GASTON, DONATIEN
Donatien, cnenirant. Vise le roi Jérôme ! \e le nouveau roi de V\ estphalie !
caston , se levant. Eh ! c'esl Berburghau- •n... Quel enthousiasme ' t our, grand ligneur allemand, fêter le frère de notre
npereur, devenu votre roi par le droit non !..
donatilx. Mon ami. je suis Français, tout ce qu'il y a de plus Français... en
d'Allemands... Je viens d'elle numm-
caston. Ministre ?
Donatien. Mieux que cela... sommelin en chef de la bouche du roi.
gaston. Mes compliment,». Voeu déjeunez avec moi, n'est-ce pas!
Donatien. J'arrive dans cette louable in tention... ( entrent deux domestiques : /'///» d'eux por e un panier de vin. Ui placent la table servie d droite du théâtre. ) avec un échantillon d'un certain vin du lllu'ii, du Johannisberg, que je veux vous faire goûter... Vous avez des mus de Frai*
Gaston. De Bordeaux et de Champ excellents.
DONATIEN. J'en boirai, dans l'intcrd *U ma patrie et de mon roi, Jérôme 1 Car désormais...
air : (Ju'ii est flatteur ttép meer celle.
Le roi boira de confiance .
Sons ma responsabilité ;
Et j'aurais sur la conscience
Tout \in qui serait (relaté*
Si l<- mensonge détestable
Pénètre chei Sa Maj<
Mon cher . < 'est hien le moins qu*l lable
Elle troui e la vérité
il faui ans rois la ^ «' i i t •"-.
«. ksxon. En place... mon < ber de B
bur^bauscu. ( Jh M nuttttit d tat-t, . D tien à la droite d, GeuitM* /-< v 4âUA
tiquez >< si "t dam te fond* )
sos um. Appelés moi donc p u mon
petit nom , Don. t m... l.i t ■ am<
i. vsion. li aiter ,i\c< i ette familiarité un paient au sixième degré de l*ancien électeur de Iles* I
dosai ifn. Son parent! son parent!..
avant la conquête, c'est possible... Et encore, nous n'étions pas trop cousins, l'électeur et moi... J'étais de l'opposition, avec ma cousine, la princesse de "WendcL
oaston. Bah! et pourquoi donc?
Donatien. Parce que la Princesse, depuis la mort de son mari, avait un penchant décidé pour votre nation.. . ce qui contrariait infiniment l'électeur... Elle était en extase devant votre gloire; et quand à la cour on disait : le général Buonaparte, elle disait, elle : l'empereur Napoléon, ou Napoléon le grand... ce qui contrariait toujours infiniment l'électeur... Je crois même que ce sont ces dispositions toutes françaises qui ont attiré à ma cousine t'aventure dans laquelle vous avez été son sauveur et le mien.
gaston. Le lendemain de la bataille de Friedland... je ne l'oublierai jamais...
( riant. ) 11 me semble vous voir encore, quand ces soldais Prussiens en déroute vous administraient des coups de crosse, coups de plat de sabre...
Donatien. Et autre coups, qu'il est inutile de mentionner... Concevez-vous ces imbéciles de Prussiens, qui tombent sur un compatriote inoffensif, sous prétexte qu'ils ont été battus par l'armée française.'.. C'était d'une logique déplorable.
caston. Non pas; c'était une revanche... système des compensations... Après s'être trouvés en face de nos grenadiers, dont la conversation n'est pas très-amusante, il était tort piquant pour eux de rencontrer une noble et belle Princesse, seule dans sa berline de voyage...
Donatien. N'ayant pour défenseurs que les postillons, armés de leurs fouets, et
pour écouter, pour ne pas perdre un note de sa voix si pure et si douce.
Donatien. Diable! quel feu!., est-c que?..
gaston. Arrêtez... pas un mot de plus.
Le respect le plus profond , voilà le set sentiment que m'inspire la princesse d Wendel.
Donatien. A la bonne heure... Car c'e une vertu sévère, que celle-là... une vert de premier ordre, qui plane au-dessus d< passions humaines, [élevant son verre.) A 1 vertu de ma cousine!, à toutes les qui lités de ma cousine... l'une après l'ai tre!...
gaston. Vous conspirez donc contre n raison ?
donatien. Comment trouvez-vous ce J hannisberg?
gaston. Assez bon... pour vous autr Allemands, qui avez la tête forte... ma ça ne vaut pas le Bordeaux... (Les domt tiques servent de nouvelles bouteilles.)
Donatien. A nos amours, quelle que se leur condition sociale ! [Ils boitent.)
gaston, qui commence à être étourdi. A v amours, Donatien... Car je parie que vo êtes un mauvais sujet...
donatien. 11 y a des femmes dans Cass qui le disent.
gaston. Un séducteur...
donatien. Je séduis quelquefois , c'e vrai... Et tenez, dernièrement... (il fi signe aux domestiques de sortir.) j'ai fait ui excursion en France...
gaston. Vraiment!., une Française ?
donatien. Une Parisienne, mou cher une danseuse de votre grand Opéra : in demoiselle Z-éphirine lliehaud, qui < venue s'engager en VVestphalie quelq
temps avant la conquête exceller
fille, tres-attachée à l'armée français
moi, armé de ma pipe... au premier |par ([es affections de famille... Un coiu choc, elle s'est brisée entre mes mains... et c'en était fait de la Princesse, sans votre arrivée avec vofre détachement de lanciers... Vous pouvez vous vanter qu'elle vous doit l'honneur... et cet honneur-là vous a valu un fier coup de baïonnette.
CAKTOH. Dont ses soins généreux ont opéré la guérisou... Blessé et souffrant, ne m'a-l-elle pas accueilli chez elle?., ne m'a-t-elle pas installé dans ce logement , a l'entresol, au-dessous de celui qu'elle occupe?., luge/ de mon bonheur... d'ici, j'entends le bruit de ses pas . le son de sa \r>i\ quand elle se met au piano... dans rrs momcns-là, j'arrête ma respiration
à elle . qui est lieutenant dans la îi demi-brigade...
gaston riant.
ajr : Vos maris en Palestine.
Votre belle, il faut le croire, En précédant nos combats, Avait prévu la victoire...
DONATIEN
Deux mois après, vos soldais Chei nous suivirent ses pas.
Mais déjà, grâce à la danse, Dans vos filets j'étais pris ,
Et. deux mois avant mon paya , J'étais conquis à la Frani e Par l'Opéra de Paris...
Oui, déjà j'étais conquis Par l'Opéra de Paris.
gastoîï, de plus en plus étourdi. Heureux quin î. . ah î vous nous enlevez nos comtriotes... J'ai donc bien fait de prendre vance avec vos beautés germaniques.
Donatien. Que voulez-vous dire?
gaston. Rien.
Donatien. Oli ' vous n'en resterez pas .. il y a Là-dessous quelque aventure.. gaston. Extraordinaire, merveilleuse, ■lie!., mais vous ne saurez rien.
Donatien. Je vous en supplie.
gaston. Non , j'ai promis une discrétion yiolable.
Donatien. Mai-» entre jeunes gens , entre lis... qu'est-ce que ça fait?., je vous ai in raconté £épnirine Kichaud, moi.
gaston. Non, encore une fois, non...
serait mal, très-mal, je le sens.
Donatien. Poltron î
^ aston. Poltron?... [ilboit.] Si du moins lais bien sûr...
Donatien. De mon silence?., je vous le omets.
BASTOif, n'y tenant plus. S'il arrive malur, c'est ,i vous que je m 'en pn mirai. donaiîkn. C'est entendu... mais parle/ ne.
gaston, se rapprochant^ Attention et sine, . . 11 y a quinze; jours environ . qu'au unent de rentrer chez moi, le soir, je I accosté par un vieux domestique, qui, jhf me dire un mot , me remit une lettre isi conçue : « lue femme, qui \eul lester inconnue, désire avoir un moment d'entretien avec vous. Le domestique qui vous remettra celte lettre vous conduira près d'elle . m. us dans une toiture fermée, et les \< ux couverts d'un bandeau, que yous ne quitterez BOUS aucun prétexte... Aurez-VOUB le COUmge de le suivre?» Ouig certes, rémlis-je à l'homme qui m'attendait
I est la voiture .' !'\ montai prceipi-
rnnicnt . et fouette e<>< lier.
■pMATIES. fj a devient illtéressailt.. \ ine homme ?
caston. Mou conducteur m< banda les u\. ainsi que <'»i .lit convenu . el nous ilà en route... \ près plusieurs détours, voitme s'arrêta... On oie lit d< n endre, lis monter un est alier. l\ nt< ndisom rir ie potlc ; «»n h e lii cul ni. on me i on
duisit a un fauteuil . i t mon guide Loigna.
Donatien. Je n'ai rien lu de pareil dam les Mille et une Au Us.
gaston. Craignant quelque nr, liûcation , j'allais arracher mon bondi iu (pi and une voix de i« mmi . l mm et ti« mblante, ou peut-être déguissee à uV i me dit : a 'Cest bien . c'est lrè i-bi( î» i \uir e»i confiance « D moi. •
air ï'audeullc du premier Prix.
Mais, lorsque ma vois vous i] ■ De voire dévoami sa
«J'exige une preuve nouille:
1 '• -t que \otis gardiez i
DONATIES . l'interrompant.
Ah ! que le ciel vous soit Trembler , tremblez ! car je ] »i ■ vois Que cette femme est vii le...
Ol bien encor. tout \\ la le Ah ! malheureux ' vieilli 1 1
castor. Voulea-voua bien vo
ne pas me mettre < es ideV s- la I i: t» If I vieille ou laide !
donaiien. (> n'est qu'uni opinion aile/, toujours.
caston. i Je yous jai fait venir, M. d'Au » brai, continua l'inconnue; i .»■ l'avais
l besoin de nous noii , de VOUS p ulei . • I
■ de vous dire peut-être . ajouta-t-eUi mi î baissant1 la \'>i\, el de \< us dire qui i i
■ nous aimais... > A ces paroles ) ije voulut
m "élancer «le son cote* un seul
m'arrêta.. • * Si vous quittez ce fauteuil, » si vous faites \\\\ pis. je disparais et p \ous n'entendre/ jamais parler de moi » \ n oIksLh Le , disposé p \m moi . s'opp >-«
i | t que VOUS in'.inpineliie/ si \imk
» cherchez aie franchir, ma retrait*
» assurée, (t l<>ul sera fini... • Je i»(ui.
ma place , je respei lai < et ob*ta< Le au je ne pouvais \mi klon ; i -; i
continua, et j'appris que «e que l'on n doutait le plus < tait la i« gèreté d< s « - 1 i * ciers français, leur sulfisaiK e. < i -mi. ne leur indi tcrél ">n.
dos \ ni s. i" ar< <•' '"< e ! t owmi an le i àlomnie I
1 1 j n . i \ demain, ux l.r don* stique \ inl ne i. pn ndn , et i-
DC m \ il la lu mit le i|im n n. I Bill
m i . do/is < et entresol
,„,n un \. \ oili tout '
.. vsm.n. Le lend. m iin . m< in< i
m( nie inysti re.. I ! v"'' i H l,Mn '
qui cela dun . q%i nu Fc
monie recommence, et je n'en sais pas davantage.
donauen. Comment ! toujours aussi respectueux?
gask n. Parbleu ! cet obstacle qui nous sépare...
do>atien. Qu'e t-ee ([ue cela peut être ?
caston. Est-ce que je sais?.... quelque grille de 1er, à l'usage d'une vertu peu solide... C'est peut-être dans un parloir de couvent que je vais sans m'en douter... Je finirai par le savoir, par savoir tout, morbleu!., et je vous en ferai part.
Donatien. C'est prodigieux , miraculeux !
gaston. Je suis tenté de croire qu'il y a de la magie dans ce qui m'arrive... Figurez-vous, Donatien, que mon inconnue sait tout ce que je dis, tout ce que je fais ici... Si je m'emporte contre mon domestique, le lendemain elle me reproche ma colère, en me répétant mes propres expressions.
Donatien. Mon cher, défiez -vous de cette femme-la... elle aura lait quelque pacte avec le diable , pour vous rendre amoureux d'elle... Car vous l'aimez comme un fou ?. .
caston. Eh! non, morbleu! je ne l'aime pas... affaire de curiosité, voilà tout... Cette femme-là n'est pour moi qu'un problême à résoudre... ça regarde l'esprit et non le cœur... Je suis un ingrat.
Donatien. Il est certain que la reconnaissance...
caston. Vous ne savez pas encore combien je lui en dois, et c'est ce qui me soumet à tous ses caprices... Moi, qui sais me battre, je ne sais pas intriguer, même pour obtenir ce qui m'est dû... Eh! bien , j'attendrais encore mon grade de colonel, si, à notre deuxième entrevue, elle ne m'en eût remis le brevet.
Donatien. Bah!... et malgré ça...
gaston. Je ne l'aime pas... je ne le puis. [âtecfêu.) Celle que j'aime, mon ami, celle que j'adore...
Donatien. Eh bien?
gaston, d port. Qu'allais-je dire!....
(haut 3 se levant et jetant sa serviette. ) Allons, allons, en voilà assez.
Donatien, Se levant aussi. Cependant....
Eh! qu'est-ce que j'ai donc dans les jambes ?
caston, riant aux éclat*. lia! ha! ha! un sommelier en chef!..
( Deu.i domestiques mirent d emportent la
toile.)
donatjen. Tant mieux!.. Si le roi ni rencontr/-, il verra que je m occupe d mes fonctions.
air : Assez dormir , ma belle. ( de M. Monpou, ENSEMBLE.
DONATIEN
Je dois montrer le zèle D'un sommelier fidèle Aux devoirs de l'emploi , Qui boit pour la pairie .
Et qui se sacrifie A la santé du roi.
GASTON
11 faut montrer le zèle D'un sommelier fidèle , Etc. , etc. . etc.
DONATIEN
Ce vin du Rhin que j'aime \ ous a troublé vous-même :
La France a le dessous.
GASTON
INon pas , gloire au Champagne , Devant qui l'AJlemagne A lléchi les genoux !
IlEPHISE DE L'ENSEMBLE*
DONATIEN
Je dois montrer le zèle D'un sommelier fidèle, Etc. , etc. , etc.
GASTON
11 faut montrer le zèle D'un sommelier fidèle, Etc. , etc. , etc.