SCENE XII
LE9 MÊMES, LANDOUGUÉ, accourant.
Ah! monsieur le marquis! quel coup du ciel! j'allais courir au château.
FERDINAND
Que veux-tu ? qu'est-ce qu'il y a ?
LANDOUGUÉ, agité.
Il y a, monsieur le marquis, qu'il faut venger l'honneur de votre maison... outragé dans ma personne!
FERDINAND
Comment?
LANDOUGUÉ.
Voilà ce que c'est : J'ai été pour vous rejoindre là-bas, je ne vous ai plus trouvé, vu que vous veniez de partir ! mais je suis tombé au milieu de vos amis , M. d'Hérigny , M. d'Holbach et tous ces dandys enragés, qui m'ont reçu en me riant au nez... mais d'une force!...
MARIE
Pourquoi donc ?
LANDOUGUÉ.
C'est la question que je me suis faite! Ce M. d'Hérigny surtout s'en donnait! — «Ah! ah! qu'il me dit, mon pauvre Landougué ! tu laisses donc chasser sur tes terres! — Qui ça? que je dis, des braconniers? — Oui, oui, il yen a un qui t'enlève le gibier à ta barbe ! »
FERDINAND, à part.
Le maladroit ! avec ses plaisanteries !
« —Ah ! ah ! que je l'y prenne, que je dis, je dresserai procès -verbal! » Oh! damo, à ce mot de procès-verbal, les éclats de rire ont redoublé, et comme ils chuchotaient entre eux, j'ai entendu le nom de mam'zelle Marie.
MARIE
Mon nom ?
LANDOUGUÉ.
J'ai compris alors...
Ferdinand, vivement.
Tu as compris, quoi?
LANDOUGUÉ.
Que le braconnier, c'était ce M. d'Hérigny.
marie.
Il ne m'a jamais parlé.
LANDOUGUÉ.
C'est égal ! avec ses petitcsmoustachcs et son cigare perpétuel, je me doutais depuis long-temps... Mais qu'il ne s'y joue pas! ah ! qu'il ne s'y joue pas!... si je le trouve près de ma femme, je le tue comme un lapin !
FERDINAND, frappé.
Ta femme?... comment! ta femme!
LANDOUGUÉ.
Oui, monsieur le marquis : est-ce que vous ne stvcz pas la nouvelle? {A Marie.) Vous n'avez pas fait part à monsieur le marquis... ?
marie.
Non, je lai oublié.
Vous l'avez oublié? c'est gentil!
Ferdinand, avec impaiience.
Quoi, Marie?
Ferdinand, d'un air fier et la faisant passer prèi de Ferdinand Oui, monsieur le marquis, c'est décidé, je l'épouse... {A Marie.) Faites donc la révérence... nous avons tous les consentemens.
Ferdinand, à Marie.
Il serait vrai ?
marie.
M. Maurice m'a dit qu'il fallait me marier; que Landougué me convenait... (A mi-voix, et remarquant le trouble de Ferdinand.) Mais si ça vous déplaît, monsieur Ferdinand, vous n'avez qu'à dire ! je n'y tiens pas !
FERDINAND
Il suffit! {A lui-même.) Pas un moment à perdre ! {Il court à la table à droite.)
LANDOUGUÉ, à Marie.
Là, j'étais sûr qu'il prendrait l'affaire chaudement!
Ferdinand, s'asscyant.
Un mot à d'Hérigny.
LANDOUGUÉ.
C'est ça ; dites-lui que c'est indécent de s'attaquer à un brave garçon.
Ferdinand, écrivant, et à part.
Me la laisser enlever! et par qui ?
landougué, continuant sa pensée.
Vous ne pouvez pas le souffrir! Ah ! M. le marquis ne laisse pas molester ses gens! [A Marie, en regardant Ferdinand écrire.) Il est capable de se battre avec lui... d'abord à sa place, moi , je me battrais!
marie.
Se battre ! fi donc !
LANDOUGUE.
Oh! oh ! oh ! il lui dira au moins sévèrement son fait!
Ils parlent bas.
FERDINAND, à part, et répétant ce qu'il écrit.
« Je suis décidé ! envoie-moi ton coupé, et tes » deux meilleurs chevaux! à l'entrée du petit » bois, derrière le village! Retiens Landougué » jusqu'à demain! trouve un prétexte. Je t'écrirai » de Milan. »
Il cacheté la lettre.
landougué, le regardant.
Là! maintenant, je peux dormir sur les deux oreilles.
Ferdinand, à Landougué.
Au château d'Hérigny...
LANDOUGUÉ.
Voilà.
FERDINAND
Tu remettras cette lettre toi-même.
LANDOUGUÉ.
Soyez tranquille! je serai trop content de voir la ligure qu'il fera.
FERDINAND
Et ne reviens pas sans une réponse.
MAURICE
lapidougué.
Je 1 attendrais plutôt jusqu'au jugement dernier ! (A Marie.) Ce que c'est que d'avoir des bons maîtres! (Comme s'il parlait à son chien.) lioup, à nous deux, Museau noir! et du jarret:
Il sort en courant.
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SCEINE XIII.