‹ Pièces de théâtreChapitre 432 sur 1241 · LA MARQUISE, MAURICE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, MAURICE

LA MARQUISE, tremblante.

Son piano à présent!... Qu'est-ce qu'il y a donc, docteur?

MAURICE, à part ei se promenant avec agitation, sans faire attention à la Marquise.

Je voudrais être à mille lieues d'ici... Comment diable lui apprendre.. .? la fierté desVilleblanche !. .. il y a de quoi mettre le feu aux quatre coins du faubourg Saint-Germain !

LA marquise, qui l'a suivi des yeux.

Mais répondez-moi donc, docteur ! car vous me faites mourir! vous savez tout?

MAURICE

Oui, je sais !

LA MARQUISE

Vous allez me le dire.

Maurice, prenant son parti.

Du tout, je ne vous dirai rien!

LA MARQUISE

Quoi?

MAURICE

Non, je ne vous dirai rien!... à quoi1 Aon?... pour vous tourner le sang, vous donner une attaque !

LA MARQUISE

Un amour violent, n'est-ce pas !

MAURICE

D'autant plus violent qu'il l'a combattu et qu'il n'est pas le plus fort !

LA MARQUISE

Un mariage peut le sauver.

MAURICE

Impossible!... des obstacles insurmontables :...

LA marquise, vivement.

Il n'y en a pas ! il ne peut pas y en avoir ! MAURICE, la regardant et plus lentement. Et s'il avait porté les yeux plus haut que lui?

la marquise, étonnée.

Plus haut que lui!... il n'y a personne.

maurice, de même.

Quelqu'un du sang royal!

LA MARQUISE

O ciel!... ah! j'irais me jeter à ses pieds ! pour sauver mon petit-fils... je lui dirais...

Ain : De Paris et le village.

Qu'imi»orte un titre plu3 brillant, Une plus illustre naissance, Un nom plus vieux, un plus haut rang.' Quand il y va de rcxutencc!.,.

Oui! tout doit céder à cela!

MAURICE

Fortune! orgueil!...

Je vous admire !

Et j'approuve ce discours-là, Mais c'est à vous qu'il faut le dire.

Oui, tout ce que vous disiez là, C'est à vous qu'il faut le redire.

LA MARQUISE

Comment, docteur ?

MAURICE

Eh bien, oui... une fille sans nom, qui ne connaît pas même son père.

LA MARQUISE , se récriant.

Ah! l'horreur! un enfant trouvé!... Ferdinand m'est bien cher, mais plutôt que de consentir, j'aimerais mieux le voir...

MAURICE, à part.

J'en étais sûr, ils sont tous les mêmes !

LA MARQUISE

Ah! Dieu! taisez-vous, docteur, taisez-vous... D'ailleurs c'est impossible!

MAURICE

Impossible !

LA MARQUISE

Jamais un Villeblanche ne se laisserait prendre...

MAURICE

Quand je vous dis que j'ai vu...

LA MARQUISE

Vous avez mal vu...

Des preuves...

LA MARQUISE

Vous vous trompez.

Maurice, piqué.

Je me trompe! moi!

LA MARQUISE

Je ne dis pas cela pour vous blesser.

MAURICE

Je ne me blesse jamais... je me suis trompa c'est clair.

1LA MARQUISE, lié! pourquoi pas? il y en a de plus habiles... MAURICE, ironiquement.

Parbleu !

LA MARQUISE, s' échauffant .

Cela arrive à tout le monde.

MAURICE , de même.

Comme vous au piquet, quand vous marquez les points que vous ne faites |

LA MARQUISE

Mais, mon cher docteur...

MAURICE

M lis, nia chère «lame...

LA MAR<Jl 1SK , s' emportant.

Après tout, un médecin de rillasji

MAURICE, de vicme.

Est un imbécile!

Je ne dis pas cela.

MAURICE

Hais vous le pensez.

LA MARQUISE

Il y en a d'autres.

MAURICE

Appelez-les.

LA MARQUISE

Eh bien, oui, j'en appellerai dix, s'il le faut.

MAURICE, criant.

Vingt! trente!

LA marquise, criant plus fort.

Oui, monsieur; oui, monsieur!...

Maurice, prenant son chapeau.

A votre aise ! moi, je ne remets plus les pieds ici.

Il remonte pour sortir.

LE baron, paraissant à la porte à gauche. Venez donc, docteur, il me paraît plus mal. LA marquise, tombant dans un fauteuil, à droite. Plus mal!... Docteur, docteur! au nom du ciel!

MAURICE

Qu'est-ce que c'est î

LA MARQUISE

Ne nous abandonnez pas, je n'ai confiance qu'en vous; il est plus malt

Ce n'est rien, un spasme inévitable. {Au Baron.) Quelques gouttes d'éther. {Le Baron disparaît. ) Allons, calmez-vous, je ne m'en vais pas, là, je ne m'en vais pas, je reste.

LA MARQUISE

Mais que devenir, docteur ? que faire pour la guérir de cette folle passion î

MAURICE

Il n'y a qu'un seul moyen, il n'y a plus à balancer; il faut qu'il parte, qu'il voyage... en Bspagne, enRussie...

LA MARQUISE

M'en séparer !...

MAURICE

Et ce n'est pas demain, ce n'est pas ce soir ; c'est à l'instant même, ou je ne réponds de rien !

LA MARQUISE, dperduc.

Ifaie qui l'accompagnera I je n'ai personne.

maurick, vivement, aprit un tempe.

Voue n'avez pettonne... vous n'avez personne... Bfl bien, moi, je partirai avec lui.

LA MARQUISE, SC levant.

Vous, docteur?... Ah ! vous êtes notre ange Intel a ire!

MAURICE

Bst-OS que je n'appartiens pas au\ malades.'... le plus souffrant m'entraîne aulc lui; non Confrère de Châtfllon soignera mes bous paysans pendant mon absence. Util ne perdons pas une minute...

Il lui pusef la Marquise à gtW )>", f><>ur sortir. LA MARQt I s i : , revenunt a lui.

Mais comment le dé» nier?

MAURICE

C'est mon affaire; allez donner vos ordres; la \oiture, |m chevaux... Moi, je vais m'entendra avec son valet »le chambre ; dam» une heure il faut «pie nous soyons loin d'ici.

MAGASIN THEATRAL

LA MARQUISE

Ah! mon ami! mon sauveur! pourvu qu'il soit encore temps !

Elle sort.

MAURICE, Seul.

Oui, morbleu! je m'attache à lui; je ne veux pas qu'il soit victime comme son père, que j'ai tant aimé. Pauvre ami , je le vois encore. Un ancien d'Aboukir... Je sauverai son fils !... oh ! oui... Et ma pauvre Marie que je vais laisser seule... Heureusement Landougué ne peut tarder à revenir de Moulins, où la succession de sa tante l'a appelé, et leur mariage... Mais cet amour du marquis, comment a-t-il pu naître? ils ne se voyaient jamais.

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MAURICE, MARIE, paraissant au fond*.

MARIE, à mi-voix.

Pst, pst... monsieur Maurice !

MAURICE

C'est toi ! que viens-tu faire ici ?

marie, entrant en scène.

Ne vous fâchez pas ; j'étais si troublée, j'ai oublié votre commission ; je me suis souvenue seulement qu'il était question de papiers, et je vous ai apporté tout ce qu'il y avait dans le tiroir.

Elle lui donne un paquet de papiers.

MAURICE, les prenant.

Allons! je ne sais pas où tuas la tête, mabonne, il est temps que Landougué revienne.

MARIE, limiaement.

Vous l'avez vu, n'est-ce pas?

MAURICE

Qui, Landougué?

MARIE

Non, M. Ferdinand.

MAURICE

Oui, oui. {Parcourant les papiers.) Du diable si je pourrai m'y reconnaître !

MARIE

Ce n'est pas sérieux, j'espère? qu'est-ce qu'il a? MAURICE, continuant à chercher dans ses papiers.

Il a une névralgie. {Regardant un papier qu'il a ouvert.) Ah! je crois que voilà mon affaire... Le jour baisse... c'est tout au plus!... {Cherchant à lire.) Consultation...

MARIE, lisant par dessus son Cpaule.

Mais non , monsieur Maurice, c'est... constitution qu'il y a.

MAURICE

Constitution?

MARIE

Certainement! ( Lisant. ) « Napoléon, par la » grâce de Dieu et les constitutions de l'empire, » empereur des Français, roi d'Italie... »

MAURICE

Oh l je sais. Comment diable cela se trouvc-t-il ?. . {Uterre le papier dans sa poche de côte,puis sera-

• Marie , Maurice.

visant et regardant Mari-..) Ah ça! depuis quand lis-tu si couramment?

MARIE, confuse.

Oh!

MAURICE

Tu sais donc lire?

MARIE, souriant avec un air de saiisfaetion. Et écrire aussi ; c'est une surprise que nous voulions vous faire.

MAURICE, l'tonné.

Ah! Et à qui dois-tu ces nouveaux talcns?

marie, d'un air d'intelligence.

A M. le marquis.

MAURICE , troublé.

M. Ferdinand!... Ah! c'estlui...

MARIE

Sans doute ! Il est si bon, si complaisant!... il a vu combien j'étais honteuse de mon ignorance; et il m'a proposé... seulement, pour ne pas vous déranger, il guettait les heures où vous vous absentiez, et dès que vous aviez le dos tourné... il arrivait.

MAURICE

Ah ! je comprends; il arrivait dès que j'avais... {A lui-mime.) Je ne suis plus étonné si je ne le rencontrais jamais!

MARIE

Si vous saviez comme il montre bien, e' comme j'apprenais vite... j'étais si heureuse pendant les leçons! mais des qu'elles étaient finies, et qu'il était parti, je me sentais toute triste, toute découragée; il dit que cela annonce de grandes dispositions.

MAURICU- Oui, oui! {A part.) Ah! mon Dieu! la pauvre enfant ne se doute pas qu'elle-même... il ne manquait plus que cela! Vite, vile! les chevaux de poste*!... [Haut.) C'est bien, c'est bien, ma bonne, je suis enchanté que ton éducation... parce que des talcns d'agrément, c'est toujours... certainement... pour une jeune personne... Va dire à Jacques de me préparer ma valise; quelques mouchoirs, une couple de chemises...

MARIE

Vous partez pour un petit voyage ?

MAURICE, distrait.

Oui, pour Saint-Pétersbourg.

Comment?

MAURICE

Une affaire, un malade en danger... je te i plus tard... Pendant mon absence, tu tiendrai tout bien en ordre, et quand Landougué reviendra, vous m'attendrez; entends-tu? vous m'attendrez.

MARIE

Oh! certainement!... Mais expliquez-moi...

un valet, accourant et batû Maurice.

Monsieur le docteur... monsieur le docteur! madame vous demande tout de suite, M. le marquis;

est auprès d'elle, il consent à partir.

• Maurice, Marie. (Dans son agitation Maurice a traverse le théâtre.)

MAURICE

MAURICE

Il consent!... il faut profiter!... {Au valet.) J'y Tais. {A Marie.) Tu vois, je n'ai pas le temps... (l'embrassant) retourne vite à la maison.

MARIE

C'est que j'ai des dentelles à remettrcàMllc Victoire.

MAURICE ouvrant la porte vitrée adroite. Eh bien !... par cet escalier.

MARIE

Mais cependant, monsieur Maurice...

MAURICE

Va, ma bonne, va. ..je t'aime toujours, je t'aime plus que jamais... mais Ya-t'en... va-t'en bien vite, et ne remets plus les pieds au château... va.

Elle sort; il la conduit, et pousse la porte sur elle. On aperçoit toujours Marie- qui reste dehors.

MAURICE à lui-même.

Comme ça... ils ne se reverront plus... c'est l'essentiel; courons retrouver Mme la marquise.

Il sort par le fond.

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