MAURICE, LE BARON
Maurice, sans dire un mot, va fermer la porte. LE BARON, étonné.
Eh bien? Qu'est-ce qu'il a donc?
Maurice, le regardant mec une colère concentrée. Ah! c'est vous... c'est vous! qui êtes le chevalier de Faverollcs?
LE BARON, souriant d'abord.
C'est-à-dire... qu'autrefois... Eh, mais! docteur, vous avez une manière de me regarder 1... MAURICE, tremblant décolère.
C'est vous, qui, sous ce nom, avez séduit une pauvre jeune tille?... Henriette!
Li «AitoN, plus effrayé.
Silence, mon ami! si ma femme entendait...
MAURICE
Qui l'avez abandonnée, perdue!
U ÏIARON.
Plus bas !
MAURICE
En lui laissant un malheureux enfant!
LE BARON
Plus bas, je vous en conjure!
MAURICE
Savez-vous que cet enfant, c'est celui que l'on vient de chasser avec mépris ! là, devant vous?
LE BARON, ému.
Marie! Eh! quoi... cette petite serait ma ûlle!
Oui! j'en ai les preuves.
LE BARON
Pauvre enfant!
MAURICE
Vos lettres... je puis vous perdre.
LE BARON
Mais, docteur... quel intérêt pouvez-vous prendre?
Maurice, avec force.
Quel intérêt! quel intérêt! il me demande... regardez ces traits flétris, ces cheveux blanchis avant l'âge... je devrais vous détester... je devrais vous tuer.
LE BARON
Hein?
Maurice, avec plus de force.
Oui, je devrais vous tuer.
Air : Je n'ai point vu ces bosquets de lauriers- Car par vous seul j'ai perdu le bonheur t
Vous m'avez enlevé si mère !
Vous avez de'chiré mon cœur I
Vous avez comble' ma misère ; Pendant vingt ans, exile' dans ces lieux, J'ai vécu seul, sans amis, sans famille...
Eh bien ! pour prix du mal affreux
Que vous m'avez fait... je ne veux
Que le bonheur de votre fille !
LE BARON
Comment?
marie, avec force.
Mais ce bonheur, il me le faut, je le veui, et
je l'obtiendrai !
LE BARON, troublé.
Je ne demande pas mieux; sans doute... j'en prendrai soin.
MAURICE
Cela ne suffit pas.
Ll BARON.
J'assurerai sa fortune!
MAURICE
Je n'en veux pas! toujours de l'argent! c'est son bonheur que je vous demande, monsieur... combieo de fois faut-il vous le répéter?
LE BARON
Mais enfin qu'exigez-vous donc?
MAURICE
Qu'elle rentre dans ce château, dont on l'a chassée... qu'elle y rentre en maîtresse... qu'ils soient mariés aujourd'hui même, ou je la proclame votre fille devant toute votre maison !
LE BARON
Bonté divine! qu'ils soient mariés... et com-
MAURICE
C'est votre affaire.
Ll BARON.
Mais enfin...
MAURICE
Tirez-vousren! je ne m'en mêle pas! [Frappé
MAURICE
d'une idée subite.) Ou plutôt! attendez, je n'y songeais pas! ce papier que tout-à-l'hcurc Marie m'a apporté! c'est le ciel... (Courant à la porte de Ferdinand.) Madame la marquise! [Au Baron.) C'est arrangé, ils sont mariés! vous n'avez rien à faire qu'à Ti'appuyer auprès de votre mère.
LE BARON
Maie que lui dire?
MAURICE
Vous le saurez!
LE BAROX.
Et vous me garderez le secret?
MAURICE
Cela dépendra de vous! [A la porte de Ferdinand.) Madame la marquise... madame la marquise.
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