JULES, VERDIÈRES, MOQUET , LOLOTTE
(Il a sur la tète une couronne de roses , et porte un pot au lait et une tasse dans laquelle se trouve un papier.)
MOQUET , entrant avec empressement par le fond. Voilà ! voilà ! c'est tout chaud, et.. Ah! messieurs, je n'avais pas l'honneur de vous apercevoir.
VEUD1ÈKES, lui tendant la main .Mon cher JMoquet...
HOQUET, lui prenant la main. Monsieur \ rn hères...
JULES, à part. Ah ! il connaît le mari, la mère, le petit chien... tout le monde.
MOQUET, avec embarras i à Jules. Monsieur, je vous demande des milliers de millions de milliards de pardons de me présenter ainsi devant vous.
VEBDIÈRES. Mon Dieu! comme vous voilà coiffé.
MOQUET. Ne faites pas attention... c'est un enfantillage, une puérilité...
LOLOTTE. Cette couronne...
MOQUET, ai" ■<: orgueil. On vient de l'envoyer à mon épouse.
LOLOTTE, d'un air de dédain. Une couronne !.. tout ça !
MOQUET, étonné. Tiens! est-ce qu'elle n'est pas gentille? je la portais à JNinettc.
avec un bouillon tout chaud, dans ce pot au lait.
jules. O ciel ! est-ce qu'elle est malade ?
MOQUET, souriant. Du tout, monsieur , du tout ; mais l'émotion d'un premier début... et puis, elle s'est tant fatiguée hier, cette chère poule... c'est une vie si agitée que celle d'une danseuse!., je n'aurais jamais pu l'être.
LOLOTTE. Le fait est que, maintenant, on fait des pointes qui doivent vous ruiner les orteils.
MOQUET. Et ces orteils-là , c'est notre fortune, à nous... aussi, je vais lui mettre ce bouillon sur l'estomac... de la compagnie hollandaise.
jules. C'est très-bien vu, monsieur.
YERDIÈUES. C'est d'un bon mari.
LOLOTTE. Donnez, mon gendre, donnez... je vais porter cela à ma fille... vous avez sans doute à causer avec ces messieurs?., je garde Florette.
MOQUET, regardant la chienne avec mauvaise humeur. Tiens ! elle vit encore?., vilaine bête!
lolotte , piquée. Qu'est-ce que vous dites ?
MOQUET. C'est de la chienne que je parle. Est-ce que je suis destitué du droit d'émettre mon opinion ?
lolotte, à mi-voix. Grossier, allez !
MOQUET, avec force. J'ai dit: vilaine bète... et je répète : vilaine bète. S'il était onze heures, je lui offrirais un bouillon... ce serait le vrai moment. Pardon, messieurs, de cette digression ridicule.
LOLOTTE, scandalisée. Quelle horreur!
vous empoisonneriez ma chienne?
MOQUET. J'en ai le droit ; c'est la loi du talion... et encore, si cet être-là savait faire quelque chose... mais rien ! bète comme une oie !
^11 donne nue chiquenaude sur la tète de la chienne.)
LOLOTTE. Quoi? quelque chose? ne voulez-vous pas que je lui fasse apprendre l'italien, par hasard?
MOQUET. Je ne vous parle pas de l'italien. (// V entières et à Jules.) A oilà comme on exagère toujours. (,7 T.olotte.) Mais il y a des chiens qui savent travailler... ça flatte l'œil.
LOLOTTE. Vous êtes d'une belle humeur, ce matin; qu'est-ce que c'est que ce papier-là !
moquet. C'est une enveloppe à l'adresse de ma femme.
LE MARI DE LA DAME DE CHOEl'RS.
LOLOTTE, vivement , avec intérêt. Des billets de banque ?
moqi et, avec fierté. Par exemple! Mademoiselle Lolotte, ma femme ne reçoit de billets de banque que de son mari. . quand il en a... J'en manque, et je n'en suis que plus à plaindre.
JL'LES, à part. Diable î des principes !
MOQLET. Ça, ce sont des vers d'un jeune poète de l'Opéra, qui en fait pour toutes ces dames, et qui prouvent que l'auteur aurait un talent réel... pour écrire des ballets.
LOLOTTE. Ali î des verses! des verses!
Joli moyen de faire sa cour! Sous l'Empire, on lui aurait envoyé une voilure à deux chevaux... avec le cocher, les laquais... et une écurie pour les loger.
HOQUET, frappant du pied. Allons î la v'ià encore avec son Empire! (,7 Verdures.) Je ne connais pas de sergent de la vieille garde... Croiriez-vous que la semaine dernière , elle a passé cinq heures d'horloge, par une pluie battante, devant l'arc-de- triomphe, à examiner les allégories colossales de cet édifice ! Est-ce une fonction à remplir pour une femme d'âge? Je le demande à quiconque.
lolotte, indignée. S'il est permis ..
HOQUET. Allez doue, belle- mère , niiez donc! le bouillon refroidit!.., ah! j'oubliais ! . . . ( // lui met la couronne sur fa tète. ) allez , maman î
Am : feriez, yu'en rues lu as je \,u>us presse.
Présenta lui ce double hommage Du public et de sou mari!
Porta et couronne et potage A cet objet tendre et cberi...
L'on et Pantre, je lei lui donne.
Seconde/, mon intention ;
CoiiTex-la de cette couronne,
Et qu'elle avale ce bouillon, (his.)
ENSEMBLE
Picsentcz-Ini Ce double hommage, etc.
jilrs et vf unir, ui >,.
Prrarntma lui ce double hommage, etc.
[Lulutte suri fuir lu droite.)