‹ Pièces de théâtreChapitre 434 sur 1241 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Les Mêmes, LA MARQUISE, LE DOCTEUR, LE BARON, LA BARONNE.

LE BARON et LA BARONNE.

Ce cher neveu!

LA MARQUISE, avec ravissement.

Oui! oui! il est sauvé!... ce regard vif, animé!...

et c'est à vous, docteur, que nous devons...

MAURICE

Du tout.

Quel talent!

LE BARON

Quel homme admirable!

LA MARQUISE

Il n'y a que lui au monde!...

Maurice, avec humeur.

Eh, non ; je n'y suis pour rien ! (montrant Marie ) c'est cette petite qui a tout fait.

LA MARQUISE, regardant Marie.

Cette petite?... quelle physionomie intéressante!... Viens m'embrasser, mon enfant!

MAURICE, l'arrêtant.

Un moment... {Bas à la Marquise.) C'est elle!

LA MARQUISE

Comment ?

MAURICE

C'est elle, vous dis-je.

LA MARQUISE

Elle?

Maurice, s'emportant.

Eh oui! celle qu'il aime ! faut-il le répéter vingt Ibis?

LA MARQUISE

Marie!...

Embrassez-la maintenant si ça vous fait plaisir !

TOUS

Marie !

MARIE, troublée.

Moi!

la MARQUISE, tremblante de colère.

Une petite paysanne!... cela n'est pas, cela ne peut pas être!... un Villeblanche!... ( A Ferdinand. ) Démentez-le donc, mon fils!... dites à cet homme qu'il est fou... qu'il vous outrage!

FERDINAND

Non, ma mère; il a dit la vérité.

TOUS

La vérité !

La Marquise tombe accablée sur le Mnapé ; Ferdinand cherche à la calmer

marie, près de Maurice.

Qu'entends-je?... moi, pauvre fille!... c'était moi qu'il aimait... monsieur Maurice! ( Avec bonheur. ) O mon Dieu! voilà donc ce que je ne pouvais m'expliquer... ce qui me rendaitsi malheureuse ! car moi aussi... sans le savoir... je l'nini...

MAURICE, lui mettant la main sur la bouche.

Tais-toi ! tais-toi !

MARIE, bas, et étouffée par des larmes de jair.

Oui, oui, je me tairai!... il ne saura pas que je

l'aime... que je l'aimerai toute ma vie!... je renfermerai ma joie, mon bonheur!... Ah! je ne croyais pas qu'on pût être si heureuse !

Elle se cache dans les bras de Maurice. FERMNAND , près de la marquise.

Ma mère!...

la marquise, repoussant Ferdinand.

Laissez-moi, laissez-moi!... Sans égard pour votre rang, votre nom !...

Ferdinand, avec force.

Eh! que parlez-vous de ce rang qui a fait mon malheur!... par respect, par tendresse pour vous, j'étouffais un secret qui me tuait!... Je renonçais à la seule femme qui porte un cœur plus noble que tous ces grands noms que vous me destiniez! (passant au milieu du théâtre) mais maintenant que je sais qu'elle est libre, qu'elle m'aime!... rien ne me séparera d'elle!... Marie sera ma femme !

TOUS

Sa femme !

MARIB.

Que dit-il?

le baron , élevant la voix.

Mon neveu!

LA BARONNE *

Ferdinand !

LA marquise, avec colère.

Jamais!... un pareil déshonneur!... ( Regardant Maurice et Marie. ) C'était un piège... c'était concerté d'avance.

MAURICE, offensé.

Madame...

Voilà ce que c'est que de se familiariser; mais j'empêcherai bien... ( Appelant au fond. ) Holà! quelqu'un! (Deux laquais en livrée paraissent au fond.) Que l'on chasse du château cette petite malheureuse.

Maurice , prenant Marie dans ses bras.

La chasser!...

FERDINAND, courant aux laquais qui font un pas.

Le premier qui oserait... ( Aux valets. ) Sortez!... sortez, vous dis*je!(j4vec fierté. ) Je suis le chef de la maison, et seul j'ai le droit d'y commander! (Les valets se retirent. A la Marquise, qui est restée stupéfaite.) Et vous, madame...

LA marquise, se récriant.

Madame!... madame!... il ne m'appelle plus sa mère !

Ferdinand, à ses genoux.

Ah! pardon!

la marquise, avec force.

Eh bien, puisque vous êtes un mauvais fils, moi aussi, je vous oublierai... je vous maudirai! MARIE, s'arrachant des bras de Maurice , et courant a clic les mains jointes.

Oh! non, non, madame; que je ne sois pas la cause! Mon Dieu!... moi qui donnerais ma vie...! ne lui retirez pas votre tendresse!... je partirai... vous ne me reverrez plus!... je l'oublierai, je vous

* Le Baron, la Baronne, la Marquise, Ferdinand, Maurice, Marie.

MAURICE

le promets... oui, oui, je l'oublierai, si je le puis gaus mourir \...[AMauri ce, aumilieudes sanglots.) Emmenez-moi, monsieur Maurice, emmenez-moi, je vous en conjure !

Ferdinand, voulant aller à elle.

Marie!

Maurice, avec dignité.

Elle a raison, monsieur, sa place n'est plus ici» ( A Marie. ) Va, mon enfant, va ra'attcndre ch£7 la bonne Madeleine, je t'y rejoindrai bientôt; et moi, du moins, je ne te chasserai pas! FERDINAND, à la marquise, avec emportement.

Vous l'avez voulu, ma mère! eh bien, soit, j'obéis, je me résigne! mais périsse le nom de Villeblanche, plutôt que de m'enchaîner à une autre ! Je ne me marierai jamais !

A.1%: A nat h èmel... (La Juive.) LA MARQUISE, à son petit- fils.

Fils ingrat ! fils rebelle!

Quand ma voix vous appelle, Votre amour est pour elle, Et l'emporte sur moi !

Désormais plus sc'vcre, Redoutez ma colère.' Je saurai d'une mère Faire suivre la loi!

la baronne et le BARON, à Ferdinand Fils ingrat 1 fils rebelle I Au devoir qui t'appelle, Montre-toi plus fidèle, A ses voeux soumets-toi!

Renonce à ta chimère !

Vois ses pleurs, sa colère!

Obéis à ta mère, Et respecte sa loi.

O douleur éternelle!

Mais mon cœur est fidèle Au devoir qui m'appelle, Et je cède à sa loi !

A Ferdinand.

Ah ! craignez sa colère !

Ecoulez ma prière !

Respectez votre mère ; Ne pensez plus à moi.

PERDINAND.

() douleur éternelle !

O contrainte cruelle !

A Marie.

Je te reste fidèle

En vivant loin de toi !

Je respecte ma mci

Mais son ordre sév

Ses refus, si col i re,

Ne pourront rien sur moi.

MAURICK, montrant la Man/ime

O contrainte cruelle !

Il me luit .levant elle

D'une offense mortelle

Subir l'injuste I ■ » î !

A Marie.

Mais tu m'en es plus clu I

Il malgré» col- t.-.

Ne crains rien pi i I il'uu |

Car je Veille sur toi.

Maurice a conduit M arir y yu: ïsfond. /■'

nand rentre chu lui.

LA marquise, à Ferdinand, qui sort.

Oui, je l'abandonne!... Mon Dieu! il n'a pas d'armes!

LE BARON

Non, ma mère, j'ai tout enlevé.

LA MARQUISE

Suivez-le, baronne, parlez-lui raison, dites-lui que je ne l'aime plus... Non, non, ne lui dites pas cela ! mais allez, allez donc vite !

La Baronne suit Ferdinand.

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