père.

GRANDET. Si fait, l'infâme!

EUGÉNIE. Mon cousin!., mais si ce n'est pas lui?

GRANDET. Hem!., laisse donc... il faudra bien qu'il avoue : le procureur du roi sera là... Je vais moi-même...

EUGÉNIE. Oh! demeurez... ne faites arrêter personne.

GRANDET. Personne... quand on m'a réduit au désespoir... à la misère... heureusement, il y a des tribunaux.

EUGÉNIE. Eh bien! non, non... il esl innocent.

GRANDET. Impossible.

EUGÉNIE. Ce n'est pas lui.

GRANDET. C'est lui.

EUGÉNIE, tombant à genoux devant H n pire. Non... c'est moi.

GRANDET. Toi !

EUGÉNIE. Oui, moi, qui vous demande" grâce à genoux.

GRANDET, tombant sur la chaise auprès de lu table. Toi qui ni'apris... toi quim'as... toi. ma fille!.. Oh! non, non... tu mens, ce ce n'est pas vrai.

EUGÉNIE. C'est moi, mon père... Ohl \è ne savais pas vous faire tant de mal... Mais songez donc... mon oncle... vous me refusiez .. et il allait mourir...

GRANDET. Et tu m'as tué!.. (Changeant de ton.) Mais .. tu n'as pas envoyé... (-c levant.) n'est-ce pas? oh! bon, pas encore.

EUGÉNIE. Si fait.

GRANDET, furieux et hors de lui, saisissant une chaise. Misérable!

EUGÉNIE. Grâce... grâce...

GRANDET, rejetant loin de lui la chaise. Va-t'en... va-t'en... jeté déshérite... je te maudis !.. va-t'eu !..

EUGÉNIE, s'eloignant. Mon père!..

GRANDET, courant à elle et la retenant. Ou plutôt reste. .. Tu n'étais pas seule... tu avais un complice.

EUGÉNIE. Non.

GRANDET. Ton cousin!..

LA FILLE DE L AVARE

EUGÉNIE. Il ne savait rien... il ne sait rien encore.

GRANDET. Cela ne se peut pas.

EUGÉNIE. Je vous le jure par la mémoire de ma mère.

GRANDET. Mais mon argent... mon pauvre argent, où est-il donc?.. A qui l'as-tu remis?., qui est-ce qui l'a emporté?., parle... je veux le savoir...

EUGÉNIE. Et pourquoi vous le dirais-je?

GRANDET. Pourquoi ?.. Mais pour poursuivre le traitre... pour le faire arrêter... pour le faire condamner... lui, sa famille... tout le monde.

EUGÉNIE. En ce cas, mon père, je suis seule coupable.

GRANDET. Tu nommeras !

EUGÉNIE. Personne.

GRANDET. Prends garde !

EUGÉNIE. Personne, mon père.

GRANDET. Eh bien ! c'est toi qui seras punie.

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