‹ Pièces de théâtreChapitre 46 sur 1241 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, puis FABRICE, en dehors de la tente.

pw.Z, qui depuis un instant suit des yeux Fabrice. Silence, messieurs, silence,

SILVIA. Qu'y a-t-il, et que voyez-vous?

paez. Une ombre qui me lait l'effet d'être au service d'un assez drôle de corps; venez voir plutôt.

BBNBIQUB. Ah I ah I qui diable cela peut il être?

SILVIA. Mais il me semble qu'il n'y a pas à chercher long-temps, et qu'à cette heure de nuit il n'y a {juère dehors que les amans et les voleurs.

IILNItlQUE , prenant son èpée. Eh bien! amant ou voleur, je saurai qui il est.

11 sort par l'ouverture du fond et va se placer entre Fabrice et la maison.

ivxr.z Et moi aussi.

11 soit comme Henriquc et se place derrière Fabrice.

FABB1CB. Que me voulez-vous, messieurs, et qu'avons-nous à faire ensemble?

BBNBIQUB. Vrai Dieu! si je ne me trompe

pas Qu'en dites-vous, Silvia — vous

qui savez votre Madrid sur le bout du doigt?

SILVIA. Je disque, s'il est aussi aimable, aussi beau et aussi noble que celui dont il a emprunté la tournure, je l'embrasse.

l'Ile l'approche de Fabrice et lui fait sauter son

chapeau.

TOUS. Don Fabrice d'Olivarès!

SILVIA, lui faisant ld révérence. Je vous dois un baiser, monseigneur.

i IBB1CB. Allons, je vois bien que ce que j'ai de mieux à faire, c'est de le prendre.

r IBS. Tu n'es donc pas mort?

i IBBICB. Mais vous voyez...

HBNBIQUB. Va ton coup d'épée, qu'en as-tu (ait?

FABEICB. J'en ai j;uéri.

i' \'. / l.t m viens en chercher un autre à Séville?

PIQLILLO.

FABRICE. Point, messieurs, je voyage pour affaires de famille.

silvia. Laissez donc : lorsqu'on se promène à cette heure et dans un endroit tomme celui-ci, ce n'est pas sans mauvaise intention contre la bourse des passans ou la fille de son voisin.

PAEZ , levant un coin du manteau de Fabrice. Une mandoline !

SILVIA. Messieurs... il n'y a plus de doute, et voilà la preuve du crime.

FABRICE. Eli bien ! j'en conviens, messieurs, je suis amoureux.

silvia. Amoureux! vous! par quelle aventure?

FABRICE. La voici en deux mots : je logeais en face d'une jeune dame des environs de Burgos, qui habitait Madrid avec une vieille tante. Quelque chose que j'aie pu faire, impossible de parvenir jusqu'à elles; des duègnes muettes, des valets sourds, c'était à croire à la magie.

silvia. Pauvre marquis!

FABRICE. Cependant, comme depuis deux mois je suivais mon inconnue, au spectacle, à la promenade, à l'église, je commençai à m'apercevoir qu'elle m'avait remarqué.

■BSJBIQGE. Fat!

PABBICE. Non, sur ma parole. Alors je me décide à faire un pas de plus, je risque la sénérade.

PAEZ. Comment! au bout de deux mois, tu n'en étais encore que là !

SILVIA. Oh! ne l'interrompez pas, messieurs; à la manière dont la chose se prolonge, nous en avons pour quelque temps.

FABRICE. Au contraire, nous sommes arrivés. A peine étais-je installé sous les fenêtres de ma belle, qu'un homme, un esprit, un démon, arrive au grand galop OU cheval, saute à terre et tombe sur mes musiciens à grands coups de plat d'épée, ils se suivent; je jette mon inanteau, je l'appelle à moi, nous émisons le fei , et, ma foi, à la troisième botte, il me

donne ce charmant coup d'épée dont vous

/ entendu parler.

m.Muoi i.. Et comment appelles-tu ce t lur gentilhomme?

i \r.ii i< i Est-ce que j'ai eu le temps de lui demander son nom? Tu es adorable, toi ! il m'a passé son épée au travers «lu

corps le suis tombé à la renverse, et,

retrouvé le lendemain matin à la même place, on m'a rapporté ches mon père, qui a été désespère, non pas précisément i « Mise de moi, je crois, mais à cause de son nom dont je suis Le seul soutien. Trois jours après, lorsque je repris connaissance,

j'ai su qu'en sa qualité de premier ministre, mon père poursuivait mon inconnu; j'eus beau soutenir qu'il s'était battu en brave chevalier, en brave gentilhomme, et non en assassin, on n'a pas voulu ■n'entendre. Heureusement mon homme n'était plus à Madrid.

silvia. Il s'était donc sauvé?

fvbrice. La même nuit... Mais le plus malheureux de tout cela, c'est qu'il avait emmené avec lui Léonor.

PAEZ. Ta belle?

FABHir.E. Pardi eu, oui, ma belle....

Aussi il ne faut pas demander si je me suis dépêché de guérir; la chose aux trois quarts faite, je me suis mis en route. Je suis parvenu à découvrir leurs traces, et tandis que mon père le fait chercher inutilement du côté de la Galice et des Algarves, je l'ai rejoint à Séville.

silvia. Et quand cela?

PABBICE. Hier soir. .. Et vous voyez que je ne perds pas de temps, cette nuit je commençais ma ronde.

palz. Comment, la dame de tes pensées...?

PABBICE. Demeure là.

PAEZ. Dans cette maison?

PABBICE. Dans cette maison.

PAEE. Mais il n'y a dans cette maison que don Diego î

silvia. Vous le connaissez?

PABBICE. Oui, non, peut-être; vous dites qu'il s'appelle don Diego, une espèce de sage, de solitaire, d'anachorète, qui va toujours pensant, écrivant.

PABZ. C'est cela même.

silvia. Et vous dites qu'il habite cette maison.

PAEZ. Sans doute avec Léonor sa femme.

SILVIA, à part. Il est marié!

pabbjce. Elle est mariée!*..

palz. Tout ce qu'il y a de plus mariée, cher ami.

PABBICE. Et comment sais-tu cela?

PAEZ. La maison qu'ils habitent esl i

mon oncle.

silvia, à pari. Plus de doute, c'est lui.

PABBICE. Jamais trois chances : ce pouvait être UB amant... un tuteur ou un mai i. . . Je tombe sur le mai i

pabz. Mais c'est de la bergerie toute pure.. . I 11 amant qui poursuit sa maîtresse deui mois, qui reçoit on coup d'épée pour elle, qui, à pcme guéri, se remet en quête, ti tout cela sans savoir si elle est tille ou

femme

SILVIA. Ou'y a-t-il là d'étonnant1 n'a-

MAGASIN THEATftlX.

t-on pas vu de ces amours sympathiques, qu'un premier coup-d'œ»l allume dans deux cœurs? est-il besoin de se Donnaltre pour

se «In ii lur? est-il nécessaire de se parler pour B*Ôtre (lit : J<' l'ainic.'

PAU. Courage, Fabrice, voilà du renfort qui tu rive.

î Minier. Mai îée .'...

i'\i:/. Ili bien! il y a là dedans un bon coté, c'est que lu pourras L'enlever sans être soumis à la loi d'Alphonse le Clmsie, qui veut que le ravisseur épouse.

FABRICE. Eh pardieu! je ne demanderais pas mieux si j'en étais 1<* maître.

BILVIA, qui a long-temps réfléchi. Ecoutez : que dînez-vous, Fabrice, si le mari n'était plus là pour garder sa femme?

FABRICE. Je dirais que c'est partie à moitié gagnée : sauriez-vous un moyen de l'éloigner .'

SII.\ I \. Peut-être.

I Millier. Va leqm 1 ?

sii.ma. Laissez-moi faire. Voulez-vous m'obéir ponctuellement .'

FABRICE. <Mi ! tout ce que vous voudrez*.

s 1 1.\ i \ . Eb bien ! d'abord, faites-moi le plaisir de tout éteindre et de tout faire enlever, de manière à rendre ce bois à sa solitude habituel le.

■enriqi t.. Esclaves, vous entendez les ordn s de la reine*

On éteint les lustres et l'on enlève la tente. BILV1A. Maintenant, messieurs, l'épée à

la main, et ait aqu» /-moi.

i M'.iuci:. Vous attaquer, pourquoi faire.'

Si l.\ l \. Pour me voler.

paez. Pour vous foler? mais quel résultat '

sn.\i\. delà me regard e, je n'ai pas • m de vous mettre dans ma conôdence.

Allons l'épée a la main, inesseigQeurs.

PAEZ, lui prenatU la taule. Vous êtes charmante. . .

BIlVIAi iMais allons doue... TOUS ne me vole/ pas... mes mains ne sont pas d<s

bijoux., mes In as ne sont pas des colliers... Au voleur !

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