SCENE IX
Les Mêmes, LA MARQUISE, paraissant au fond
à gauche.
la marquise , de même, à mi-voix.
Eh bien! comment cela va-t-il?
MAURICE
Bon ! toute la famille.
LE BARON, à mi-voix.
Ça va très-mal !
Maurice, faisant signe à la Marquise.
Chut! (Allant du côté de Ferdinand et l'observant par-dessus le canapé.) Il ne voit rien, n'entend rien! tout à ses pensées... le tonnerre gronderait...
Il retourne à la Marquise.
la marquisb, bas à Maurice, Avcz-vous surpris son secret ?
LA BARONNE
Oui, maman; nous savons tont.
LA MARQUISB.
C'est quelque chose qu'il désire ; dites-lui d'espérer, docteur.
le BARON, vivement.
Du tout... il ne faut pas qu'il espère.
* Ferdinand, toujours absorbé sur le canapé ; Maurice yni at j entente pour l'obscrvcr;i* Baronne^o Baxou.
MAURICE
Pourquoi donc, mon fils? Rien ne nous coûtera.
LE BARON
Permettez, il y a des choses...
LA MARQUISE, avec humeur.
Ah! vous voilà déjà, avec votre esprit taquin et pointilleux !
LE BARON
INon; mais...
la marquise, à voix basse.
Je vous l'ai dit cent fois, vous avez un mauvais caractère. Je suis sûre que c'est vous qui êtes cause de tout.
LE BARON
C'est moi, à présent !
LA MARQUISE
Vous l'aurez contrarié, ce pauvre enfant.
LE BARON
Mais, si vous saviez...
LA marquise, s' emportant , à voix basse. Je sais, je sais, monsieur, que mon petit-fils souffre ; que le dernier des Villeblanchc est menacé, et.que, si, pour sauver le chef de la famille, vous n'êtes pas le premier à faire tous les sacrifices, vous n'avez pas dame !
LE BARON , près d' éclater.
Àh!
MAURICE, revenant à eux.
Avez-vous perdu la tête?... dans la chambre d'un malade!... Que l'on se taise, ou je mets tout le monde à la porte.
LA MARQUISE, bas.
Oui, docteur; dites-moi seulement ce qui le tourmente, et je vous réponds que je saurai bien obliger monsieur...
MAURICE
Ce que je vous demande, c'est du silence. ( Les faisant asseoir à droite.) Tenez-vous là, ne bougez pas; car, avant de prendre un parti, encore faut-il s'assurer... {A la Baronne, qui est debout près de lui .) Vous, madame, vous n'êtes pas peureuse comme M. le baron, j'espère! (montrant Ferdinand) et vous voulez le sauver?
LA BARONNE "*
Si je le veux ! comment donc ! pauvre garçon !
MAURICE, montrant le canapé.
Allez tout doucement vous asseoir près de lui.
le baron, se levant.
Près de lui!
LA MARQUISE, le faisant rasseoir d'un regard. Mon fils ! je ne vous croyais pas un si mauvais
four.
MAURICE, bas.
Ne vous effrayez pas de sa surprise, de sa joie ; ça va être une explosion.
le baron, à part.
On n'a jamais placé un mari...
Mi ironnç va s'asseoir
près d'' 1' '< l'iiiuii.!.
Il ne me voit pas. (L'appelant doucement.) Ferdinand.
iii-imlja RjriMinr, M.uu n . ,l.i Mai iroa.
I ' "liuauil, la Baronne, Maurice, la Mjpjiiik- et l<- Baron auis.
LE BARON, bas.
S'il dort... il ne faudrait pas...
la baronne, l'appelant plus haut.
Ferdinand!...
Ferdinand, sortant de sa rêverie et se tournant tranquillement vers elle.
Ah ! c'est vous, ma petite tante?
LA BARONNE
Oui, c'est moi.
MAURICE, à part.
C'est singulier, quelle tranquillité!
la baronne , d'une voix douce.
Je viens te tenir compagnie.
FERDINAND, froidement et sans voir les autres personnages.
Ah! c'est bien gentil à vous de ne pas abandonner le pauvre malade. ( Détournant la tête et retombant dans ses rêveries.) Ça me fait bien plaisir de vous voir.
MAURICE , à part cl l'observant.
Vas la moindre agitation ! il ne la regarde plus.
LA BARONNE, continuant.
Oh! cela te fait plaisir! cela te fait plaisir!... Tu détournes les yeux cependant... parce que tu sais que j'ai des reproches à te faire.
FERDINAND, disirait.
Des reproches?
LA BARONNE
Oui, tu n'es pas raisonnable, mon enfant!... je ne m'en formalise pas, parce que je suis ta tante, et qu'après tout, on ne peut pas empêcher... LE BARON, de loin.
Qu'est-ce qu'elle dit donc?
LA marquise, lui imposant silence.
Mon fils !
i.v haronnk, continuant.
Mais si c'était de tout autre... [d'un ton doux) vois-tu, je serais très en colère.
inanil lu r. g( ir.lt- d'un .iir M<min;.
MAI RICK, à part cl stupéfait.
Ce n'est pas cela ! je me suis trompé. LA BARONNK, a Ferdinand qui la regarde toujours.
Qu'ot-cc que tu regarda «loue? Ma toilette? n'est-ce pas qu'elle est jolie? ce petit bonne! et
cette pèlerine a Heurs, qui prend la taille!... fkiuunand, ne lu regardant plus.
Hum! ce n'etl ptl mal !
LA BAIUi\ M .
Oh! c'est très-joli!... cette petite .Mane brode
dans la perfection.
FERDINAND, ! m < nient.
Marie! quoi ! c'est Marie?
MAI un », étonné , et a part.
l'.h ! mais a ce nom seul...
FKRIM\ \>n, admirant lalroderic. Oh! ('"est charmant, d une linesse, dune élégance!...
i \ lAnomn .
N'etl M pitT I Ile est remplie de goût, cette
petite'.
FF.RI>I>\M>. l'animant deylus en plus.
I i bonne, sensible, modeste ! si vous laviez tout
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ce que scn cœur renferme de simplicité, de candeur, de qualités !
Maurice, à part.
Quel transport! comme son œil s'est ranimé!
FERDINAND
Dites-moi, ma tante, est-ce qu'elle n'est pas venue aujourd'hui au château?... il m'avait semblé entrevoir...
LA BARONNE
Sans doute; elle était ici avec le docteur; mais elle est retournée ..
MAURICE, paraissant de l'autre côté du canapé. Elle est retournée auprès de son mari.
FERDINAND, frappé.
De son mari !
Mais, non, docteur, ça ne peut pas être, puisqu'on nous a dit que ce mariage...
Maurice, appuyant et lui faisant signe.
A été célébré ce matin... le bruit des cloches a dû vous avertir?...
Ferdinand, se levant et avec fureur.
Je ne m'étais donc pas trompé!... {A lui-même.) Ah! j'aurais dû courir... j'aurais dû l'arracher... Maurice , bas et lui saisissant la main. Imprudent !
Il lui montre la Marquise, qui s'est approche'e avec inquiétude.
LA MARQUISE
Mon ami!...
FERDINAND, balbutiant, à part.
Ma mère! (Haut.) Pardon! une faiblesse... un étourdissement!... je ne puis... {lias à Maurice.) Docteur! docteur! si vous m'avez deviné, pas un mot, par pitié!
TOUS
Ferdinand !
FERDINAND, remontant et se précipitant dans sa chambre.
Rien! rien! laissez-moi!... laissez-moi!
Il disparaît.
MAURICE, à part.
Plus de doute !
LA MARQUISE
Il nous fuit!
LA BARONNE *
C'est inconcevable.
maurice, à part.
Qui pouvait s'attendre...? une passion si terrible!... {Haut. ) Baron, ne le laissez pas seul. le baron, à mi-voix.
Mais, ce qub vous disiez tout-à-l'heure...
MAURICE, brusquement.
Il n'est plus question de cela.
la baronne.
Comment?
LE BARON, montrant sa femme.
11 n'est plus question de Stratonice?
MAURICE
Hé non! ( Entre ses dents. ) C'est bien pis, ma foi! {Atout deux.) J'avais donné à gauche; ça nous arrive quelquefois.
LE BARON, avec JOÏC.
Quand je disais qu'il était impossible I... ce
• La Marquise , le Baron , Maurice, la Baronne.
cher neveu, je vais l'embrasser de bon cœur!
Il le suit.
LA marquise, inquiète.
Ca va donc mieux?...
la baronne, avec dépit.
Là... c'était bien la peine!... (.4 elle-même. J Ces médecins sont d'une légèreté... venir me dire... enfin, came fait plaisir, parce que... ça rue fait bien plaisir. {Avecun petit soupir, et à la Marquise.) Je vais à mon piano, essayer mes nouveaux quadrilles.
Elle sort par le fond.